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miércoles, 16 de abril de 2025

Charles Baudelaire: Poemas en prosa XI. La mujer salvaje y la pequeña amante

À ARSÈNE HOUSSAYE 

Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superfine. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j’ose vous dédier le serpent tout entier.

J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d’Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n’a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux ?) que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque.

Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?

C’est surtout de la fréquentation des villes énormes, c’est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant. Vous-même, mon cher ami, n’avez-vous pas tenté de traduire en une chanson le cri strident du Vitrier, et d’exprimer dans une prose lyrique toutes les désolantes suggestions que ce cri envoie jusqu’aux mansardes, à travers les plus hautes brumes de la rue ?

Mais, pour dire le vrai, je crains que ma jalousie ne m’ait pas porté bonheur. Sitôt que j’eus commencé le travail, je m’aperçus que non-seulement je restais bien loin de mon mystérieux et brillant modèle, mais encore que je faisais quelque chose (si cela peut s’appeler quelque chose) de singulièrement différent, accident dont tout autre que moi s’enorgueillirait sans doute, mais qui ne peut qu’humilier profondément un esprit qui regarde comme le plus grand honneur du poëte d’accomplir juste ce qu’il a projeté de faire.

Votre bien affectionné,

C. B.

A ARSÈNE HOUSSAYE

Mi querido amigo, le envío una pequeña obra, de la cual no se podría decir, sin injusticia, que no tiene ni pies ni cabeza, puesto que, al contrario, todo en ella es, al mismo tiempo, cabeza y pies, alternativa y recíprocamente. Considere, se lo ruego, qué admirables comodidades esta combinación nos ofrece a todos, a usted, a mí y al lector. Podemos cortar dónde queramos, yo mi ensoñación, usted el manuscrito, el lector la lectura; porque no dejo que la esquiva voluntad de éste quede pendiendo del hilo interminable de una intriga sutilísima. Saque usted una vértebra, y las dos partes de esta tortuosa fantasía volverán a juntarse sin esfuerzo. Despedácela en numerosos fragmentos, y verá que cada uno puede existir por separado. Con la esperanza de que algunos de estos trozos estarán lo bastante vivos para darle placer y entretenimiento, me atrevo a dedicarle la serpiente completa.

Tengo que hacerle una pequeña confesión. Hojeando, por vigésima vez al menos, el famoso Gaspar de la Noche, de Aloysius Bertrand (¿un libro que usted y yo, y algunos de nuestros amigos, conocemos no tiene todo el derecho a ser llamado famoso?), se me ocurrió la idea de intentar algo análogo, y de aplicar a la descripción de la vida moderna o, más bien, de una vida moderna y más abstracta, el procedimiento que él había aplicado a la pintura de la vida antigua, tan extrañamente pintoresca.

¿Quién de nosotros no ha soñado, en sus días de ambición, con el milagro de una prosa poética, musical sin ritmo y sin rima, lo bastante flexible y lo bastante abrupta como para adaptarse a los movimientos líricos del alma, a las ondulaciones de la ensoñación, a los sobresaltos de la conciencia?

Es sobre todo de la frecuentación de las ciudades inmensas, del entrecruzamiento de sus innumerables relaciones, que nace ese ideal obsesivo. Usted mismo, mi querido amigo, ¿no ha intentado mostrar en una canción el grito estridente del Vidriero, y expresar en una prosa lírica todas las desoladoras sugerencias que ese grito lanza hasta las mansardas, a través de las más altas brumas de la calle?

Pero, para decir la verdad, temo que mi envidia no me haya traído suerte. Apenas comencé el trabajo, me di cuenta de que no sólo me quedaba muy lejos de mi misterioso y brillante modelo, sino incluso que hacía algo (si es que esto puede llamarse algo) singularmente diferente, accidente del cual cualquier otro fuera de mí se enorgullecería quizás, pero que no puede sino humillar profundamente a un espíritu que ve como el más grande honor del poeta realizar únicamente aquello que proyectó hacer.

Suyo muy afectuosamente,

CHARLES BAUDELAIRE 


XI

LA FEMME SAUVAGE ET LA PETITE-MAÎTRESSE 

« Vraiment, ma chère, vous me fatiguez sans mesure et sans pitié ; on dirait, à vous entendre soupirer, que vous souffrez plus que les glaneuses sexagénaires et que les vieilles mendiantes qui ramassent des croûtes de pain à la porte des cabarets.

« Si au moins vos soupirs exprimaient le remords, ils vous feraient quelque honneur ; mais ils ne traduisent que la satiété du bien-être et l’accablement du repos. Et puis, vous ne cessez de vous répandre en paroles inutiles : « Aimez-moi bien ! j’en ai tant besoin ! Consolez-moi par-ci, caressez-moi par-là ! » Tenez, je veux essayer de vous guérir ; nous en trouverons peut-être le moyen, pour deux sols, au milieu d’une fête, et sans aller bien loin.

« Considérons bien, je vous prie, cette solide cage de fer derrière laquelle s’agite, hurlant comme un damné, secouant les barreaux comme un orang-outang exaspéré par l’exil, imitant, dans la perfection, tantôt les bonds circulaires du tigre, tantôt les dandinements stupides de l’ours blanc, ce monstre poilu dont la forme imite assez vaguement la vôtre.

« Ce monstre est un de ces animaux qu’on appelle généralement « mon ange ! » c’est-à-dire une femme. L’autre monstre, celui qui crie à tue-tête, un bâton à la main, est un mari. Il a enchaîné sa femme légitime comme une bête, et il la montre dans les faubourgs, les jours de foire, avec permission des magistrats, cela va sans dire.

« Faites bien attention ! Voyez avec quelle voracité (non simulée peut-être !) elle déchire des lapins vivants et des volailles piaillantes que lui jette son cornac. « Allons, dit-il, il ne faut pas manger tout son bien en un jour, » et, sur cette sage parole, il lui arrache cruellement la proie, dont les boyaux dévidés restent un instant accrochés aux dents de la bête féroce, de la femme, veux-je dire.

« Allons ! un bon coup de bâton pour la calmer ! car elle darde des yeux terribles de convoitise sur la nourriture enlevée. Grand Dieu ! le bâton n’est pas un bâton de comédie, avez-vous entendu résonner la chair, malgré le poil postiche ? Aussi les yeux lui sortent maintenant de la tête, elle hurle plus naturellement. Dans sa rage, elle étincelle tout entière, comme le fer qu’on bat.

« Telles sont les mœurs conjugales de ces deux descendants d’Ève et d’Adam, ces œuvres de vos mains, ô mon Dieu ! Cette femme est incontestablement malheureuse, quoique après tout, peut-être, les jouissances titillantes de la gloire ne lui soient pas inconnues. Il y a des malheurs plus irrémédiables, et sans compensation. Mais dans le monde où elle a été jetée, elle n’a jamais pu croire que la femme méritât une autre destinée.

« Maintenant, à nous deux, chère précieuse ! À voir les enfers dont le monde est peuplé, que voulez-vous que je pense de votre joli enfer, vous qui ne reposez que sur des étoffes aussi douces que votre peau, qui ne mangez que de la viande cuite, et pour qui un domestique habile prend soin de découper les morceaux ?

« Et que peuvent signifier pour moi tous ces petits soupirs qui gonflent votre poitrine parfumée, robuste coquette ? Et toutes ces affectations apprises dans les livres, et cette infatigable mélancolie, faite pour inspirer au spectateur un tout autre sentiment que la pitié ? En vérité, il me prend quelquefois envie de vous apprendre ce que c’est que le vrai malheur.

« À vous voir ainsi, ma belle délicate, les pieds dans la fange et les yeux tournés vaporeusement vers le ciel, comme pour lui demander un roi, on dirait vraisemblablement une jeune grenouille qui invoquerait l’idéal. Si vous méprisez le soliveau (ce que je suis maintenant, comme vous savez bien), gare la grue qui vous croquera, vous gobera et vous tuera à son plaisir !

« Tant poëte que je sois, je ne suis pas aussi dupe que vous voudriez le croire, et si vous me fatiguez trop souvent de vos precieuses pleurnicheries, je vous traiterai en femme sauvage, ou je vous jetterai par la fenêtre, comme une bouteille vide. »

 

XI

LA MUJER SALVAJE Y LA PEQUEÑA AMANTE

“Realmente, querida, me cansas sin medida y sin piedad; pareciera, por el modo en que suspiras, que sufres más que las espigadoras sexagenarias y las viejas mendigas que juntan mendrugos de pan a la puerta de las tabernas.

“Si al menos tus suspiros expresaran remordimiento, te harían algún honor; pero sólo manifiestan la saciedad del bienestar y el abatimiento del descanso. Y además, no dejas de prodigar palabras inútiles: “¡Quiéreme mucho! ¡Lo necesito tanto! ¡Consuélame aquí, acaríciame allá!”. Mira, quiero tratar de curarte; quizás encontremos cómo, por unos céntimos, en medio de una fiesta, y sin ir muy lejos.

“Contemplemos atentamente, te lo ruego, esta sólida jaula de hierro en la cual se agita, aullando como un condenado, sacudiendo los barrotes como un orangután exasperado por el exilio, imitando a la perfección a veces los saltos circulares del tigre, a veces el estúpido contoneo del oso polar, ese monstruo peludo cuya forma imita bastante vagamente la tuya.

“Ese monstruo es uno de esos animales que llamamos por lo general ‘ángel mío’, es decir, una mujer. El otro monstruo, el que grita a voz en cuello con un bastón en la mano, es un marido. Ha encadenado a su legítima esposa como a un animal, y la exhibe en los suburbios los días de feria, con permiso de los jueces, demás está decirlo.

“¡Presta mucha atención! Mira con qué voracidad (¡quizá no simulada!) destroza los conejos vivos y las aves chillonas que le arroja su cuidador.  ‘Vamos —le dice—, no tienes que comértelo todo en un solo día’, y, tras estas sabias palabras, le arranca cruelmente la presa, cuyas tripas desenrolladas se quedan un instante enganchadas en los dientes del animal feroz —de la mujer, quiero decir.

“¡Vamos, un buen bastonazo para calmarla!, ya que mira con terrible avidez la comida arrebatada. ¡Santo cielo!, el bastón no es un bastón de comedia, ¿has oído cómo sonó la carne, a pesar del pelo postizo? Por eso ahora los ojos se le salen de las órbitas, grita con más naturalidad. Rabiosa como está, todo su cuerpo echa chispas, como el hierro en el yunque.

“¡Tales son las costumbres conyugales de esos dos descendientes de Eva y Adán, esas obras de tus manos, oh Dios mío! Esa mujer es indiscutiblemente desdichada, aunque después de todo, quizás, los placeres excitantes de la gloria no le sean desconocidos. Hay desdichas más irremediables, y sin compensación. Pero, en el mundo al que fue arrojada, nunca pudo creer que la mujer mereciera otro destino.

“¡Ahora volvamos a ocuparnos de nosotros, mi queridísima! Viendo los infiernos que pueblan el mundo, ¿qué quieres que piense de tu bonito infierno, tú que sólo descansas sobre telas tan suaves como tu piel, que sólo comes carne cocida, y que tienes un criado hábil que se encarga de cortar los trozos?

“¿Y qué pueden significar para mí todos esos pequeños suspiros que hinchan tu pecho perfumado, robusta coqueta? ¿Y todas esas poses aprendidas en los libros, y esa incansable melancolía, hecha para inspirar en el espectador un sentimiento muy distinto de la lástima? Realmente, a veces me dan ganas de enseñarte lo que es la verdadera desdicha.

“Viéndote así, mi bella delicada, con los pies en el fango y los ojos lánguidos vuelta hacia el cielo, como para pedirle un rey, se te tomaría, ciertamente, por una joven rana que estuviera invocando el ideal. Si desprecias la viga (cosa que ahora soy, como bien lo sabes), ¡cuidado con la grulla que te comerá, te tragará y te matará como le plazca!

“Por muy poeta que yo sea, no soy tan ingenuo como te gustaría creer, y si me cansas demasiado a menudo con tus preciosos lloriqueos, te trataré como a una mujer salvaje, o te tiraré por la ventana como una botella vacía”.

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Carlos Cámara y  Miguel Ángel Frontán

 

NOTA de Massimo Colesanti

En una carta a Poulet-Malassis fechada el 15 de diciembre de 1859, Baudelaire incluye La Femme sauvage (sermon à une petite-maîtresse) entre sus proyectos de poema. No creemos que pretendiera versificar el texto de este poema, que tiene autonomía propia; en cualquier caso, el proyecto no se realizó, y quizá podamos decir que afortunadamente, porque el tono, al menos aquí, es demasiado violento y sarcástico, como observa Pichois (Oeuvres Complètes, La Pléiade, I, p. 1315). El episodio aquí presentado es un clásico espectáculo de exhibición de monstruos, habitual en las ferias de la época, también descrito por Gérard de Nerval entre otros en un artículo, Les comédiens ambulants. Études de mœurs, aparecido en el Musée des familles en diciembre de 1848, y que Baudelaire pudo haber leído. En cualquier caso, más allá del episodio presentado, Baudelaire vuelve a expresar aquí, en este “sermón”, su misoginia, sobre todo al final. Para estas palabras en itálicas, y para todo el penúltimo párrafo, Baudelaire remite naturalmente a la conocida fábula de La Fontaine, Les Grenouilles qui demandent un roi (III, 4).

 

XI

WILD WOMAN AND LITTLE DARLING

“Really, my dear, you endlessly and without pity wear me out; one would suppose, to hear you sigh, that your sufferings are worse tan those of the gleaners or the old beggar women who dig out crusts of bread from dance hall garbage cans.

“If at least your sighs expressed remorse, they might do you honor; but they convey merely a surfeit of well-being and despondency from sleeping too much. And then, you never cease breaking out uselessly, ‘Love me more! I have such need of love! Console me, caress me, this way, that way!’ Now hold on. I’m going to try and cure you; maybe for a few pennies at a fair, without going to any great trouble.

“Do note, please, in this iron cage—bounding, howling like the damned, shaking the bars like an orangutan exasperated by exile, imitating to perfection, sometimes the circular sulk of the tiger, at other times the stupid waddle of a polar bear—a hairy monster whose form suggests, vaguely, yours.

“This monster is one of those animals generally addressed as ‘my angel!’ that is to say, a woman. That other monster, the one yelling at the top of his voice, stick in hand, is a husband. He has imprisoned his legitimate wife like a beast, and displays her in the suburbs on days of the fair—with, it goes without saying, permission of the authorities.

“Now pay attention! see with what voracity (not necessarily simulated) she rips apart live rabbits and still clucking fowl that her keeper throws her. ‘Take it easy,’ he yells, ‘mustn’t eat up everything in one day,’ and, with that good advice, cruelly rakes back the spoil, uncurled guts caught for an instant on a tooth of this ferocious beast—I mean to say, the woman’s.

“Here we go! a good whack of the stick to calm her down! Since her terrible eyes dart covetously towards the food taken away. Good God! the stick is no music hall slapstick, have you heard her flesh pop, despite the false hair? And, eyes starting from their sockets, now she howls more naturally. In her rage, she throws out sparks like beaten iron.

“Such are the conjugal relations of these two descendants of Eve and Adam, these works of your hand, O my God! This woman is, to a certainty, unhappy, though perhaps to her the titillations of glory are, when you come right down to it, not unknown. There are sorrows more irremediable, and without compensation. But in the world where she has been thrown, it would never occur to her to suppose that a woman might merit a different fate.

“And us, now, my precious! Seeing the hells that populate the world, how should I react to your pretty little hell? you who sleep on stuff soft as your skin, who eat only roasted meat carefully carved by servants.

“And what could they mean to me, you well-fed flirt, all these sighs that inflate your perfumed bosom? And all the affectations you’ve gotten out of books, and this tireless melancholy, meant to inspire the spectator with a feeling quite other than pity? It has truly from time to time given me the urge to teach you what real unhappiness is.

“And to see you, my so delicate beauty, your feet in muck and your eyes turned nebulously skyward, as if beseeching a king, you’re the very image of a young frog invoking the ideal. If you don’t like your King Log (which at the moment, as you know, I am) watch out for the crane who will crunch you up, gulp you down, kill you at his pleasure.

“Poet that I am, I’m not the dupe you’d like to think me, and if you wear me out too often with your precious whining, I will treat you like a wild woman, or else throw you out the window, like an empty bottle.”

Translated by KEITH WALDROP 

 

XI

LA DONNA SELVAGGIA E LA RAFFINATA

«Mi hai veramente annoiato da morire, cara mia, senza pietà; a sentirti sospirare, si direbbe che soffri più delle spigolatrici sessantenni e delle vecchie mendicanti che raccattano tozzi di pane alla porta delle osterie.

Certi sospiri ti farebbero un po’ onore se esprimessero, che so io, un rimorso; ma rivelano invece la sazietà del benessere e l’oppressione del riposo. E poi non smetti mai di tirar fuori parole inutili: “Amami molto! Ne ho tanto bisogno! Consolami di qua, accarezzami di là!”. Senti, voglio proprio cercare di guarirti. Ci riusciremo forse con due soldi, in una fiera, senza andare moltolontano.

Guarda, su, guarda quella solida gabbia di ferro nella quale si agita quel mostro peloso dalla forma piuttosto vagamente simile alla tua! Urla come un dannato, scuote le sbarre come un orango esasperato dall’esilio, imita alla perfezione ora i balzi circolari della tigre ora lo stupido dondolio dell’orso bianco.

Beh! Quel mostro è una di quelle bestie che in genere si chiamano “angelo mio”, cioè una moglie. E l’altro mostro, quello che grida a squarciagola con un bastone in mano, è un marito. Ha incatenato la moglie legittima come una bestia e la va mostrando nei sobborghi, nei giorni di fiera, e naturalmente col permesso delle autorità.

Guarda, guarda con che voracità (forse, non simulata) lei sbrana conigli vivi e volatili pigolanti che le getta il suo cornac. “Via!”, le dice, “non bisogna divorare tutto in un giorno!”, e mentre pronuncia queste sagge parole le strappa crudelmente la preda, ma le budella srotolate restano per un momento appese ai denti della belva, voglio dire della donna.

Visto con che occhi tremendi d’ingordigia dardeggia il cibo sottrattole? E giù una buona bastonata per calmarla! Mio Dio! Il bastone non è uno di quelli da commedia! Hai sentito come risuona sulle carni, nonostante il pelo posticcio? Per questo ora ha gli occhi di fuori e urla più naturalmente. Nella sua rabbia scintilla tutta, come un ferro battuto.

Queste sono le abitudini coniugali di quei due discendenti di Èva e Adamo, opera delle tue mani, mio Dio! Quella donna è indiscutibilmente infelice, benché dopo tutto non ignori i piaceri titillanti della gloria. Ci sono sciagure più irrimediabili e senza compenso. Ma nel mondo in cui è stata gettata, non ha mai potuto credere che la donna meriti altro destino.

E ora a noi due, cara preziosa! Con tutti gli inferni di questo mondo, che vuoi che pensi del tuo leggiadro inferno, di te che riposi solo su stoffe morbide come la tua pelle, di te che mangi solo carne cotta, di te che hai pure un abile domestico che ha cura di somministrarti i bocconi?

E cosa vuoi che significhino per me tutti questi sospiri che ti gonfiano il petto profumato, gagliarda puttanella? E tutte queste smancerie imparate nei libri? E questa instancabile malinconia, fatta per ispirare a chi ti guarda un sentimento qualunque, ma non certo la pietà? Avrei una voglia d’insegnarti cos’è la vera sventura!

A vederti cosi, mia bella delicata, con i piedi nel fango e gli occhi svenevoli rivolti al cielo, come per chiedergli un re, mi sembri proprio una ranocchia che invoca il suo ideale. E disprezzalo pure il travicello (che sono io ora, come sai bene), ma attenta alla gru che ti mangerà, t’ingoierà e ti ammazzerà a piacer suol

Sono un poeta, sì, ma non così minchione come vorresti credere! E se mi annoi troppo spesso con i tuoi preziosi piagnistei, ti tratterò come la donna selvaggia o ti butterò dalla finestra come una bottiglia vuota!».

  Traduzione de MASSIMO COLESANTI

miércoles, 22 de enero de 2025

Charles Baudelaire: Poemas en prosa X. A la una de la madrugada

À ARSÈNE HOUSSAYE 

Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superfine. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j’ose vous dédier le serpent tout entier.

J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d’Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n’a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux ?) que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque.

Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?

C’est surtout de la fréquentation des villes énormes, c’est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant. Vous-même, mon cher ami, n’avez-vous pas tenté de traduire en une chanson le cri strident du Vitrier, et d’exprimer dans une prose lyrique toutes les désolantes suggestions que ce cri envoie jusqu’aux mansardes, à travers les plus hautes brumes de la rue ?

Mais, pour dire le vrai, je crains que ma jalousie ne m’ait pas porté bonheur. Sitôt que j’eus commencé le travail, je m’aperçus que non-seulement je restais bien loin de mon mystérieux et brillant modèle, mais encore que je faisais quelque chose (si cela peut s’appeler quelque chose) de singulièrement différent, accident dont tout autre que moi s’enorgueillirait sans doute, mais qui ne peut qu’humilier profondément un esprit qui regarde comme le plus grand honneur du poëte d’accomplir juste ce qu’il a projeté de faire.

Votre bien affectionné,

C. B.

A ARSÈNE HOUSSAYE

Mi querido amigo, le envío una pequeña obra, de la cual no se podría decir, sin injusticia, que no tiene ni pies ni cabeza, puesto que, al contrario, todo en ella es, al mismo tiempo, cabeza y pies, alternativa y recíprocamente. Considere, se lo ruego, qué admirables comodidades esta combinación nos ofrece a todos, a usted, a mí y al lector. Podemos cortar dónde queramos, yo mi ensoñación, usted el manuscrito, el lector la lectura; porque no dejo que la esquiva voluntad de éste quede pendiendo del hilo interminable de una intriga sutilísima. Saque usted una vértebra, y las dos partes de esta tortuosa fantasía volverán a juntarse sin esfuerzo. Despedácela en numerosos fragmentos, y verá que cada uno puede existir por separado. Con la esperanza de que algunos de estos trozos estarán lo bastante vivos para darle placer y entretenimiento, me atrevo a dedicarle la serpiente completa.

Tengo que hacerle una pequeña confesión. Hojeando, por vigésima vez al menos, el famoso Gaspar de la Noche, de Aloysius Bertrand (¿un libro que usted y yo, y algunos de nuestros amigos, conocemos no tiene todo el derecho a ser llamado famoso?), se me ocurrió la idea de intentar algo análogo, y de aplicar a la descripción de la vida moderna o, más bien, de una vida moderna y más abstracta, el procedimiento que él había aplicado a la pintura de la vida antigua, tan extrañamente pintoresca.

¿Quién de nosotros no ha soñado, en sus días de ambición, con el milagro de una prosa poética, musical sin ritmo y sin rima, lo bastante flexible y lo bastante abrupta como para adaptarse a los movimientos líricos del alma, a las ondulaciones de la ensoñación, a los sobresaltos de la conciencia?

Es sobre todo de la frecuentación de las ciudades inmensas, del entrecruzamiento de sus innumerables relaciones, que nace ese ideal obsesivo. Usted mismo, mi querido amigo, ¿no ha intentado mostrar en una canción el grito estridente del Vidriero, y expresar en una prosa lírica todas las desoladoras sugerencias que ese grito lanza hasta las mansardas, a través de las más altas brumas de la calle?

Pero, para decir la verdad, temo que mi envidia no me haya traído suerte. Apenas comencé el trabajo, me di cuenta de que no sólo me quedaba muy lejos de mi misterioso y brillante modelo, sino incluso que hacía algo (si es que esto puede llamarse algo) singularmente diferente, accidente del cual cualquier otro fuera de mí se enorgullecería quizás, pero que no puede sino humillar profundamente a un espíritu que ve como el más grande honor del poeta realizar únicamente aquello que proyectó hacer.

Suyo muy afectuosamente,

CHARLES BAUDELAIRE 


X

À UNE HEURE DU MATIN

 

Enfin ! seul ! On n’entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

Enfin ! il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres ! D’abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.

Horrible vie ! Horrible ville ! Récapitulons la journée : avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l’un m’a demandé si l’on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île) ; avoir disputé généreusement contre le directeur d’une revue, qui à chaque objection répondait : « — C’est ici le parti des honnêtes gens, » ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins ; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues ; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d’acheter des gants ; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m’a prié de lui dessiner un costume de Vénustre ; avoir fait ma cour à un directeur de théâtre, qui m’a dit en me congédiant : « — Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z… ; c’est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons ; » m’être vanté (pourquoi ?) de plusieurs vilaines actions que je n’ai jamais commises, et avoir lâchement nié quelques autres méfaits que j’ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain ; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle ; ouf ! est-ce bien fini ?

Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !

 

X

A LA UNA DE LA MADRUGADA

 

¡Al fin! ¡Solo! Ya no se oye más que el rodar de algunos coches de alquiler retrasados y exhaustos. Por unas horas tendremos silencio, si no reposo. ¡Al fin!, la tiranía del rostro humano* ha desaparecido y mis sufrimientos sólo se deberán a mí mismo.

     ¡Al fin! ¡Se me permite, pues, descansar en un baño de tinieblas*! Para empezar, doble vuelta de llave. Me parece que esa vuelta de llave aumentará mi soledad y fortalecerá las barricadas que actualmente me separan del mundo.

     ¡Horrible vida! ¡Horrible ciudad! Repasemos el día: he visto a varios hombres de letras, uno de los cuales me preguntó si se podía ir a Rusia por vía terrestre (sin duda creía que Rusia es una isla); he discutido generosamente con el director de una revista*, que respondía a cada objeción: “Aquí están las personas de bien”, lo que implica que todos los demás periódicos están redactados por pícaros; he saludado a unas veinte personas, quince de las cuales me son desconocidas; he repartido apretones de mano en igual proporción, y sin tomar la precaución de comprarme un par de guantes; he subido durante un chubasco, para matar el tiempo, a casa de una ramera*, que me rogó que le dibujara un traje de Venusa; he adulado a un director de teatro, que me dijo al despedirme: “Quizás usted haría bien en hablar con Z…; es el más lerdo, el más bobo y el más célebre de todos mis autores, con él quizás usted podría lograr algo. Vaya a verlo y luego veremos”; me he vanagloriado (¿por qué?) de varias malas acciones que nunca cometí, y he negado cobardemente algunas otras fechorías que llevé a cabo alegremente, delito de fanfarronería, crimen de respeto humano; le he negado a un amigo un favor fácil, y le he dado una carta de recomendación a un perfecto sinvergüenza; ¡uf!, ¿no habrá nada más?

     Descontento con todos y descontento conmigo mismo, querría por cierto redimirme y enorgullecerme un poco en el silencio y la soledad de la noche. Almas de aquellos que he amado, almas de aquellos que he cantado, fortalézcanme, sosténganme, alejen de mí la mentira y los vapores corruptores del mundo, ¡y tú, Señor Dios mío, concédeme la gracia de producir algunos bellos versos que me demuestren a mí mismo que no soy el peor de los hombres, que no soy inferior a aquellos a los que desprecio!

 

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán

 

Notas de Massimo Colesanti para su edición en italiano (véase más abajo)

Publicado en La Presse, el 27 de agosto de 1862. Se trata de un clásico “examen de conciencia” vespertino, a yuxtaponer con La Fin de la journée (CXXIV) en Las Flores del Mal, y con L'Examen de minuit, entre los poemas añadidos a la tercera edición. No falta tampoco la oración final a Dios. Sin embargo, mientras se arrepiente de muchas fechorías y se declara disgustado con todo y consigo mismo, Baudelaire reitera muchas de sus aversiones: por los literatos ignorantes, por los directores de periódicos y teatros, por la hipocresía y la mentira de las relaciones humanos, etc. Un balance infructuoso de un día, que sólo la “gracia” de poder seguir haciendo bellos versos, de sentirse superior a los que desprecia, puede compensar.

1. la tyrannie de la face humaine: es una expresión de De Quincey, que Baudelaire había traducido y comentado en Un mangeur d'opium.

2. Véase especialmente el último verso de La Fin de la journée: “¡Oh rafraîchissantes ténèbres!”.

3. Para la aversión de Baudelaire por los redactores de periódicos y revistas, debido evidentemente a recuerdos personales, véase especialmente Mon cœur mis à nu, XXVIII, 50 y XLII, 77. 4.. Cf. Fusées, VII, 10, y XI.

5. sauteuse: el término aquí es equívoco, significa acróbata y bailarina de circo, pero también cortesana, ramera; sin embargo aquí Baudelaire lo utiliza en sentido despectivo.

 

X

One A.M. 

Finally! Alone! No longer hearing anything but the rumble of a few hackneys delayed and exhausted. For several hours we ’ll have silence, if not repose. Finally! the tyranny of the human face has disappeared and from now on my sufferings will be my own.

Finally I’m allowed to relax, bathed in shadows. First, a double turn of the lock. Turning the key seems to me to increase my solitude and raise the barricade that effectively separates me from the world.

Horrible life! Horrible city! Let’s go over my day: having seen some men of letters, one of whom asked me can you go to Russia by land (apparently assuming that Russia is an island); argued at length with the director of a review, who to each of my objections replied, “We ’re all gentlemen here,” as if to say that every other paper is put out by rogues; greeted a couple dozen people, three quarters of whom I didn’t know; shook hands with a like number, without the precaution of gloves; during a rain, to kill time, went to see a lady tumbler who wanted me to design a costume for Vénustre; paid court to a theatre director who, dismissing me, said, “You might do better consulting with Z— —, dullest, stupidest and most famous of my authors, the two of you might come up with something—go see him and then we ’ll talk about it”; bragged (why?) about several nasty things I hadn’t done and denied in cowardly fashion some misdeeds in which I had luxuriated, flagrant braggadocio, offenses to human dignity; refused a friend an easy favor and wrote a recommendation for a perfect skunk; oof! can that be all?

Annoyed by everyone and annoyed with my self, I’d like to be redeemed and gain a little self-respect in the silence and solitude of the night. Souls of those I’ve loved, souls of those I’ve sung, strengthen me, sustain me, take from me the world’s lies and breath of corruption. And you, Lord God, accord me the grace to produce a few beautiful lines, enough to prove to myself that I am not the worst of men, that I am not beneath even those for whom I have such contempt!

 

Translated by KEITH WALDROP 

X

ALL’UNA DEL MATTINO

     Finalmente! Solo! Si sente soltanto la corsa di qualche carrozzetta attardata, sfinita. Per qualche ora il silenzio, se non il riposo, sarà nostro. Finalmente! La tirannia del viso umano è scomparsa; non soffrirò più se non di me stesso.

    Finalmente! Dunque potrò ristorarmi in un bagno di tenebre! Innanzitutto, due giri di chiave alla porta. Mi sembra che questo doppio giro di chiave aumenterà la mia solitudine e rafforzerà le barriere che ora mi separano dal mondo.

    Che vita orribile! Che città orribile! Ricapitoliamo la giornata: visti parecchi letterati; uno mi ha chiesto se è possibile andare in Russia via terra (prendeva certamente la Russia per un’isola); litigato generosamente con il direttore di una rivista che ad ogni obiezione rispondeva: «Questo è il partito dei galantuomini», il che sottintende che tutti gli altri giornali sono redatti da furfanti; salutato una ventina di persone, quindici delle quali mi sono sconosciute; distribuito strette di mano in uguale proporzione, senza aver presa la precauzione di comprarmi dei guanti; fatta una visita, tanto per ammazzare il tempo durante un acquazzone, ad una acrobata che mi ha pregato di disegnarle un costume da Venerustal; corteggiato un direttore di teatro che congedandomi mi ha detto: «Sarebbe bene che vi rivolgeste a Z ... ; è il più pesante, il più stupido e il più celebre dei miei autori; forse con lui combinerete qualcosa. Andate da lui, poi vedremo»; vantatomi (perché?) di parecchie brutte azioni mai commesse e vigliaccamente negate altre canagliate compiute con gioia, delitto di spacconata, crimine di rispetto umano; negato ad un amico un favore facile e data una raccomandazione scritta ad un perfetto mascalzone. Auff! Ho proprio finito?

    Scontento di tutti e scontento di me, vorrei veramente riscattarmi e prendere un po’di orgoglio nel silenzio e nella solitudine della notte. Anime di quelli che ho amato, anime di quelli che ho cantato, sostenetemi, allontanate da me la menzogna e i fumi della corruzione mondana! E voi, Signore mio Dio! Concedetemi la grazia di creare qualche bel verso che dimostri a me stesso che non sono l’ultimo degli uomini, che non sono inferiore a quelli che disprezzo!

 

Traduzione de MASSIMO COLESANTI

viernes, 13 de diciembre de 2024

Charles Baudelaire: Poemas en prosa IX. El mal vidriero

À ARSÈNE HOUSSAYE 

Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superfine. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j’ose vous dédier le serpent tout entier.

J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d’Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n’a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux ?) que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque.

Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?

C’est surtout de la fréquentation des villes énormes, c’est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant. Vous-même, mon cher ami, n’avez-vous pas tenté de traduire en une chanson le cri strident du Vitrier, et d’exprimer dans une prose lyrique toutes les désolantes suggestions que ce cri envoie jusqu’aux mansardes, à travers les plus hautes brumes de la rue ?

Mais, pour dire le vrai, je crains que ma jalousie ne m’ait pas porté bonheur. Sitôt que j’eus commencé le travail, je m’aperçus que non-seulement je restais bien loin de mon mystérieux et brillant modèle, mais encore que je faisais quelque chose (si cela peut s’appeler quelque chose) de singulièrement différent, accident dont tout autre que moi s’enorgueillirait sans doute, mais qui ne peut qu’humilier profondément un esprit qui regarde comme le plus grand honneur du poëte d’accomplir juste ce qu’il a projeté de faire.

Votre bien affectionné,

C. B.

A ARSÈNE HOUSSAYE

Mi querido amigo, le envío una pequeña obra, de la cual no se podría decir, sin injusticia, que no tiene ni pies ni cabeza, puesto que, al contrario, todo en ella es, al mismo tiempo, cabeza y pies, alternativa y recíprocamente. Considere, se lo ruego, qué admirables comodidades esta combinación nos ofrece a todos, a usted, a mí y al lector. Podemos cortar dónde queramos, yo mi ensoñación, usted el manuscrito, el lector la lectura; porque no dejo que la esquiva voluntad de éste quede pendiendo del hilo interminable de una intriga sutilísima. Saque usted una vértebra, y las dos partes de esta tortuosa fantasía volverán a juntarse sin esfuerzo. Despedácela en numerosos fragmentos, y verá que cada uno puede existir por separado. Con la esperanza de que algunos de estos trozos estarán lo bastante vivos para darle placer y entretenimiento, me atrevo a dedicarle la serpiente completa.

Tengo que hacerle una pequeña confesión. Hojeando, por vigésima vez al menos, el famoso Gaspar de la Noche, de Aloysius Bertrand (¿un libro que usted y yo, y algunos de nuestros amigos, conocemos no tiene todo el derecho a ser llamado famoso?), se me ocurrió la idea de intentar algo análogo, y de aplicar a la descripción de la vida moderna o, más bien, de una vida moderna y más abstracta, el procedimiento que él había aplicado a la pintura de la vida antigua, tan extrañamente pintoresca.

¿Quién de nosotros no ha soñado, en sus días de ambición, con el milagro de una prosa poética, musical sin ritmo y sin rima, lo bastante flexible y lo bastante abrupta como para adaptarse a los movimientos líricos del alma, a las ondulaciones de la ensoñación, a los sobresaltos de la conciencia?

Es sobre todo de la frecuentación de las ciudades inmensas, del entrecruzamiento de sus innumerables relaciones, que nace ese ideal obsesivo. Usted mismo, mi querido amigo, ¿no ha intentado mostrar en una canción el grito estridente del Vidriero, y expresar en una prosa lírica todas las desoladoras sugerencias que ese grito lanza hasta las mansardas, a través de las más altas brumas de la calle?

Pero, para decir la verdad, temo que mi envidia no me haya traído suerte. Apenas comencé el trabajo, me di cuenta de que no sólo me quedaba muy lejos de mi misterioso y brillante modelo, sino incluso que hacía algo (si es que esto puede llamarse algo) singularmente diferente, accidente del cual cualquier otro fuera de mí se enorgullecería quizás, pero que no puede sino humillar profundamente a un espíritu que ve como el más grande honor del poeta realizar únicamente aquello que proyectó hacer.

Suyo muy afectuosamente,

CHARLES BAUDELAIRE 

IX

LE MAUVAIS VITRIER

Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l’action, qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables.

Tel qui, craignant de trouver chez son concierge une nouvelle chagrinante, rôde lâchement une heure devant sa porte sans oser rentrer, tel qui garde quinze jours une lettre sans la décacheter, ou ne se résigne qu’au bout de six mois à opérer une démarche nécessaire depuis un an, se sentent quelquefois brusquement précipités vers l’action par une force irrésistible, comme la flèche d’un arc. Le moraliste et le médecin, qui prétendent tout savoir, ne peuvent pas expliquer d’où vient si subitement une si folle énergie à ces âmes paresseuses et voluptueuses, et comment, incapables d’accomplir les choses les plus simples et les plus nécessaires, elles trouvent à une certaine minute un courage de luxe pour exécuter les actes les plus absurdes et souvent même les plus dangereux.

Un de mes amis, le plus inoffensif rêveur qui ait existé, a mis une fois le feu à une forêt pour voir, disait-il, si le feu prenait avec autant de facilité qu’on l’affirme généralement. Dix fois de suite, l’expérience manqua ; mais, à la onzième, elle réussit beaucoup trop bien.

Un autre allumera un cigare à côté d’un tonneau de poudre, pour voir, pour savoir, pour tenter la destinée, pour se contraindre lui-même à faire preuve d’énergie, pour faire le joueur, pour connaître les plaisirs de l’anxiété, pour rien, par caprice, par désœuvrement.

C’est une espèce d’énergie qui jaillit de l’ennui et de la rêverie ; et ceux en qui elle se manifeste si opinément sont, en général, comme je l’ai dit, les plus indolents et les plus rêveurs des êtres.

Un autre, timide à ce point qu’il baisse les yeux même devant les regards des hommes, à ce point qu’il lui faut rassembler toute sa pauvre volonté pour entrer dans un café ou passer devant le bureau d’un théâtre, où les contrôleurs lui paraissent investis de la majesté de Minos, d’Éaque et de Rhadamanthe, sautera brusquement au cou d’un vieillard qui passe à côté de lui et l’embrassera avec enthousiasme devant la foule étonnée.

— Pourquoi ? Parce que… parce que cette physionomie lui était irrésistiblement sympathique ? Peut-être ; mais il est plus légitime de supposer que lui-même il ne sait pas pourquoi.

J’ai été plus d’une fois victime de ces crises et de ces élans, qui nous autorisent à croire que des Démons malicieux se glissent en nous et nous font accomplir, à notre insu, leurs plus absurdes volontés.

Un matin je m’étais levé maussade, triste, fatigué d’oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire quelque chose de grand, une action d’éclat ; et j’ouvris la fenêtre, hélas !

(Observez, je vous prie, que l’esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n’est pas le résultat d’un travail ou d’une combinaison, mais d’une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l’ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d’actions dangereuses ou inconvenantes.)

La première personne que j’aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu’à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d’ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l’égard de ce pauvre homme d’une haine aussi soudaine que despotique.

« — Hé ! hé ! » et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l’escalier fort étroit, l’homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

Enfin il parut : j’examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis : « — Comment ? vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! » Et je le poussai vivement vers l’escalier, où il trébucha en grognant.

Je m’approchai du balcon et je me saisis d’un petit pot de fleurs, et quand l’homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets ; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d’un palais de cristal crevé par la foudre.

Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! »

Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance ?

IX

EL MAL VIDRIERO

Hay naturalezas puramente contemplativas y totalmente incapaces para la acción, que, sin embargo, sometidas a un impulso misterioso y desconocido, actúan a veces con una rapidez de la que ellas mismas se hubieran creído incapaces.

El que, por miedo a que el portero le dé una noticia penosa, da vueltas cobardemente una hora delante de su puerta sin atreverse a entrar, el que guarda quince días una carta sin abrirla, o que sólo se resigna al cabo de seis meses a dar un paso necesario desde hacía un año, se sienten alguna vez bruscamente lanzados a la acción por una fuerza irresistible, como la flecha de un arco. El moralista y el médico que pretenden saberlo todo no pueden explicar de dónde les llega, tan súbitamente, esa alocada energía a esas almas perezosas y voluptuosas, y cómo, incapaces de llevar a término las cosas más sencillas y más necesarias, encuentran en un determinado momento un valor suntuoso para ejecutar los actos más absurdos y, a menudo, incluso los más peligrosos.

Uno de mis amigos, el más inofensivo soñador que nunca haya existido, prendió una vez fuego a un bosque para ver, según decía, si el fuego se extendía con tanta facilidad como suele decirse. Diez veces seguidas falló el experimento; pero a la undécima salió demasiado bien.

Otro encenderá un cigarro al lado de un tonel de pólvora, para ver, para saber, para tentar al destino, para forzarse a sí mismo a demostrar energía, para dárselas de temerario, para conocer los placeres de la ansiedad, por nada, por capricho, por ociosidad.

Es un tipo de energía que brota del hastío y del fantaseo; y aquellos en los que se manifiesta tan de improviso son, en general, como lo he dicho, los más indolentes, y los más fantasiosos de los seres.

Otro, tímido hasta el punto de bajar los ojos incluso ante las miradas de los hombres, hasta el punto de tener que hacer acopio de toda su pobre voluntad para entrar en un café o pasar por delante de la taquilla de un teatro, donde los acomodadores le parecen investidos de la majestad de Minos, de Eaco y de Radamanto, se echará bruscamente al cuello de un anciano que pasa a su lado y lo besará con entusiasmo ante la muchedumbre asombrada.

—¿Por qué? Porque..., ¿porque aquella fisonomía le resultó irresistiblemente simpática? Quizás; pero es más justo suponer que ni él mismo sabe por qué.

Yo he sido más de una vez víctima de esas crisis y de esos ímpetus que nos autorizan a creer que Demonios traviesos se cuelan en nosotros y, sin que nos demos cuenta, nos hacen llevar a cabo sus más absurdas voluntades.

Una mañana me levanté huraño, triste, cansado por el ocio e impulsado, según me parecía, a hacer algo grande, una acción inesperada; y, ¡por desgracia!, abrí la ventana.

(Observen, se lo ruego, que el espíritu de mistificación que en ciertas personas no es el resultado de un trabajo o de una artimaña, sino de una inspiración fortuita, participa en mucho, aunque más no sea por el ardor del deseo, de ese humor, histérico según los médicos, satánico según aquellos que piensan un poco mejor que los médicos, que nos impulsa sin resistencia a un sinnúmero de acciones peligrosas e impropias.)

La primera persona que vi en la calle fue un vidriero, cuyo grito penetrante, desafinado, llegó hasta mí atravesando la densa y sucia atmósfera parisina. Me resultaría imposible decir por qué fui presa, contra ese pobre hombre, de un odio tan repentino como despótico.

— “¡Eh, eh!”, y le grité que subiera. Mientras tanto yo reflexionaba, no sin cierta alegría, que, como la habitación estaba en el sexto piso y la escalera era en extremo estrecha, al hombre le costaría bastante subir y que, muchas veces, golpería contra la pared las puntas de su frágil mercancía..

Al fin apareció: examiné detenidamente todos sus vidrios y le dije: “¿Cómo, no tiene usted vidrios de colores? ¿Vidrios rosados, rojos, azules, vidrios mágicos, vidrios del paraíso? ¡Qué descaro el suyo! ¿Cómo se atreve a pasearse por barrios pobres sin llevar, por lo menos, vidrios que hagan ver la vida hermosa?”. Y lo empujé violentamente por la escalera, donde tropezó mientras protestaba.

Me acerqué al balcón y agarré una pequeña maceta, y cuando el hombre volvió a aparecer saliendo por la puerta, dejé caer perpendicularmente mi artefacto de guerra sobre el borde posterior de los soportes de su carga; y, derribado por el golpe, se le rompió del todo bajo la espalda su pobre fortuna ambulante, que hizo el ruido estridente de un palacio de cristal partido por el rayo..

Y, embriagado por mi locura, le grité furiosamente: “¡La vida hermosa! ¡La vida hermosa!”.

Estas bromas nerviosas no carecen de riesgos y a menudo pueden pagarse caras. Pero ¿qué le importa la eternidad de la condena a quien halló en un segundo lo infinito del goce?


Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán

 

Nota, para la edición italiana más bajo citada, de Massimo Colesanti:

Publicado en La Presse, el 26 de agosto de 1862. Se cuenta entre los poemas en prosa más complejos y famosos, tanto por el fenómeno analizado y descrito como por la estructura literaria, que, en nuestra opinión, es lo más importante. El texto que sin duda inspiró a Baudelaire es el cuento de Poe The Imp of the Perverse (1845), traducido por Baudelaire en 1854: el impulso irracional “estudiado” es el mismo, como también lo es la estructura del cuento de Poe, que primero trata extensamente el fenómeno en sí, y luego da un ejemplo de un caso, narrado en primera persona. Pero las similitudes o analogías se detienen ahí: Baudelaire también da ejemplos en la parte teórica, que es más breve, y técnica y literariamente más elaborada e imaginativa; así, el ejemplo que narra en la segunda parte, también aquí en primera persona, está más en consonancia con el discurso preliminar, es un impulso real súbito, inmediato, irracional, y representado con irónica vitalidad, mientras que el narrador de Poe, que ha asesinado premeditadamente a un hombre, y disfrutado impunemente de su herencia durante años, confiesa finalmente su crimen presa de una crisis obsesiva que también ha madurado gradualmente. Finalmente, Poe parece atribuir el fenómeno más bien al encanto del mal y del pecado (“actuamos sólo porque no debemos”), Baudelaire lo atribuye a motivaciones en todo caso incontrolables, histéricas o satánicas, pero no exentas de una especie de mistificación sádica y de goce efímero pero intenso (véase para todo el asunto el ensayo de A. Pizzorusso, Le Mauvais Vitrier: l'impulso sconosciuto, en Da Montaigne a Baudelaire, pp. 261-283). Además, el propio título es desconcertante y equívoco: el vidriero no es malo, pero es malo para el narrador, que se ve empujado a verlo así, que debe verlo así en su impulso obsesivo. En cuanto a la relación con el poema de Houssaye, composición de lacrimosa filantropía romántica, es inexistente, del mismo modo que es algo del todo legendario que Baudelaire cometiera realmente un acto semejante.

 

IX

THE BAD GLAZIER 

There are natures purely contemplative, completely unsuited for  action, who nevertheless, under mysterious unknown impulses, act  sometimes with a rapidity of which they would suppose themselves  incapable.

Those for instance who, afraid their concierge may have bad news  for them, pace an hour timorously before daring to go in; those who  hold letters for two weeks before opening them, or wait six months  to take some step that has been immediately necessary for a year already—  but sometimes abruptly feel precipitated into action by an irresistible  force, like an arrow leaving the bow. Moralists and doctors,  who claim to know everything, fail to explain from whence so sudden  a mad energy comes to these lazy, voluptuous souls and why, incapable  of the simplest and most necessary things, they find at certain  moments a spurt of first class courage to execute the most absurd and  even most dangerous actions.

A friend of mine, as harmless a dreamer as ever was, one day set a  forest on fire, in order to see, he said, if a fire would catch as easily as  generally claimed. Ten times the experiment failed; but the eleventh  it was all too successful.

Another lit a cigar next to a powder keg, to see, to see if, to tempt  fate, to force himself to prove his own energy, to gamble, to feel the  pleasures of anxiety, for nothing, caprice, to kill time.

This sort of energy springs from ennui and reverie; and those in  whom it so unexpectedly appears are in general, as I have said, the  most indolent and dreamy of mortals.

Another, timid to the extent of lowering his eyes before anybody’s  gaze, to the point of having to pull together his poor will to enter a  café or go past the ticket office of a theater (where the managers seem  to him invested with the majesty of Minos, of Aeacus and of Rhadamanthus) will all of a sudden fall on the neck of some geezer and  embrace him enthusiastically, to the astonishment of passers-by.

Why? Because . . . because of an irresistibly sympathetic physiognomy?  Maybe, but we may well suppose that he himself has no idea.

More than once I have been victim to these crises, these outbursts,  that give some authority to the notion that malicious Demons slip into  us and make us unwittingly accomplish their most absurd wishes.

One morning I got up on the wrong side, dejected, worn out from  idleness, driven it seemed to me to perform some grand, some brilliant  action. And, alas! I opened the window.

(Please note that the urge to practical jokes, in certain persons, the  result neither of work nor planning, but of mere chance inspiration,  belongs largely, even if only through the eagerness of desire, to that  temper—hysterical according to doctors; by rather better minds than  a doctor’s, satanic—which drives us irresistibly towards a host of  dangerous or indecent acts.)

The first person I noticed in the street was a glazier whose cry,  piercing, discordant, came up to me through the oppressive and dirty  Parisian atmosphere. Impossible for me to say why this poor fellow  roused in me a hatred as sudden as despotic.

“—Hey there!” and I yelled for him to come up, meanwhile reflecting,  not without amusement, that, my room being on the sixth  floor and the stairs very narrow, the man would find it difficult to effect  his ascent, to maneuver at certain spots the corners of his fragile  merchandise.

Finally he appeared: I examined curiously all his glass and said to  him: “What? you have no colored glass? pink, red, blue glass, magical  glass, the glass of paradise? Shameful! you dare promenade this  poor district and you don’t even have glass to suggest a better life!”  And I pushed him smartly towards the staircase where he stumbled  growling.

I went to the balcony, picked up a little pot of flowers, and when  the man came out of the door below, I let my war machine fall straight  down, onto the edge of his hooks. The shock sending him over backwards, he smashed under his back the whole petty fortune he carried, from which burst the sound of a crystal palace shattered by a bolt of  lightning.

And, drunk with my folly, I shouted at him, madly, “The beauty of  life! the beauty of life!”

These nervous pleasantries are not without danger, and sometimes  quite costly. But what’s an eternity of damnation to one who has  found in such an instant infinite satisfaction?

Translated by KEITH WALDROP

IX

IL CATTIVO VETRAIO

Esistono nature puramente contemplative e assolutamente negate all’azione, le quali tuttavia, per uno stimolo misterioso ed ignoto, a volte agiscono con una rapidità di cui loro stesse si sarebbero ritenute incapaci.

Quello che per timore di trovare dal portiere una dolorosa notizia gironzola vilmente per un’ora davanti al portone senza avere il coraggio di rincasare, quello che si tiene in tasca per quindici giorni una lettera senza aprirla o che solo dopo sei mesi si rassegna a compiere un atto necessario già da un anno, si sentono a volte improvvisamente sospinti verso l’azione da un’irresistibile forza, come la freccia di un arco. Il moralista e il medico, che pretendono di saper tutto, non sanno spiegarsi da dove derivi così all’improvviso una simile folle energia a certe anime pigre e voluttuose e come, incapaci di compiere le cose più semplici e necessarie, a un certo momento esse trovino tanta carica di coraggio da eseguire le azioni più assurde e spesso più pericolose.

Un mio amico, il più innocuo sognatore di questo mondo, una volta dette fuoco ad un bosco per vedere, diceva, se il fuoco prende con la facilità che si dice. L’esperimento fallì dieci volte in seguito, ma l’undicesima riuscì fin troppo bene.

Un altro accenderà un sigaro accanto ad un barile di polvere, così, tanto per vedere, per sapere, per tentare il destino, per costringersi a dar prova di energia, per rischiare come un giocatore, per conoscere i piaceri dell’ansia, per nulla, per capriccio, perché non sa che fare.

E una specie di energia che scaturisce dalla noia e dalla fantasticheria; le persone nelle quali essa si rivela così impensatamente sono in genere, come ho detto, gli individui più indolenti e sognatori.

Un altro, timido al punto di abbassare gli occhi anche davanti allo sguardo degli uomini e di dover concentrare tutta la sua povera volontà per entrare in un caffè o per passare davanti all’ingresso di un teatro, dove i biglettai gli sembrano investiti della maestà di Minosse, di Eaco e di Radamanto, eccolo improvvisamente saltare sul collo d’un vecchio che gli passa accanto e abbracciarlo con entusiasmo davanti alla folla stupita.

Perché? Perché... perché quella fisionomia gli riusciva irresistibilmente simpatica? Forse; ma è più logico supporre che neanche lui sappia il perché.

Più di una volta sono stato vittima di quelle crisi e quegli slanci, che ci autorizzano a supporre che Demoni maliziosi si insinuino in noi e ci facciano compiere, a nostra insaputa, le loro più assurde volontà.

Una mattina m’ero alzato di malumore, triste, stanco di oziare e spinto, mi sembrava, a fare qualcosa di grande, un’azione eccezionale; e aprii la finestra, ahimè!

(Vi prego di osservare come lo spirito di mistificazione, che in certe persone non è il frutto di un lavoro o di una combinazione, ma di una fortuita ispirazione, molto dipenda, se non altro per l’ardore del desiderio, da quell’umore che i medici definiscono isterico, e satanico quelli che pensano un po’ meglio dei medici, il quale ci spinge inevitabilmente verso una serie di azioni pericolose e sconvenienti).

La prima persona che vidi in strada fu un vetraio; il suo grido acuto e stridulo salì fino a me attraverso la greve e sudicia atmosfera parigina. Peraltro non saprei proprio perché provai verso quel pover’uomo un odio improvviso e dispotico.

«Ehi! Ehi!» e gli gridai che salisse. Nel frattempo riflettevo, con una certa allegria, che essendo la camera al sesto piano e la scala molto stretta, l’uomo avrebbe faticato un po’ per salire e avrebbe urtato più volte con gli spigoli della sua fragile mercanzia.

Finalmente comparve: esaminai con curiosità tutti i suoi vetri e gli dissi: «Come! Non avete vetri colorati? Vetri rosa, rossi, azzurri, vetri magici, vetri di paradiso? Impudente! E avete la sfrontatezza di andare in giro per i quartieri poveri senza neppure un vetro che faccia veder bella la vita!». E lo spinsi con forza verso la scala, dove inciampò brontolando.

M’avvicinai al balcone, afferrai un vasetto di fiori e quando l’uomo ricomparve sulla soglia del portone, feci cadere perpendicolarmente il mio arnese da guerra sull’orlo posteriore del suo carico; ruzzolato in terra per l’urto, il vetraio finì per mandare in mille pezzi sotto la schiena tutta la sua povera fortuna ambulante, che fece il fragoroso rumore di un palazzo di cristallo infranto dal fulmine.

Ebbro di follia, gli urlai furiosamente: «La vita bella! La vita bella!».

Certi scherzi nervosi non sono esenti da pericoli, e spesso si pagano cari. Ma che importa l’eternità della dannazione a chi ha trovato in un secondo l’infinito del piacere?

 

Tradución de MASSIMO COLESANTI