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viernes, 2 de agosto de 2024

Paul Claudel: Hector Berlioz

HECTOR BERLIOZ 

Soy, en efecto, un ferviente admirador de Hector Berlioz.

La región en que vivo está cerca de esa Côte-Saint-André, que fue su lugar de nacimiento. Fue allí donde, hace algunos años, saliendo de una representación de la Condenación de Fausto que se daba en el antiguo mercado cubierto de la ciudad, con el alma y el oído llenos de la Invocación a la Naturaleza, me encontré colocado, con la luz de aquella desbordante tarde de julio, en medio de la más magnífica composición geográfica que jamás haya esperado el arco levantado de un demiurgo para hacerse sonora para nuestra inteligencia. No había ruidos, y en la enorme valva llena de aire no se movía ni una sola nube: pero era sencillamente el Delfinado en un oleaje ardiente de cosechas lo que vi ante mí cambiar de oro a nieve, elevarse de aliento a duración y abrirse en el centro como una partitura sublime. Con la voz del genio, comprendí los tres elementos que animaban el paisaje orquestal: luz, composición, movimiento. La luz, en esa encrucijada de Francia, es la fresca ninfa del Norte, que se estremece con el primer toque de un Dios dorado. La composición es esa vasta arquitectura de piedra, ese anfiteatro olímpico, esa inmensa guirnalda calcárea de pisos superpuestos que se extiende, imponente sin dejar de ser grácil, desde el lago Lemán hasta el Mediterráneo. Y finalmente el movimiento, no, digamos más bien el alma, detrás de mí, era ese coribante inspirado por las Musas, ese Pan domador de Minerva, que acababa de revelarme esa composición. Así como cada lengua tiene su timbre, cada raza tiene su propio porte. Wagner nos dice que el de la gente de su país es el andante, el progreso con solemnidad en la conciencia y la afirmación de cada paso, del que el arte de Johann Sebastian Bach nos da la sensación constantemente renovada. Estoy de acuerdo, pero ese porte no es el nuestro, y ¿por qué querríamos adoptarlo? ¿Por qué habríamos de avergonzarnos de la expresión propia del lirismo francés que es la elocuencia y el entusiasmo? Todas esas fuerzas meditativas de la creación están ahí únicamente para profundizar y exhalar su sueño de eternidad, están ahí para servir de coro a nuestra tragedia, para reverberar el eco de nuestro corazón y de nuestra voz, para asumir en su plenitud, bajo los rayos diversamente inclinados de la hora, el papel de testigos de las pasiones, de la Pasión humana. Al ver a ese hijo de Dios que desea, que sufre, que lucha, que implora, que espera, que se lamenta, que acusa, que interroga, ese aeda, poseído por el genio de la interpelación, ha convocado a la tierra, al mar y al cielo, a los monumentos que nos rodean de la historia y de la leyenda. La medida de ese intrépido alegato requería como auditorio nada menos que el universo entero.

La música de Berlioz, como la de Wagner, es esencialmente dramática. Esos dos grandes hombres comprendieron que la pasión humana, es decir, el sentimiento llevado a un cierto grado de exaltación, por encima del lirismo de las palabras, exige el de la tonalidad. Ambos se hicieron artesanos de los cimientos escénicos que servirían de plataforma para su vuelo. Pero hablando como el hombre del oficio que soy, no temo decir que el francés, más que su rival, tuvo el sentido de las condiciones y los límites de una posible colaboración (condiciones, por otra parte, cuya realización plenamente satisfactoria sigue siendo uno de los problemas propuestos para el futuro). Beaumarchais ya había visto, con agudeza y acierto, que el tempo de la acción propiamente dicha no es el de la música, y que ésta sólo está ahí para comentar con esplendor y amplitud ciertas situaciones privilegiadas. De ahí la forma de “números” distintos  que es característica de todas las composiciones berliozianas. Desde un punto de vista técnico, los considero muy superiores al desarrollo interminable e informe, a la lentitud insoportable de las enormes epopeyas wagnerianas.

PAUL CLAUDEL

Traducción para Literatura & Traducciones de Miguel Ángel Frontán

 

HECTOR BERLIOZ 

Je suis en effet un admirateur fervent d'Hector Berlioz.

Le pays que j'habite est voisin de cette Côte-Saint-André qui fut son berceau. C'est là que, il y a quelques années, au sortir d'une exécution de la Damnation de Faust que l'on donnait sous les vieilles halles de la ville, l'âme et l'oreille encore retentissante de l'Invocation à la nature, je me trouvai déposé dans la lumière de cette regorgeante après-midi de juillet au milieu de la plus magnifique composition géographique qui ait jamais attendu pour devenir sonore à notre intelligence l'archet levé d'un démiurge. Aucun bruit, et dans l'énorme conque ventilée pas le mouvement d'un seul nuage : mais c'était tout simplement le Dauphiné dans une houle ardente de moissons que je voyais devant moi passer de l'or à la neige, monter de la respiration à la durée et s'ouvrir par le milieu comme une partition sublime. Je comprenais à la voix du génie les trois éléments dont s'animait le paysage orchestral : lumière, composition, mouvement. La lumière, c'est à cette charnière de la France, la fraîche nymphe du Nord qui frémit au premier contact d'un Dieu doré. La composition, c'est cette vaste architecture de pierre, cet amphithéâtre olympien, cette immense guirlande calcaire aux étages superposés qui s'étend formidable sans jamais cesser d'être gracieuse, du Léman à la Méditerranée. Et enfin le mouvement, non, disons plutôt l'âme, c'était derrière moi ce corybante inspiré par les Muses, ce Pan dompteur de Minerve, qui venait de me la révéler. Comme chaque langage a son timbre, chaque race a son allure. Wagner nous dit que celle des gens de son pays est l'andante, le progrès avec solennité dans la conscience et l'affirmation de chaque pas, dont l'art de Jean Sébastien Bach nous donne le sentiment sans cesse renouvelé. Je l'accorde, mais cette allure n'est pas la nôtre, et pourquoi voudrait-on nous y rompre ? Pourquoi rougirions-nous de cette expression propre au lyrisme français qui est l'éloquence, l'enthousiasme ? Toutes ces forces méditatives de la création, elles ne sont pas là seulement pour approfondir et pour exhaler leur rêve d'éternité, elles sont là pour servir de chœur à notre tragédie, pour réverbérer l'écho de notre cœur et de notre voix, pour assumer dans sa plénitude, sous le rayon diversement incliné de l'heure, le rôle de témoins des passions, de la Passion humaine. Au spectacle de cet enfant de Dieu qui désire, qui souffre, qui se débat, qui adjure, qui espère, qui se lamente, qui accuse, qui interroge, cet aède, possédé par le génie de l'interpellation, a convoqué la terre, la mer et le ciel, le monument autour de nous de l'histoire et de la légende. À la mesure de cette plaidoirie intrépide il fallait pour auditoire pas autre chose que l'univers entier !

La musique de Berlioz, comme celle de Wagner, est essentiellement dramatique. L'un et l'autre des deux grands hommes ont compris que la passion humaine, c'est-à-dire le sentiment poussé à un certain degré d'exaltation, par-dessus le lyrisme de la parole réclame celui de la tonalité. Tous deux se sont faits artisans du soubassement scénique qui devait fournir plate-forme à leur envol. Mais parlant en homme de métier, je ne crains pas de dire que le Français, plus que son rival, a eu le sens des conditions et des limites de la collaboration possible (conditions d'ailleurs dont une réalisation pleinement satisfaisante reste un des problèmes proposés à l'avenir). Beaumarchais déjà avait vu finement et justement que le tempo de l'action proprement dite n'est pas celui de la musique, et que celle-ci n'est là que pour commenter avec splendeur et ampleur certaines situations privilégiées. De là, la forme à « numéros » distincts qui est celle de toutes les compositions berlioziennes. Je les compare quant à moi avec grand avantage, au point de vue technique au déroulement interminable et informe, à la lenteur insoutenable des énormes épopées wagnériennes.

PAUL CLAUDEL

Brangues, le 25 décembre 1943.

Publié in La Littérature et la Musique,

Revue musicale, janvier 1952 




miércoles, 2 de julio de 2014

Paul Claudel y Pablo Williams: La muralla interior de Tokio




LA MURAILLE INTÉRIEURE DE TOKYO



I


Non point la forêt ni la grève, chaque jour le site de ma promenade est un mur.

       Il y a toujours un mur à ma droite.

Un mur que je suis et qui me suit et que je déroule derrière moi en marchant et devant moi il y a encore provision et fourniture.

      Un mur continuellement à ma droite.

À ma gauche il y a la ville et les grandes avenues en partance vers toute la terre,

      Mais il y a un mur à ma droite.



Je tourne (à cette station du tram) et je sais que c'est par là la mer,

      (Mais le mur est indécollable à ma droite),

Il y a toute une ville sous mes pieds, tout un monde fragile dans le soir qui s'allume et qui s'éteint.

      Mais cela n'empêche pas ce mur à ma droite,

Un mur qui ne me conduit ailleurs que pour me ramener au même point,

Et quand je fermerais les yeux je n'ai qu'à tendre la main

      Pour vérifier cette présence à ma droite.



II


Comme un homme qui par transparence au soleil interroge une feuille de papier,

Ses yeux voient le texte au recto, mais il devine en même temps le paysage qu'on a peint de l'autre côté,

Ainsi quand au Brésil devant moi Geneviève passait d'une page à l'autre page,

(Cependant que les ponts sur la Marne fondaient et que les obus tombaient sur mon village).

Déjà de l'autre côté du papier où les mots d'avance dessinent une ombre étrange,

Le paysage futur se levait à travers une vapeur blanche.


III


Le sort d'un point à un autre me promène sans aucune espèce d'égard ou de transition.

Il faut que je m'arrange comme je peux de ce Brésil qui se juxtapose au Japon.

La vie des autres va son pas dans le paysage continu ;

La mienne suit sa ligne sur des feuilles interrompues.

Et parmi les circonstances pour moi d'un seul coup qu’on déplace comme des panneaux de papier,

Mon âme furtivement passe entre les mondes décollés.



IV


Le pêcheur attrape le poisson avec ce panier profondément enfoui au-dessous des vagues.

Le chasseur avec cet invisible lac entre deux branches attrape les petits oiseaux.

Et moi, dit le jardinier, pour attraper la lune et les étoiles il me suffit d'un peu d'eau — et les cerisiers en fleur et les érables en feu, il me suffit de ce ruban d'eau que je déroule.

Et moi, dit le poète, pour attraper les images et les idées il me suffit de cet appât de papier blanc, les dieux n'y passeront point sans y laisser leurs traces comme les oiseaux sur la neige.

Pour tenter les pas de l'Impératrice de la Mer il me suffit de ce tapis de papier que je déroule ; pour faire descendre l'Empereur du Ciel il me suffit de ce rayon de lune, il me suffit de cet escalier de papier blanc.



V


Je veux écrire un poème qui invite l'esprit à la fois sur une triple route.

La première est en haut celle des Saints au-dessus de nous, reprenant, recomposant chacun de nos mouvements en une offrande solennelle, leur procession au-dessus de notre histoire.

La seconde est le poème lui-même comme un torrent de mots, comme une grande rue moderne tout emplie d'une masse de peuple qui marche dans le même sens, chacun libre entre ses voisins.

 La troisième de l'autre côté du papier est ce grand fleuve la nuit qu'on ne voit pas,

Il faut pour le révéler cette poignée de roseaux tout à coup qui interrompt le courant, ce pétillement de la lune sous le ventre d'une sarcelle,
Ou simplement une mouche à feu et son reflet, cette unique paillette de feu qui révèle l'énorme coulée invisible.



VI


Autour de mon palais, dit le Roi, j'ai mis un anneau de ciel, déjà il me semble que je ne tiens plus à la terre,

L'heure du sommeil est venue, déjà il me semble que ça commence à être libre sous moi, comme le ponton à la mer de minuit qui commence à se plaindre et à souffrir.

Que mes derniers hôtes se hâtent ! (Je vois deux ou trois petites voitures là-bas avec leurs lampions qui se hâtent à travers le désert de gravier.)

Nous allons couper le dernier pont.



VII


Dans leau de l’antique fossé toutes les choses se reflètent pêle-mêle, il n'y a aucune différence du près ou du loin.

J'y vois la chandelle du marchand de nouilles, une grosse étoile lui tient compagnie entre ces deux feuilles de nénuphar.

La passoire du marchand de beignets y est devenue éternelle et à côté j'y vois la navette de la Tisseuse-Céleste : sa main pourrait aller de l'une à l'autre.

Ainsi dans le poème que je n'ai pas écrit il n'y a aucune différence de temps ou de lieu, toutes choses y sont réunies par une secrète intimité. La feuille qui a bougé, c'est pour qu'une étoile brille.

Tout a cessé de mourir.



VIII


Lecteurs, suspends ton souffle de peur qu'une haleine profane ne détruise la surface magique.

Le vent de la mer a soufflé, en une seconde la page étendue devant toi fourmille d'une innombrable écriture.



IX


Un seul grattement de l'ongle et la cloche de Nara se met à gronder et à résonner.

Un mot rond sans aucune tige qui s'épanouit tout seul en plein papier, un seul caractère que le doigt n'achève pas sur le sable,


Et l'âme tout entière s'émeut dans les profondeurs superposées de son intelligence.

Une seule feuille de saule sur le verre de l'étang, et le ciel tout entier avec ses étoiles et la terre et le Palais des Rois et la ville que la vie a quittée

D'un bout à l'autre de cette étoffe de sommeil se mettent à trembler et à frémir.

La lune au Septième Étage du Ciel est atteinte par la ride imperceptible.



X


Une pensée et sa réflexion.

Une branche et son reflet, cette branche particulière avec ses feuilles au milieu des autres feuilles.

Et tantôt le vent l'agite au-dessus de l'eau en extase, patiente et toujours recommençant le même signe, étudiant lentement la réponse,

Et tantôt c'est elle qui reste immobile et c'est l'eau paresseusement qui s'émeut et désagrège le reflet,

Répondant à ce choc inconnu ailleurs là-bas.



XI


Je regarde à mes pieds pour y trouver le soleil.

Je n'ai qu'à baisser les yeux et tout ce qui n'était que confusion est devenu image dans un cadre, le mouvement lui-même est incorporé à la durée de l'eau immobile.

À ce caractère qui veut dire « l'eau » un point rouge a été mis qui l'arrête pour toujours.

Comme l'artiste sur une feuille de papier de la pointe de son pinceau a fait un point n'importe où, 

Il rêve et ne sait encore ce qu'il y ajoutera, femme, pin, la mer,

Ainsi mon regard s'attache à cette marque rouge aux trois quarts de l'étang,

Non point le soleil d'aujourd'hui, mais témoin submergé et œil de beaucoup de spectacles consumés,

Comme la braise d'un hibachi qui n'attendait que moi pour s'éteindre.



XII


J'habite l'extérieur d'un anneau.

J'ai appris que ce n'est point dehors, c'est dedans qu'est le mur dont je suis le prisonnier.

J'ai appris que pour aller d'un point à un autre il est possible de passer partout excepté par le centre.



Tokyo, juillet 1922.





LA MURALLA INTERIOR DE TOKIO




I



Ni el bosque ni la playa, cada día el lugar de mi paseo es un muro,

Siempre hay un muro a mi derecha.

Un muro que sigo y me sigue y que desenrollo detrás de mí caminando y ante mí hay aún provisión y entrega.

Un muro continuamente a mi derecha.

A mi izquierda está la ciudad y las grandes avenidas partiendo hacia toda la tierra.

Pero hay un muro a mi derecha.



Doy la vuelta (en la estación del tranvía) y sé que por allá está el mar,

Pero el muro no se puede despegar a mi derecha,

Hay toda una ciudad a mis pies, todo un mundo frágil en el anochecer que se ilumina y que se apaga.

Pero eso no impide ese muro a mi derecha,

Un muro que no me lleva a otra parte sino para reconducirme al mismo punto,

Y aunque cerrara los ojos, sólo tengo que extender mi mano

Para verificar esta presencia a mi derecha.



II



Como un hombre que en  la transparencia del sol interroga una hoja de papel,

sus ojos ven el texto en el anverso, pero adivina a la vez el paisaje pintado del otro lado,

así cuando en Brasil ante mí Genoveva pasaba de una página a otra,

(Mientras los puentes sobre el Marne se fundían y los obuses caían sobre mi pequeño pueblo),

ya del otro lado del papel donde las palabras primero dibujan una sombra extraña,

el paisaje futuro se elevaba a través de un vapor blanco.



III



El destino de un punto a otro me pasea sin ninguna especie de consideración o transición.

Debo arreglarme como pueda con el Brasil que se yuxtapone al Japón.

La vida de los demás sigue su marcha en el paisaje continuo.

La mía sigue su línea sobre hojas interrumpidas.

Y entre las circunstancias que para mí de un solo golpe se desplazan como paneles de papel,

mi alma furtivamente pasa entre los mundos despegados.



IV



El pescador atrapa los peces con la canasta profundamente hundida bajo las olas.

El cazador con ese lazo invisible entre dos ramas atrapa los pajaritos.

Y yo, dice el jardinero, para atrapar a la luna y las estrellas me basta un poco de agua,

y los cerezos en flor y los arces encendidos, me basta esta cinta de agua que desenrollo.

Y yo, dice el poeta, para atrapar las imágenes y las ideas me basta este señuelo de papel blanco, los dioses no pasarán sin dejar allí sus huellas como los pájaros en la nieve.

Para tentar los pasos de la Emperatriz del Mar me basta este tapiz de papel que desenrollo, para hacer bajar al Emperador del Cielo me basta este rayo de luna, me basta esta escalera de papel blanco.



V



Quiero escribir un poema que invite al espíritu a una triple ruta al mismo tiempo.

La primera es arriba, la de los Santos por encima de nosotros retomando, recomponiendo cada uno de nuestros movimientos en una ofrenda solemne, su procesión por encima de nuestra historia.

La segunda es el poema mismo como un torrente de palabras, como una gran calle moderna llena de una masa de pueblo que marcha en el mismo sentido, cada uno libre entre sus vecinos.

La tercera del otro lado del papel es este gran río que no se ve,

para revelarlo hace falta este puñado de juncos que de pronto interrumpe la corriente, este centelleo de la luna bajo el vientre de un ánade,

o simplemente una luciérnaga y su reflejo, esta única lentejuela de fuego que revela la enorme corriente invisible.



VI



En torno a mi palacio, dice el Rey, puse un anillo de cielo, ya me parece que no me retiene la tierra,

la hora del sueño ha llegado, me parece ya que debajo de mí se empieza a estar libre, como el pontón en el mar de medianoche que empieza a quejarse y a sufrir.

Que mis últimos huéspedes se apuren (veo dos o tres pequeños autos con sus faros que se apuran a través del desierto de grava).

Vamos a cortar el último puente.



VII



En el agua del foso antiguo todas las cosas se reflejan confusas, no hay diferencia entre cerca y lejos.

Veo allí la candela del vendedor de pastas, una gran estrella lo acompaña entre esas dos hojas de nenúfar.

El colador del vendedor de  buñuelos se ha vuelto eterno y al lado veo la lanzadera de la Tejedora Celeste; su mano podría ir de uno a otra.

Así en el poema que no he escrito no hay diferencia alguna de tiempo o lugar, todas las cosas están allí reunidas por una secreta intimidad. La hoja que se movió es para que una estrella brille.

Todo cesó de morir.



VIII



Lector, suspende tu aliento no sea que un hálito profano destruya la superficie mágica.

El viento del mar ha soplado, en un segundo la página extendida ante ti hormiguea con una escritura innumerable.



IX



Un solo raspado de la uña y la campana de Nara se pone a tronar y a resonar.

Una palabra redonda sin tallo alguno que se abre por sí sola en pleno papel, un solo carácter

que el dedo no termina sobre la arena,

y toda el alma se conmueve en las profundidades superpuestas de su inteligencia.

Una sola hoja de sauce sobre el vidrio del estanque y el cielo entero con sus estrellas y la tierra y el Palacio de los Reyes y la ciudad que la vida abandonó,

de una punta a otra de esta tela de sueño comienzan a temblar y a estremecerse.

La luna en el Séptimo Piso del Cielo es alcanzada por la onda imperceptible.



X



Un pensamiento y su reflexión.

Una rama y su reflejo. Esta rama particular con sus hojas en medio de otras hojas.

Y ora el viento la agita por encima del agua extasiada, paciente, y recomenzando siempre

el mismo signo, estudiando lentamente la respuesta.

Y ora es ella que se queda inmóvil y es el agua quien perezosamente se conmueve

y descompone el reflejo.

Respondiendo allá a este choque, en otra parte ignoto.



XI



Miro a mis pies para encontrar allí el sol.

Solo tengo que bajar los ojos y todo lo que era solo confusión se ha convertido en una imagen, en un cuadro, el movimiento mismo se ha incorporado a la duración del agua inmóvil.

A ese carácter que significa el agua se le ha puesto un punto rojo que la detiene para siempre.

Como el artista en una hoja con la punta del pincel hizo un punto en cualquier parte,

sueña y no sabe aún lo que va a añadir, mujer, pino, el mar,

así mi mirada se detiene en esta marca roja a tres cuartos del estanque,

no el sol del día de  hoy, sino testimonio sumergido y ojo de muchos espectáculos consumidos,

como la brasa de un hibachi que sólo me esperaba a mí para apagarse.



XII



Habito el exterior de un anillo.

Aprendí que no es afuera, es adentro donde está el muro del que soy prisionero.

Aprendí que para ir de un punto a otro es posible pasar por todas partes excepto por el centro.



Tokio, julio 1922.

Traducción al español de PABLO WILLIAMS.


domingo, 17 de abril de 2011

Paul Claudel: Diecisiete frases para abanico



Tu
m'appelles la Rose
dit la Rose
mais si tu savais
mon vrai nom
je m'effeuillerais
aussitôt




me llamas la Rosa
dice la Rosa
mas si supieses
mi verdadero nombre
me deshojaría
de inmediato

***

Au
cœur
de la pivoine blanche
ce n'est pas une couleur
mais le souvenir d'une
couleur
ce n'est pas une odeur
mais le souvenir d'une
odeu r


En
el corazón
de la peonia blanca
no hay un color
sino el recuerdo de un
color
no hay una fragancia
sino el recuerdo de una
fraganci a

*** 

Glycines
il n'y aura jamais
assez de
fleurs pour nous empê
chez de comprendre ce
solides nœuds de s
erpents



Glicinas
no habrá jamás
bastantes
flores para impe
dirnos comprender ese
sólido nudo de s
erpientes
***

 Je
suis
venu
du bout du monde
pour savoir ce qui se
cache de rose au fond
des pivoines blanches
de Hasédéra



Yo
he
venido
desde el fin del mundo
para saber lo que se
esconde de rosa en el fondo
de las peonias blancas
de Hasedera

***

Voyageur!
approche
et respire enfin
cette odeu r
qui guérit de tout
mouvement


¡Viajero!
acércate
y respira por fin
este olo r
que cura de todo
movimiento

***

La
rose
n'est
que
la forme un instant tout
haut de ce que le coeur
tout bas appelle ses
délices



La
rosa
no es más
que
la forma por un instante en alto
de lo que el corazón
llama por lo bajo sus
delicias
***

Une
rose
d'un rouge si fort
qu'elle tache
l'
â me
comme du vin



Una
rosa
de un rojo tan intenso
que mancha
el
al ma
como el vino
***

La
neige
sur
toute la terre
pour la neige
étend
un tapis de
neige



La
nieve
en
toda la tierra
para la nieve
extiende
un tapiz de
nieve
***

Comment
vous
parler
de
l'
automne
quand j'ai encore
dans l'oreille cette
aigre flûte du printemps
qui me remplit la bouche
d'eau




Cómo
hablaros
del
otoño
cuando tengo todavía
en el oído esa
agria flauta de la primavera
que me llena la boca
de agua

***

L'
encen
s
comme ce vers
que j'écris
m
oitié cendre et moitié f
umé e



El
incien
so
como este verso
que escribo
m
itad ceniza y mitad h
u mo
***

Ah
le monde est si beau
qu'il fait poster ici que
lqu'un qui du matin au
soir soit capable de ne
pas remue
r



Ay
es tan hermoso el mundo
que hay que apostar aquí
a alguien que de la mañana a la
noche sea capaz de no
movers
 e

***

Pas
mes
épines
qui me défendent
dit la Rose
c'est
mon parfu
m



No son
mis
espinas
las que me defienden
dice la Rosa
es
mi perfum
e

***

Le
vieux
poète
sent
peu à peu
un vers
qui le gagne
comme
un éternuement



El
viejo
poeta
siente
poco a poco
que un verso
se apodera
de él como
un estornudo
***

L'
étoffe
du monde
depuis le temps qu'
elle sert comme c'est
curieux qu'il n'y ait pas
de
trou



La
tela
del mundo
con tanto tiempo que
hace que se usa qué
curioso que no
tenga
agujeros
 ***

Chut!
si nous
faisons du bruit
le temps
va recommencer



Shhhh
si hacemos
ruido
el tiempo
volverá a empezar
***

Tout autour
du poème
d'autres petits poèmes
à moitié nés
dont il n'est sorti qu'
un adjectif ou une
m
ajuscule



Alrededor
del poema
otros pequeños poemas
a medio nacer
de los que no salió más que
un adjetivo o una
m
ayúscula
***

Comprends
cette parole
à l'oreille
de ton âme
qui ne résonne
que parce qu'elle a
cessé



Comprende
esta palabra
en el oído
de tu alma
que sólo resuena
porque ha
cesado




Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán


(Traducciones publicadas por primera vez en EOM nº 29, abril-mayo de 2004)