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lunes, 4 de diciembre de 2017

Octavio Paz: Siete versiones de Gérard de Nerval

EL DESDICHADO

Je suis le ténébreux, — le veuf — l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J ’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.


Primera versión.

Yo soy el tenebroso —el viudo— el sin consuelo,
Príncipe de Aquitania de la torre abolida,
Murió mi sola estrella —mi laúd constelado
Ostenta el negro Sol de la Melancolía.

Tú que me has consolado de la tumba y su noche
El Pausílipo dame, la mar de Italia vuélveme,
La flor que amaba tanto mi desolado espíritu,
La parra donde el pámpano a la rosa se alía.

¿Soy el Amor o Febo?, ¿Lusignan o Birón?;
Roja mi frente está del beso de la reina;
Soñé en la gruta donde nadaba la sirena,

Traspasé el Aqueronte, vencedor por dos veces,
Y la lira de Orfeo he pulsado alternando
Suspiros de la santa con los gritos del hada.

Segunda versión.

Yo soy el tenebroso —el viudo— el desolado,
Príncipe de Aquitania de la torre hoy baldía,
Murió mi sola estrella —mi laúd constelado
Ostenta el negro Sol de la Melancolía.

Tú que en la noche tumularia me has consolado
el Pausílipo vuélveme, la mar que lo ceñía,
la flor que amaba tanto mi espíritu enlutado,
la parra donde el pámpano a la rosa se alía.

¿Soy Lusiñán, Biron? ¿Soy Apolo o soy Eros?
el beso de la reina tornó aurora mi frente;
en tu gruta, sirena, manó el sueño veneros.

El Aquerón vencí dos veces, dos la nada,
y en la lira de Orfeo pulsé alternadamente
el llanto de la santa, los clamores del hada.


MYRTHO

Je pense à toi, Myrtho, divine enchanteresse,
Au Pausilippe altier, de mille feux brillants,
À ton front inondé des clartés d ’Orient,
Aux raisins noirs mêlés avec l’or de ta tresse.

C’est dans ta coupe aussi que j’avais bu l’ivresse,
Et dans l’éclair furtif de ton œil souriant,
Quand aux pieds d ’Iacchus on me voyait priant,
Car la Muse m’a fait l’un des fils de la Grèce.

Je sais pourquoi là-bas le volcan s’est rouvert...
C’est qu’hier tu l’avais touché d’un pied agile,
Et de cendres soudain l’horizon s’est couvert.

Depuis qu’un duc normand brisa tes dieux d’argile,
Toujours, sous les rameaux du laurier de Virgile,
Le pâle Hortensia s’unit au Myrthe vert !

***

Mirto, yo pienso en ti, divina encantadora,
En Pausílipo altivo, jardín resplandeciente,
En tu rostro que baña la claridad de Oriente,
En tu trenza solar que negras uvas dora.

En tu copa bebí la ebriedad de la hora
Y en el fugaz relámpago de tu ojo sonriente,
Cuando a los pies de Iaco me inclinaba ferviente:
Soy hijo, por la Musa, de Grecia y de la Aurora.

Yo sé por qué el volcán su cicatriz ha abierto...
Tú lo rozaste apenas, ayer, con pie liviano,
Y de cenizas súbitas quedó el cielo cubierto.

Quebró un duque normando tus deidades de arcilla:
Y al verde mirto besa, bajo el laurel pagano,
Desde entonces la hortensia, pálida maravilla.


DELFICA

La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l’olivier, le myrtbe ou les saules tremblants,
Cette chanson d’amour... qui toujours recommence !

Reconnais-tu le TEMPLE, au péristyle immense,
Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents ?
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l’antique semence.

Ils reviendront ces dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d’un souffle prophétique...

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l’arc de Constantin :
— Et rien n’a dérangé le sévère portique.

***
Ultima Cumaei venit jam carminis aetas.
Primera versión.

Dafne, ¿tú la conoces, esa antigua romanza,
Bajo el blanco laurel, o al pie del sicomoro,
Bajo el olivo, el mirto, los saúces temblantes,
Esa canción de amor que siempre recomienza?

¿Reconoces el Templo de inmenso peristilo,
Los amargos limones marcados por tus dientes,
Y la gruta, fatal a imprudentes intrusos,
Que esconde la simiente del vencido dragón?

¡Volverán esos dioses que tú lloras perdidos!
De la mano del tiempo vuelven los viejos días,
Un profético soplo la tierra ha estremecido...

Mas todavía, bajo el arco de Constantino,
La sibila de rostro latino está dormida.
Y nada turba aún al pórtico severo.


Segunda versión.

Dafne, ¿tú la recuerdas, la canción repetida
Bajo el blanco laurel, o al pie del sicomoro,
Bajo el olivo, el mirto, el saúz y su lloro,
Esa canción de amor, siempre recién nacida?

¿Reconoces el Templo, la piedra en luz ungida,
La marca de tus dientes en el limón de oro
Y la gruta, al intruso funesta, y su tesoro:
El semen del dragón en su entraña dormida?

¡Los tiempos resucitan, vuelven los viejos días!
Esos dioses que lloras tendrán forma visible,
Sobre la tierra soplan antiguas profecías.

Mas nada ha perturbado al pórtico impasible.
Dormida bajo el arco imperial de Constantino
Calla aún la sibila de semblante latino.


ARTÉMIS

La Treizième revient... c’est encor la première ;
Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment :
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :
C’est la mort — ou la morte... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu’elle tient c’est la Rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule :
As-tu trouvé ta croix dans le désert des deux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux :
Tombez fantômes blancs de votre ciel qui brûle :
— La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !

***

Primera versión.

Vuelve otra vez la Trece —¡y es aún la Primera!
Y es la única siempre —¿o es el solo momento?
¿Dime, Reina, tú eres la primera o la última?
¿Tú eres, Rey, el último?, ¿eres el solo amante?

Amad a la que os ama de la cuna a la tumba,
Aún, tierna, me ama la que yo sólo amaba,
Es la Muerte —o la Muerta—, ¡oh delicia, oh tormento!
El ramo entre sus brazos son rosas Malva rosa.

Santa napolitana de manos encendidas,
Flor de Santa Gudula de corazón morado,
¿Encontraste tu cruz en el cielo desierto?

Rosas blancas, ¡caed! —insultáis nuestros dioses,
Caed, blancos fantasmas, de vuestro cielo en lumbre,
¡Es más santa a mis ojos la santa del abismo!


Segunda versión.

Vuelve otra vez la Trece —¡y es aún la Primera!
Y es la única siempre —¿o es el único instante?
¿Dime, Reina, tú eres la inicial o postrera?
¿Tú eres, Rey, el último?, ¿eres el solo amante?

Amad a la que vuelve la muerte nacimiento,
Aquella que yo amaba por siempre es ya mi esposa,
Es la Muerte —o la Muerta— ¡oh delicia, oh tormento!
Florece entre sus brazos la regia Malva rosa.

Santa napolitana de manos como flamas,
Flor de entrañas violáceas, rosa de soledades,
¿Encontraste tu cruz en el cielo desierto?

¡Caed, blancos fantasmas, de vuestro cielo en llamas!
Rosas blancas, ¡caed! —insultáis mis deidades.
Más santa es la que surge del abismo entreabierto.

Traducción de OCTAVIO PAZ.
Versiones y diversiones, México, 1973.

lunes, 22 de agosto de 2011

Gérard de Nerval y Rodolfo Walsh



LE MONSTRE VERT

I

LE CHÂTEAU DU DIABLE

Je vais parler d'un des plus anciens habitants de Paris ; on l'appelait autrefois le diable Vauvert.
D'où est résulté le proverbe : « C'est au diable Vauvert ! Allez au diable Vauvert ! »
C'est-à-dire : « Allez vous... promener aux Champs-Elysées. »
Les portiers disent généralement :
« C'est au diable aux vers ! » pour exprimer un lieu qui est fort loin.
Cela signifie qu'il faut payer très cher la commission dont on les charge. - Mais c'est là, en outre, une locution vicieuse et corrompue, comme plusieurs autres familières au peuple parisien.
Le diable Vauvert est essentiellement un habitant de Paris, où il demeure depuis bien des siècles, si l'on en croit les historiens. Sauval, Félibien, Sainte-Foix et Dulaure ont raconté longuement ses escapades.
Il semble d'abord avoir habité le château de Vauvert, qui était situé au lieu occupé aujourd'hui par le joyeux bal de la Chartreuse, à l'extrémité du Luxembourg et en face des allées de l'Observatoire, dans la rue d'Enfer.
Ce château, d'une triste renommée, fut démoli en partie et les ruines devinrent une dépendance d'un couvent de chartreux, dans lequel mourut, en 1414, Jean de La Lune, neveu de l'antipape Benoît XIII. Jean de La Lune avait été soupçonné d'avoir des relations avec un certain diable, qui peut-être était l'esprit familier de l'ancien château de Vauvert, chacun de ces édifices féodaux ayant le sien, comme on le sait.
Les historiens ne nous ont rien laissé de précis sur cette phase intéressante.
Le diable Vauvert fit de nouveau parler de lui à l'époque de Louis XIII.
Pendant fort longtemps on avait entendu, tous les soirs, un grand bruit dans une maison faite des débris de l'ancien couvent, et dont les propriétaires étaient absents depuis plusieurs années.
Ce qui effrayait beaucoup les voisins.
Ils allèrent prévenir le lieutenant de police, qui envoya quelques archers.
Quel fut l'étonnement de ces militaires, en entendant un cliquetis de verres, mêlé de rires stridents !
On crut d'abord que c'étaient des faux monnayeurs qui se livraient à une orgie, et jugeant de leur nombre d'après l'intensité du bruit, on alla chercher du renfort.

Mais on jugea encore que l'escouade n'était pas suffisante : aucun sergent ne se souciait de guider ses hommes dans ce repaire, où il semblait qu'on entendît le fracas de toute une armée.
Il arriva enfin, vers le matin, un corps de troupes suffisant ; on pénétra dans la maison. On n'y trouva rien.
Le soleil dissipa les ombres.
Toute la journée l'on fit des recherches, puis l'on conjectura que le bruit venait des catacombes, situées, comme on sait, sous ce quartier.
On s'apprêtait à y pénétrer ; mais pendant que la police prenait ses dispositions, le soir était venu de nouveau, et le bruit recommençait plus fort que jamais.
Cette fois personne n'osa plus redescendre, parce qu'il était évident qu'il n'y avait rien dans la cave que des bouteilles, et qu'alors il fallait bien que ce fût le diable qui les mît en danse.
On se contenta d'occuper les abords de la rue et de demander des prières au clergé.
Le clergé fit une foule d'oraisons, et l'on envoya même de l'eau bénite avec des seringues par le soupirail de la cave.
Le bruit persistait toujours.


II
LE SERGENT

Pendant toute une semaine, la foule des Parisiens ne cessait d'obstruer les abords du faubourg, en s'effrayant et demandant des nouvelles.
Enfin, un sergent de la prévôté, plus hardi que les autres, offrit de pénétrer dans la cave maudite, moyennant une pension réversible, en cas de décès, sur une couturière nommée Margot.
C'était un homme brave et plus amoureux que crédule. Il adorait cette couturière, qui était une personne bien nippée et très économe, on pourrait même dire un peu avare, et qui n'avait point voulu épouser un simple sergent, privé de toute fortune.
Mais en gagnant la pension, le sergent devenait un autre homme.
Encouragé par cette perspective, il s'écria : qu'il ne croyait ni à Dieu ni à diable, et qu'il aurait raison de ce bruit.
« A quoi donc croyez-vous ? lui dit un de ses compagnons.
« Je crois, répondit-il, à M. le lieutenant criminel et à M. le prévôt de Paris. »
C'était trop dire en peu de mots.
Il prit son sabre dans ses dents, un pistolet à chaque main, et s'aventura dans l'escalier.
Le spectacle le plus extraordinaire l'attendait en touchant le sol de la cave.
Toutes les bouteilles se livraient à une sarabande éperdue, et formaient les figures les plus gracieuses.
Les cachets verts représentaient les hommes, et les cachets rouges représentaient les femmes.
Il y avait même là un orchestre établi sur les planches à bouteilles.
Les bouteilles vides résonnaient comme des instruments à vent, les bouteilles cassées comme des cymbales et des triangles, et les bouteilles fêlées rendaient quelque chose de l'harmonie pénétrante des violons.
Le sergent, qui avait bu quelques chopines avant d'entreprendre l'expédition, ne voyant là que des bouteilles, se sentit fort rassuré, et se mit à danser lui-même par imitation.
Puis, de plus en plus encouragé par gaieté et le charme du spectacle, il ramassa une aimable bouteille à long goulot d'un bordeaux pâle, comme il paraissait, et soigneusement cachetée de rouge, et la pressa amoureusement sur son cœur.
Des rires frénétiques partirent de tous côtés : le sergent, intrigué, laissa tomber la bouteille, qui se brisa en mille morceaux.
La danse s'arrêta, des cris d'effroi se firent entendre dans tous les coins de la cave, et le sergent sentit ses cheveux se dresser en voyant que le vin répandu paraissait former une mare de sang.
Le corps d'une femme nue, dont les cheveux blonds se répandaient à terre et trempaient dans l'humidité, était étendu sous ses pieds.
Le sergent n'aurait pas eu peur du diable en personne, mais cette vue le remplit d'horreur ; songeant après tout qu'il avait à rendre compte de sa mission, il s'empara d'un cachet vert qui semblait ricaner devant lui, et s'écria :
« Au moins j'en aurai une ! »
Un ricanement immense lui répondit.
Cependant il avait regagné l'escalier, et montrant la bouteille à ses camarades, il s'écria :
« Voilà le farfadet !... vous êtes bien capons (il prononça un autre mot plus vif encore), de ne pas oser descendre là-dedans ! »
Son ironie était amère. Les archers se précipitèrent dans la cave, où l'on ne retrouva qu'une bouteille de bordeaux cassée. Le reste était en place.
Les archers déplorèrent le sort de la bouteille cassée ; mais, braves désormais, ils tinrent tous à remonter chacun avec une bouteille à la main.
On leur permit de les boire.
Le sergent de la prévôté dit :
« Quant à moi, je garderai la mienne pour le jour de mon mariage. »
On ne put lui refuser la pension promise, il épousa la couturière, et...
Vous allez croire qu'ils eurent beaucoup d'enfants ?
Ils n'en eurent qu'un.


III
CE QUI S’ENSUIVIT

Le jour de la noce du sergent, qui eut lieu à la Rapée, il mit la fameuse bouteille au cachet vert entre lui et son épouse, et affecta de ne verser de ce vin qu'à elle et à lui.
La bouteille était verte comme ache, vin était rouge comme sang.
Neuf mois après, la couturière accouchait d'un petit montre entièrement vert, avec des cornes rouges sur le front.
Et maintenant, allez, ô jeunes filles ! allez-vous-en danser à la Chartreuse... sur l'emplacement du château de Vauvert !
Cependant l'enfant grandissait, sinon en vertu, du moins en croissance. Deux choses contrariaient ses parents : sa couleur verte, et un appendice caudal, qui semblait n'être d'abord qu'un prolongement du coccyx, mais qui peu à peu prenait les airs d'une véritable queue.
On alla consulter les savants, qui déclarèrent qu'il était impossible d'en opérer l'extirpation sans compromettre la vie de l'enfant. Ils ajoutèrent que c'était un cas assez rare, mais dont on trouvait des exemples cités dans Hérodote, et dans Pline le Jeune. On ne prévoyait pas alors le système de Fourier.
Pour ce qui était de la couleur, on l'attribua à une prédominance du système bilieux. Cependant on essaya de plusieurs caustiques, et l'on arriva, après une foule de lotions et frictions, à l'amener tantôt au vert bouteille, puis au vert d'eau, et enfin au vert pomme. Un instant la peau sembla tout à fait blanchie, mais le soir elle reprit sa teinte.
Le sergent et la couturière ne pouvaient se consoler des chagrins que leur donnait ce petit monstre, qui devenait de plus en plus têtu, colère et malicieux.
La mélancolie qu'ils éprouvèrent les conduisit à un vice trop commun parmi les gens de leur sorte. Ils s'adonnèrent à la boisson.
Seulement le sergent ne voulait jamais boire que du vin cacheté de rouge, et sa femme que du vin cacheté de vert.
Chaque fois que le sergent était ivre mort, il voyait dans son sommeil la femme sanglante dont l'apparition l'avait épouvanté dans la cave, après qu'il eut brisé la bouteille.
Cette femme lui disait : « Pourquoi m'as-tu pressée sur ton cœur, et ensuite immolée... moi qui t'aimais tant ? »
Chaque fois que l'épouse du sergent avait trop fêté le cachet vert, elle voyait dans son sommeil apparaître un grand diable, d'un aspect épouvantable, qui lui disait : « Pourquoi t'étonner de me voir... puisque tu as bu de la bouteille ?...
« Ne suis-je pas le père de ton enfant ?... »
Ô mystère !
Parvenu à l'âge de treize ans, l'enfant disparut.
Ses parents, inconsolables, continuèrent de boire, mais ils ne virent plus se renouveler les terribles apparitions qui avaient tourmenté leur sommeil.


IV
MORALITÉ

C'est ainsi que le sergent fut puni de son impiété, et la couturière de son avarice.


V
CE QU’ÉTAIT DEVENUE LE MONSTRE VERT

On n'a jamais pu le savoir.




EL MONSTRUO VERDE

I
EL CASTILLO DEL DIABLO

Hablaré de uno de los más antiguos habitantes de París; antaño lo llamaban el diablo Vauvert.
De ahí nació el proverbio: "Eso queda en lo del diablo Vauvert. ¡Váyase al diablo Vauvert!"
Es decir: "Vaya a… tomar el fresco en los Campos Elíseos."
Los porteros suelen decir:
"Eso queda en lo del diablo de los gusanos", cuando quieren designar un sitio muy alejado.
Y la expresión significa que habrá que pagarles en buen dinero la comisión que se les encarga. Pero se trata además de una locución viciosa y corrupta, como muchas otras con las que están familiarizados los parisienses.
El diablo Vauvert es esencialmente un habitante de París, donde vive desde hace muchos siglos, si hemos de creer a los historiadores. Sauval, Félibien, Sainte-Foix y Dulaure han referido extensamente sus hazañas.
Parece que en los primeros tiempos habitó el castillo de Vauvert, que estaba situado en el lugar Antología del cuento extraño ocupado actualmente por el alegre salón de baile de la Chartreuse, al extremo del Luxemburgo y frente a las avenidas del Observatorio, en la rue d'Enfer.
Ese castillo, de triste celebridad, fue demolido en parte, y las ruinas se convirtieron en una dependencia de un convento de cartujos, donde murió en 1313 Jean de la Lune, sobrino del antipapa Benedicto XIII. Jean de la Lune había sido sospechado de tener relaciones con cierto demonio, que quizá fuese el espíritu familiar del antiguo castillo de Vauvert, pues, como se sabe, cada uno de esos edificios feudales tenía el suyo.
El diablo Vauvert dio que hablar nuevamente en la época de Luis XIII.
Durante muchísimo tiempo se había oído, todas las noches, un gran ruido en una casa construida con escombros del antiguo convento y cuyos propietarios estaban ausentes desde hacía varios años.
Y esto aterrorizaba bastante a los vecinos.
Fueron a prevenir al teniente de policía, quien envió algunos de sus arqueros.
¡Cuál habrá sido el Antología del cuento extraño asombro de estos militares al oír un tintineo de vasos, mezclado de risas estridentes!
Se creyó en el primer momento que eran falsificadores entregados a una orgía, y juzgándoselos numerosos por la intensidad del ruido, se ordenó ir en busca de refuerzos.
Pero después se estimó que el pelotón no era suficiente; ningún sargento se mostraba ansioso por conducir sus hombres al interior de esa guarida, donde parecía oírse el fragor de todo un ejército.
Por fin, al amanecer, llegaron tropas suficientes. Entraron en la casa. No encontraron nada.
El sol disipó las sombras.
Durante todo el día prosiguieron las búsquedas; después se conjeturó que el ruido procedía de las catacumbas que, como se sabe, están situadas bajo ese distrito.
Se dispusieron a entrar; pero mientras la policía tomaba las precauciones necesarias, cayó nuevamente la noche y recomenzó el ruido, más fuerte que nunca.
Esta vez, nadie se atrevió a bajar, pues siendo evidente que en el subsuelo no había más que Antología del cuento extraño botellas, debía ser el mismo diablo quien las hacía bailar.
Se contentaron con ocupar los alrededores de la calle y pedir rogativas al clero.
Los clérigos elevaron sinnúmero de oraciones e incluso echaron agua bendita, por medio de jeringas, a través del tragaluz de la bodega.
El ruido persistió.

II
EL SARGENTO

Durante una semana una muchedumbre de parisienses no dejó de obstruir las inmediaciones, espantándose y pidiendo noticias. Al fin un sargento de la guardia civil, más audaz que los otros, se ofreció a penetrar en la bodega maldita, a cambio de una pensión que, en caso de fallecimiento, beneficiaría a una costurera llamada Margot.
Era un hombre valiente y más enamorado que crédulo. Adoraba a esa costurera, bastante elegante y muy económica (inclusive un poco avara), que no había querido casarse con un simple sargento desprovisto de toda fortuna.
Claro está que, al obtener una pensión, el sargento se convertía en otro hombre.
Alentado por esa perspectiva, el sargento exclamó que "él no creía ni en Dios ni en el diablo, y que daría razón de ese ruido".
—¿En qué crees, entonces? —le preguntó uno de sus compañeros.
—Creo —respondió— en el señor teniente en lo criminal y en el señor preboste de París.
Era mucho decir en pocas palabras.
Aferró el sable entre los dientes y una pistola en cada mano y se aventuró por la escalera.
Cuando llegó al piso de la bodega, presenció el espectáculo más extraordinario.
Todas las botellas se entregaban a una frenética zarabanda, formando las más graciosas figuras.
Los sellos verdes representaban a los hombres; los sellos rojos, a las mujeres.
E inclusive se había formado una orquesta sobre los estantes.
Las botellas vacías resonaban como instrumentos de viento, las rotas como címbalos y triángulos, y las que estaban cascadas imitaban la penetrante armonía de los violines.
El sargento, que había bebido varios cuartillos antes de iniciar la expedición, al no ver allí otra cosa que botellas, se sintió muy tranquilizado y empezó a bailar también por espíritu de imitación.
Cada vez más animado por la alegría y el hechizo del espectáculo, tomó una hermosa botella de largo cuello, cuidadosamente sellada de rojo, que al parecer contenía un burdeos blanco, y la estrechó amorosamente contra su corazón.
De los cuatro costados partieron risas frenéticas; el sargento, intrigado, dejó caer la botella, que se rompió en mil pedazos.
Cesó la danza, se oyeron en los rincones de la bodega gritos de espanto y el sargento sintió que se le ponían los pelos de punta al ver que el vino derramado parecía formar un charco de sangre.
Entre sus pies, yacía extendido el cadáver de una mujer desnuda, cuyos rubios cabellos se esparcían por tierra, empapándose en la sangre.
El sargento no habría tenido miedo del diablo en persona, pero ese espectáculo lo llenó de horror. Mas pensando que al fin y al cabo debía dar cuenta de su misión, se apoderó de una botella de sello verde que parecía reírsele en las narices, y exclamó:
—¡Por lo menos, me llevaré una!
Una carcajada inmensa le respondió.
Pero ya él había subido la escalera, y mostrando la botella a sus camaradas, gritó:
—¡Aquí está el duende! ¡Sois bastante cobardes (pronunció otra palabra mucho más fuerte), ya que no os atrevéis a bajar!
Su ironía era amarga. Los arqueros se precipitaron a la bodega, donde sólo encontraron una botella de burdeos, rota. Todo lo demás estaba en orden.
Los arqueros deploraron la suerte de la botella rota; pero, sintiéndose valientes ahora, se empeñaron en subir todos con una botella en la mano.
Y se les permitió beber. El sargento, por su parte, afirmó:
—Yo guardaré la mía para el día de mi casamiento.
Y no le pudieron negar la pensión prometida, y se casó con la costurera y...
¿Creeréis que tuvieron muchos hijos?
Sólo tuvieron uno.


III
LO QUE PASÓ DESPUÉS

La noche de sus bodas, que se celebró en la Rapée, el sargento puso entre él y su esposa la famosa botella de sello verde, e insistió en que sólo ella y él bebieran de ese vino.
La botella era verde como la hiel, el vino era rojo como la sangre.
Nueve meses más tarde la costurera dio a luz un pequeño monstruo, enteramente verde, con cuernos rojos en la frente.
¡Y ahora ir, mozuelas, ir a bailar en la Chartreuse, donde antes estuvo el castillo de Vauvert!
Sin embargo, el niño creció, si no en virtud, por lo menos en tamaño. Dos cosas contrariaban a sus padres: su color verde y un apéndice caudal que al principio pareció simplemente una prolongación del coxis, pero que poco a poco tomó el aspecto de una verdadera cola.
Se consultó a los sabios, quienes declararon que era imposible extirparla sin comprometer la vida Antología del cuento extraño del niño. Agregaron que era un caso bastante raro, pero que había ejemplos citados en Herodoto y en Plinio el joven. En esa época aún no se preveía el sistema de Fourier.
En cuanto al color, fue atribuido a un predominio del sistema bilioso. Sin embargo, se ensayaron varios cáusticos para atenuar el matiz demasiado pronunciado de la epidermis, y se consiguió, merced a innumerables lociones y fricciones, rebajarlo primero a un tono verde-botella, después verde-agua y por fin; verde-manzana. En cierta oportunidad pareció que toda la piel se volvía blanca; mas por la noche recobró su color.
El sargento y la costurera no podían consolarse de los disgustos que les daba ese pequeño monstruo, que se volvía cada vez más testarudo, colérico y perverso.
La melancolía que experimentaban los condujo a un vicio muy común entre gente de parecida suerte. Se entregaron a la bebida.
Pero el sargento se empeñó en no beber nunca otra cosa que vino de sello rojo, y su mujer vino de sello verde.
Cada vez que el sargento estaba ebrio como una cuba, veía en sueñas a la mujer ensangrentada cuya aparición lo había aterrado en la bodega, después de romper la botella.
Esta mujer le decía:
 —¿Por qué me apretaste contra tu corazón y después me inmolaste... si yo te amaba tanto?
Y cada vez que la esposa del sargento empinaba demasiado la botella de sello verde, se le aparecía en sueños un gran demonio, de espantoso aspecto, que le decía:
—¿Por qué te asombras de verme... puesto que has bebido de la botella? ¿No soy el padre de tu hijo?
¡Oh, misterio!
Al llegar a la edad de trece años, el chico desapareció. Sus padres, inconsolables, siguieron bebiendo, pero no volvieron a ver las terribles apariciones que habían atormentado su sueño.

IV
MORALEJA

Así fue castigado el sargento por su impiedad, y la costurera por su avaricia.

V
QUÉ FUE DEL DEMONIO VERDE

Nunca más se supo.

jueves, 1 de octubre de 2009

Gérard de Nerval


El desdichado

Je suis le ténébreux, -le veuf, -l'inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie:
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

GÉRARD DE NERVAL


El desdichado

Soy el viudo, el sombrío, que no tiene consuelo,
El príncipe aquitano de la torre abolida,
Mi única estrella ha muerto y el laúd constelado
Llevo con el sol negro de la melancolía.

En la fúnebre noche, tú que me consolaste
Devuélveme el Pausílipo y la mar italiana,
La flor que amaba tanto mi pecho desolado
Y la viña en que el pámpano con la rosa se alía.

¿Soy Amor o soy Febo? ¿Lusiñán o Birón?
El beso de la reina enrojece aún mi frente,
En la gruta en que nada la sirena he soñado...

Y el Aquerón dos veces he cruzado, triunfante,
Haciendo resonar en la lira de Orfeo
De la Santa el suspiro y los gritos del Hada.

Traducción de Miguel Frontán Alfonso