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miércoles, 22 de diciembre de 2021

Francis Jammes: Plegaria para ir al Paraíso con los asnos

PLEGARIA PARA IR AL PARAÍSO CON LOS ASNOS

 

Cuando el momento llegue de ir hacia Ti, Dios mío,

Haz que sea un día en que el campo esté de fiesta,

Bañado en luz. Deseo, como lo he hecho aquí abajo,

Elegir qué camino seguir, el que a mí más me guste, para

Llegar al Paraíso donde en su pleno día brillan las estrellas.

Tomaré mi bastón y por la ancha ruta me iré

Andando y le diré a los asnos, mis amigos:

Yo soy Francis Jammes y me voy al Paraíso

Porque no hay infierno en el país del Dios Bueno.

Y les diré: vengan, dulces amigos del cielo azul,

Pobres queridos animales que sacudiendo la oreja

Se sacuden las moscas, las abejas y los golpes.

Que me veas aparecer, Señor, rodeado de esos animales

Que quiero tanto porque agachan la cabeza

Dulcemente, y se detienen juntando los piecitos

De un modo tan dulce que a uno le da pena.

Llegaré seguido por miles de esas orejas,

Por los que llevan canastas colgando de sus flancos,

Por los que tiran de los carros de los acróbatas,

O de los coches cubiertos con penachos de pluma y hojalata,

Por los que llevan latas abolladas en los lomos,

Por las asnas redondas como vasijas, de pasito corto,

Por los que llevan pequeños pantalones

Debido a las llagas azules y supurantes que les han hecho

Las moscas obstinadas que se agrupan a su alrededor.

Dios mío, concédeme llegar a Ti junto con esos asnos.

Concédeme que en paz los ángeles nos guíen

Hacia los arroyos frondosos donde tiemblan las cerezas

Lisas como la risueña carne de las muchachas,

Y concédeme que en la morada de las almas,

Pueda inclinarme sobre tus aguas divinas, y que yo pueda ser

Como los asnos que verán su humilde y dulce pobreza

Reflejarse en la limpidez del amor eterno.

  

FRANCIS JAMMES

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán

 

PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ÂNES

 

Lorsqu'il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites

que ce soit par un jour où la campagne en fête

poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,

choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,

au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.

Je prendrai mon bâton et sur la grande route

j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis :

Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,

car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu.

Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu,

pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreille,

chassez les mouches plates, les coups et les abeilles."

Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes

que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête

doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds

d'une façon bien douce et qui vous fait pitié.

J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles,

suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,

de ceux traînant des voitures de saltimbanques

ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,

de ceux qui ont au dos des bidons bossués,

des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,

de ceux à qui l'on met de petits pantalons

à cause des plaies bleues et suintantes que font

les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds.

Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes je Vous vienne.

Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent

vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises

lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,

et faites que, penché dans ce séjour des âmes,

sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes

qui mireront leur humble et douce pauvreté

à la limpidité de l'amour éternel.


 

lunes, 27 de abril de 2020

Francis Jammes: Silencio

SILENCIO

Silencio. Luego una golondrina en un postigo
hace un sonido de cielo en el aire fresco y azulado,
sola. Luego dos cascos pasan despacio por la calle.

El campo luce pálido, pero en el cielo gris que cambia
ya se percibe el azul que ha de entibiar el día.
Pienso en los amores de otros tiempos, en los amores
de los que vivían en los parques de los países hermosos
llenos de viñas, de trigo, de heno y de maíz. 
Los pavos reales azules se agitaban en los verdes prados,
y las hojas verdes se reflejaban en los cristales verdes
en el despertar del cielo que se había vuelto verde.
Las cadenas en el establo donde la sombra estaba abierta
producían un ruido tembloroso de entrechocar de vasos.
Pienso en el viejo castillo de la finca,
en los cazadores que salían en las mañanas de verano,
en los ladridos largos de los perros rastreadores que avanzan arrastrándose...
En la enorme escalera encerada estaba la barandilla.
Alta era la puerta, desde la cual los recién casados,
al escuchar que se iban los abuelos, se reían,
se abrazaban y unían sus hermosos labios,
mientras que en las madrigueras de plata temblaban las liebres.

Qué hermosos eran esos tiempos en que los muebles Imperio
brillaban con el lustre y las manijas de bronce...
Era algo encantador, muy feo y simétrico
como el sombrero de Napoleón primero.

Pienso también en las tardes en que las niñas
jugaban al volante cerca de la alta reja.
Llevaban pantalones que iban más abajo
de sus vestidos decorosos y les llegaban a los pies:
Herminie, Coralie, Clémence, Célanire,
Aménaïde, Athénaïs, Julie, Zulmire;
sus grandes sombreros de paja tenían largas cintas.
De pronto, un pavo real azul se encaramaba en un banco.
Una raqueta lanzaba un último volante
que iba a morir en la noche que dormía entre las hojas,
mientras se oía el retumbar de la tormenta en ciernes.



SILENCE

Silence. Puis une hirondelle sur un contrevent
fait un bruit d’azur dans l’air frais et bleuissant,
toute seule. Puis deux sabots traînassent dans la rue.

La campagne est pâle, mais au ciel gris qui remue
on voit déjà le bleu qui chauffera le jour.
Je pense aux amours des vieux temps, aux amours
de ceux qui habitaient aux parcs des beaux pays
riches en vigne, en blé, en foin et en maïs.
Les paons bleus remuaient sur les pelouses vertes,
et les feuilles vertes se miraient aux vitres vertes
dans le réveillement du ciel devenu vert.
Les chaînes dans l’étable où l’ombre était ouverte
avaient un bruit tremblé de choquement de verres.
Je pense au vieux château de la propriété,
aux chasseurs s’en allant par les matins d’été,
aux aboiements longs des chiens flaireurs qui rampent...
Dans l’énorme escalier cirée était la rampe.
La porte était haute d’où les jeunes mariés,
en écoutant partir les grands-pères, riaient,
s’entrelaçaient et joignaient leurs jolies lèvres,
pendant que tremblaient, aux gîtes d’argent, les lièvres.

Que ces temps étaient beaux où les meubles-Empire
luisaient par le vernis et les poignées de cuivre...
Cela était charmant, très laid et régulier
comme le chapeau de Napoléon premier.

Je pense aussi aux soirées où les petites filles
jouaient aux volants près de la haute grille.
Elles avaient des pantalons qui dépassaient
leurs robes convenables et atteignaient leurs pieds:
Herminie, Coralie, Clémence, Célanire,
Aménaïde, Athénaïs, Julie, Zulmire;
leurs grands chapeaux de paille avaient de longs rubans.
Tout à coup un paon bleu se perchait sur un banc.
Une raquette lançait un dernier volant
qui mourait dans la nuit qui dormait aux feuillages,
pendant qu’on entendait un roulement d’orage.




viernes, 26 de junio de 2009

Francis Jammes y Enrique Díez Canedo: El campesino

LE PAYSAN

Le paysan le soir vient de la foire et toutes
ses brebis marchent avec lui le long des routes.
Il y a des veaux qui ne veulent pas marcher
et il est obligé, pour les faire avancer,
de les tirer par le cou avec une corde.
Mais les veaux aux museaux blancs et morveux la mordent.
Les brebis se mettent à courir fort parfois
et le chien de l´homme, qui a l´air d´être en bois,
qui est jaune, les poursuit, aboie en arrière
et sur la route cela fait de la poussière.
Il y a la haie après la route —et les champs
après la haie et après des prés —on entend
le gave de là ; plus loin les coteaux paraissent
avec de grands carrés verts, jaunes, roux. Où cessent
les coteaux, par-dessus eux, mais bien plus loin,
des montagnes, puis, après elles, l´air sans fin.






EL CAMPESINO

El campesino, cuando el sol se pone,
con su rebaño de la feria vuelve
por el sendero. Muchas veces, duros,
los becerrillos en volver se obstinan,
y, para que adelanten, es preciso
tirar con una cuerda de su cuello.
Mas los becerros, de húmedos y blancos
hocicos, muerden la tirante soga.
De pronto alguna oveja se desmanda,
y el perro del pastor, perro amarillo
que parece tallado de madera,
la persigue ladrando y revolviendo
nubes de polvo en el camino. Al borde
del camino hay un seto; la pradera
tras el seto se extiende; la campiña
dilátase después; en sus confines
se oye el son del torrente; los ribazos
más allá se recuestan, con extensos
cuadros rojizos, verdes y amarillos.
Donde acaba el ribazo, por encima,
pero mucho más lejos las montañas
encúmbranse; y encima de los picos
el aire ilimitado se prolonga.