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lunes, 14 de diciembre de 2009

Jean de La Fontaine: La mosca y la hormiga



LA MOUCHE ET LA FOURMI

La Mouche et la Fourmi contestaient de leur prix. 
Ô Jupiter! dit la première,
Faut-il que l'amour propre aveugle les esprits
D'une si terrible manière,
Qu'un vil et rampant animal
A la fille de l'air ose se dire égal?
Je hante les Palais, je m'assieds à ta table:
Si l'on t'immole un boeuf, j'en goûte devant toi;
Pendant que celle-ci, chétive et misérable,
Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.
Mais, ma mignonne, dites-moi,
Vous campez-vous jamais sur la tête d'un Roi,
D'un Empereur, ou d'une Belle?
Je le fais; et je baise un beau sein quand je veux:
Je me joue entre des cheveux;
Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle;
Et la dernière main que met à sa beauté
Une femme allant en conquête,
C'est un ajustement des Mouches emprunté.
Puis allez-moi rompre la tête
De vos greniers. - Avez-vous dit?
Lui répliqua la ménagère.
Vous hantez les Palais; mais on vous y maudit.
Et quant à goûter la première
De ce qu'on sert devant les Dieux,
Croyez-vous qu'il en vaille mieux?
Si vous entrez partout, aussi font les profanes.
Sur la tête des Rois et sur celle des Anes
Vous allez vous planter; je n'en disconviens pas;
Et je sais que d'un prompt trépas
Cette importunité bien souvent est punie.
Certain ajustement, dites-vous, rend jolie.
J'en conviens: il est noir ainsi que vous et moi.
Je veux qu'il ait nom Mouche: est-ce un sujet pourquoi
Vous fassiez sonner vos mérites?
Nomme-t-on pas aussi Mouches les parasites?
Cessez donc de tenir un langage si vain:
N'ayez plus ces hautes pensées.
Les Mouches de cour sont chassées;
Les Mouchards sont pendus; et vous mourrez de faim,
De froid, de langueur, de misère,
Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.
Alors je jouirai du fruit de mes travaux.
Je n'irai, par monts ni par vaux,
M'exposer au vent, à la pluie;
Je vivrai sans mélancolie.
Le soin que j'aurai pris, de soin m'exemptera.
Je vous enseignerai par là
Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.
Adieu: je perds le temps: laissez-moi travailler;
Ni mon grenier, ni mon armoire
Ne se remplit à babiller.




LA MOSCA Y LA HORMIGA
 

La mosca y la hormiga discutían sobre sus méritos.
¡Oh, Júpiter, decía la mosca,
Cómo el amor propio enceguece la mente
De terrible manera,
Que hasta un vil y rampante animal
De la hija del aire pretende ser la igual!
Yo entro en los palacios, a tu mesa me siento,
Si te inmolan un buey lo pruebo en tu presencia,
En tanto que esta otra, débil y miserable,
Del palito que arrastra come tres días enteros,
Pero, querida mía, decidme, ¿acaso
Os paráis en la cabeza de los reyes,
De los emperadores, de las bellas mujeres?
La piel blanca yo adorno
Y el último detalle que pone a su hermosura
Una beldad conquistadora
Es un toque que de las moscas viene.
¡Acabad pues de aturdirme los oídos
Con vuestros graneros! — ¿Habéis ya dicho todo?
Le respondió la hacendosa.
Frecuentáis los palacios, pero allí se os maldice, y por lo que respecta
A ser en probar la primera
Aquello que se sirve en la mesa divina,
¿pensáis que tiene, acaso, por eso más valor?
Si entráis por todas partes, también los importunos.
En la cabeza de los reyes y también de los asnos
Os paráis. No lo niego,
Y yo sé que a menudo
Una temprana muerte es el justo castigo.
Cierto detalle, decís, vuelve hermosa.
De acuerdo: como vos ese detalle es negro y como yo.
Admito que como vos se llama. ¿Es una razón, acaso,
Para pregonar tan alto vuestros méritos?
¿No se llaman, también, los parásitos moscas?
Terminad, pues, con tan vano lenguaje,
Abandonad tan altos pensamientos.
A las moscas como vos de la Corte se las echa,
A los moscardones se los cuelga, y vos moriréis de hambre,
De enfermedad, de miseria, de frío,
Cuando Febo esté en el otro hemisferio.
Del fruto de mi esfuerzo disfrutaré yo entonces.
No iré por montes ni por valles
A exponerme al viento y a la lluvia.
Viviré sin tristeza;
Exenta de inquietud gracias a mis trabajos.
Entonces podréis ver toda la diferencia
Entre un falso y un auténtico orgullo,
Adiós: mi tiempo pierdo; dejadme trabajar,
Ni mis cofres ni me granero
Con charlas se llenarán.


sábado, 18 de abril de 2009

Jean de La Fontaine: La joven viuda



La jeune veuve


La perte d'un époux ne va point sans soupirs.
On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole;
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande: on ne croirait jamais
Que ce fût la même personne.
L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne;
C'est toujours même note et pareil entretien:
On dit qu'on est inconsolable;
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.

L'époux d'une jeune beauté
Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme
Lui criait : Attends-moi, je te suis; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.
Le mari fait seul le voyage.
La belle avait un père, homme prudent et sage:
Il laissa le torrent couler.
A la fin, pour la consoler,
Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes:
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes?
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l'heure
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports;
Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt. -Ah! dit-elle aussitôt,
Un cloître est l'époux qu'il me faut.
Le père lui laissa digérer sa disgrâce.
Un mois de la sorte se passe.
L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours.
Toute la bande des amours
Revient au colombier: les jeux, les ris, la danse,
Ont aussi leur tour à la fin.
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri;
Mais comme il ne parlait de rien à notre belle:
Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis? dit-elle.



La joven viuda

De un esposo la pérdida sin suspiros no ocurre;
Mucho ruido se hace, luego viene el consuelo:
Con las alas del tiempo la tristeza se aleja,
Otra vez el tiempo vuelve a traer placeres.
Entre la viuda de un año
Y la viuda de un día,
Grande es la diferencia; no creeríamos nunca
Que es la misma persona:
Una hace huir la gente, la otra atrae a todos.
A los suspiros, verdaderos o falsos, aquella se abandona;
Siempre es la misma nota y palabras iguales;
Dicen que no hay consuelo,
Dicen, pero no es cierto,
Como gracias a esta fábula
Veremos, o más bien gracias a la verdad.

El esposo de una joven beldad
Se iba al otro mundo. Su mujer a su lado
Le gritaba: "Espérame, te sigo; y mi alma
Al igual que la tuya dispuesta está a partir".
El marido hace el viaje solito.
La beldad tenía un padre, hombre prudente y sabio;
Éste deja el agua correr,
Al final, para consolarla:
"Hija mía, le dice, son demasiadas lágrimas.
¿De qué le servirá al difunto que ahoguéis vuestros encantos?
Puesto que hay gente viva no penséis en los muertos.
Claro, no digo que al instante
Una condición mejor
En bodas cambie este dolor,
Pero luego de un tiempo, aceptad la propuesta
De un marido guapo, bien hecho, joven, y en todo diferente
Del difunto. -¡Ah, dice ella de inmediato,
Un convento es el marido que necesito!
Su padre le deja digerir su desgracia.
Todo un mes así pasa;
El siguiente lo emplea en cambiar cada día
Algo en el vestido, otra cosa en la ropa, en el peinado:
El luto al fin, en espera
De otros adornos, sirve de adorno.
De los querubines la banda entera
Retorna al palomar; las risas, los juegos, la danza
Al fin tienen su turno:
Mañana y tarde, en la fuente
De eterna juventud cada uno se baña.
El padre ya no teme al muerto tan querido;
Pero como a nuestra beldad él de nada le hablaba:
"¿Dónde pues, dijo ella, está el joven marido
Que me habéis prometido?"

Traducción de Miguel Ángel Frontán