martes, 5 de mayo de 2026

Alejandra Pizarnik: Poemas en francés IV

        Le sexe, la nuit

Une fois de nouveau, quelqu’un tombe dans sa première chute – chute des deux corps, des deux yeux, de quatre yeux verts ou de huit yeux verts si on compte aussi ceux qui naissent dans le miroir (à minuit, dans la peur la plus pure, dans la perte), tu n’a pas su reconnaître la voix de ton morne silence, tu n’a pas su voir les messages terrestres qui se dessinent au milieu d’un état fou, quand le corps est un verre et on boit de soi et de l’autre une sorte d’eau impossible.

Inutilement le désir verse sur moi une liqueur maudite. Pour ma soif assoiffée, qu’est-ce que peut la promesse d’un regard? Je parle de quelque chose qui n’est pas dans ce monde. Je parle de quelqu’un qui a son but ailleurs.

Et j’étais nue dans le souvenir de la nuit blanche. J’étais ivre et j’ai fait l’amour toute la nuit, exactement comme une chienne malade.

Parfois on subit trop de réalité dans l’espace d’une seule nuit. On se déshabille, on a trop d’horreur. On sait que le miroir sonne comme une montre, le miroir d’où jaillira le cri, ta déchirure.

La nuit s’ouvre une seule fois. Ça suffit. Tu vois. Tu as vu. La peur d’être deux dans le miroir, et tout de suite on est quatre. On crie, on gémit, ma peur, ma joie plus horrible que ma peur, mes paroles obscènes, mes paroles sont des clefs pour m’enfermer dans un miroir, avec toi, mais toujours seule. Et je sais bien de quoi est faite la nuit. On est tombée si profond dans une mâchoire qui ne s’attendait pas à ce sacrifice, à cette condamnation pour mes yeux qui ont vu. Je parle d’une découverte: avoir senti le moi dans le sexe, le sexe dans le moi. Je parle de laisser tomber la peur de chaque jour pour acquérir la peur d’un instant. Perte la plus pure. Mais qui me dira: ne pleure plus dans la nuit? Parce qu’aussi la folie est un mensonge. Comme la nuit. Comme la mort.

ALEJANDRA PIZARNIK 

El sexo, la noche

Una vez más, alguien cae en su primera caída: la caída de los dos cuerpos, de los dos ojos, de cuatro ojos verdes u ocho ojos verdes si contamos también los que nacen en el espejo (a medianoche, en el miedo más puro, en la pérdida), tú no supiste reconocer la voz de tu lúgubre silencio, no supiste ver los mensajes terrenales que se dibujan en medio de un estado de locura, cuando el cuerpo es un vaso y se bebe de uno mismo y del otro una especie de agua imposible.

Inútilmente, el deseo derrama sobre mí un licor maldito. Para mi sed sedienta, ¿qué puede la promesa de una mirada? Hablo de algo que no pertenece a este mundo. Hablo de alguien que tiene su objetivo en otra parte.

Y estaba desnuda en el recuerdo de la noche en vela. Estaba ebria e hice el amor toda la noche, exactamente como una perra enferma.

A veces se padece de demasiada realidad en el espacio de una sola noche. Nos desnudamos, tenemos demasiado horror. Sabemos que el espejo suena como un reloj, el espejo de donde brotará el grito, tu desgarro.

La noche se abre una sola vez. Es suficiente. Ya ves. Ya has visto. El miedo a ser dos en el espejo, y de inmediato somos cuatro. Gritamos, gemimos, mi miedo, mi alegría más horrible que mi miedo, mis palabras obscenas, mis palabras son llaves para encerrarme en un espejo, contigo, pero siempre sola. Y sé muy bien de qué está hecha la noche. Hemos caído tan profundamente en una mandíbula que no esperaba este sacrificio, esta condena para mis ojos que han visto. Hablo de un descubrimiento: haber sentido el yo en el sexo, el sexo en el yo. Hablo de abandonar el miedo cotidiano para adquirir el miedo de un instante. La pérdida más pura. Pero ¿quién me dirá: no llores más en la noche? Porque también la locura es una mentira. Como la noche. Como la muerte.

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán