Pasión por
pasión. Amor por amor.
Estaba en
una calle de ceniza, limitada por vastos edificios de arena. Allí encontré al
placer. Le miré: en sus ojos vacíos había dos relojes pequeños; uno marchaba en
sentido contrario al otro. En la comisura de los labios sostenía una flor
mordida. Sobre los hombros llevaba una capa en jirones.
A su paso
unas estrellas se apagaban, otras se encendían. Quise detenerle; mi brazo quedó
inmóvil. Lloré, lloré tanto, que hubiera podido llenar sus órbitas vacías.
Entonces amaneció.
Comprendí
por qué llaman prudente a un hombre sin cabeza.
PASSION
FOR PASSION
Passion for
passion. Love for love.
I was in a
street of ash, lined with huge buildings of sand. I found pleasure there. I
looked at him: in his empty eyes there were two tiny clocks; they ran in
opposite directions. He held a flower in the corner of his mouth, bitten and
broken. The cape on his shoulders was in shreds.
As he
passed, some stars began to die, others were being born. I tried to stop him.
My arms hung motionless. I wept. I wept so much I could have filled his empty
orbits. Then it was dawn.
I
understood why a man is called prudent when headless.
Translated
by REGINALD GIBBONS
Selected Poems of Luis Cernuda
Seaver
Books, New York, 1986
PASSION
POUR PASSION
Passion pour passion. Amour pour amour.
Je me trouvais dans une rue de cendres, bordée de vastes bâtiments de
sable. C'est là que j'ai trouvé le plaisir. Je l'ai regardé : dans ses yeux
vides, il y avait deux petites montres ; l'une tournait dans le sens inverse de
l'autre. Au coin de ses lèvres, il tenait une fleur mordillée. Sur ses épaules,
il portait une cape en lambeaux.
À son passage, certaines étoiles s’éteignaient, d’autres s’allumaient.
J’ai voulu l’arrêter ; mon bras est resté immobile. J’ai pleuré, j’ai tant
pleuré que j’aurais pu remplir ses orbites vides. Alors l’aube s’est levée.
J’ai compris pourquoi on qualifie de prudent un homme sans tête.
Version française, pour Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán



