miércoles, 8 de abril de 2026

Alejandra Pizarnik: Poemas en francés III

TOUT LE LONG DU JOUR J’ENTENDS…

Tout le long du jour j’entends le bruit de l’eau pleurant. Ma mémoire, mon lieu sanglant, mon ancien ange mordu par le vent. Tout le jour je dors en pleurant pendant que les mots tombent comme l’eau déchirée, je tombe en pleurant, je me souviens du bruit de l’eau qui tombe dans mon rêve de toi. Toute la nuit j’écoute les pas de quelque chose qui vient à moi. Toute la nuit je dessine dans mes yeux la forme de tes yeux. Toute la nuit je nage dans tes eaux, je me noie dans mes yeux qui maintenant sont tes yeux. Toute la nuit je parle avec ta voix et je me dis ce que tu silences. Toute la nuit tu pleuves sur moi, pluie de mains d’eau qui me noient. Toute la nuit et tout le long du jour je regarde des tâches bleues dans un mur, à toute heure j’attends que le mot obscène serve à former ton visage. Je n’abandonne pas ce lieu de reconnaissance, je m’en vais seulement quand tu arrives.

Et tout le long du jour je dors en pleurant. Je me souviens du vent, toute la nuit je pense au vent qui vient à moi et reste en moi. Ma mémoire, un oiseau affolé sur la plage grise sous le vent froid qui vient et revient et ne s’en va pas. Le vent est en moi, tu es en moi, toute la nuit je pleure en me souvenant de l’eau qui tombe et de la rive froide sous le vent gris. Où est ton ancien savoir? – on me demande. Où est ton silence? Toute la nuit j’entends le bruit de mon visage qui pleure. Et c’est le chemin vers ton lieu natal, vers ta souffrance pure. Toute la nuit sous la pluie inconnue. À moi on m’a donnée un silence plein de formes – tu dis. Et tu cours désolée comme l’unique oiseau dans le vent.

ALEJANDRA PIZARNIK

The Galloping Hour: French Poems

New York, New Directions Publishing, 2018

Durante todo el día oigo el ruido del agua llorando. Mi memoria, mi lugar sangrante, mi antiguo ángel mordido por el viento. Durante todo el día duermo llorando mientras las palabras caen como agua desgarrada, caigo llorando, recuerdo el ruido del agua que cae en mi sueño de ti. Durante toda la noche escucho los pasos de algo que viene hacia mí. Toda la noche dibujo en mis ojos la forma de tus ojos. Toda la noche nado en tus aguas, me ahogo en mis ojos que ahora son tus ojos. Toda la noche hablo con tu voz y me digo lo que tú silencias. Toda la noche llueves sobre mí, lluvia de manos de agua que me ahogan. Toda la noche y todo el día miro manchas azules en una pared, a todas horas espero que la palabra obscena sirva para formar tu rostro. No abandono este lugar de reconocimiento, solamente me voy cuando tú llegas.

Y todo el día duermo llorando. Recuerdo el viento, toda la noche pienso en el viento que viene a mí y permanece en mí. Mi memoria, un pájaro enloquecido en la playa gris bajo el viento frío que viene y vuelve y no se va. El viento está en mí, tú estás en mí, toda la noche lloro recordando el agua que cae y la orilla fría bajo el viento gris. ¿Dónde está tu antiguo saber? —me preguntan—. ¿Dónde está tu silencio? Toda la noche oigo el ruido de mi rostro que llora. Y ese es el camino hacia tu lugar natal, hacia tu sufrimiento puro. Toda la noche bajo la lluvia desconocida. A mí me han dado un silencio lleno de formas —dices. Y corres desconsolada como el único pájaro en el viento.

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán