jueves, 15 de octubre de 2026

Emilio Oribe: El discípulo de Platón

EL DISCÍPULO DE PLATON

I

Resonancia inmortal en mí florece:

y llevo en el espíritu

la inquietud de una nueva melodía

no escuchada jamás sobre la tierra.

No ha sido el resplandor del cielo Ático,

no la perfecta línea de los mármoles,

ni la delectación del mar latino,

por donde se deslizan los trirremes

trazando las estelas argentadas,

como lazos que unen a las vidas

que se van, con las vidas que se quedan.

No ha sido la belleza que la Acrópolis

difunde en mis pupilas cuando veo

su majestad clarísima elevarse

bajo un cielo zafíreo; ni tampoco

las sonrosadas ninfas de Diana

ni el cuerpo de la Venus, ni el flamígero

resonar que levanta entre las nubes

la cuadriga escultórica de Apolo.

 

II

He ido como siempre

al jardín de Academos.

 

Hoy de sus viajes nos habló el Maestro

al iniciar las pláticas divinas.

Pensativos y absortos, escuchábamos

con sagrado silencio, los discípulos.

 

Nunca he encontrado al sol más fulgurante,

ni el aire ha rendido sus perfumes

con más experta y exquisita gracia.

 

Toda la inmensa majestad helénica

se irguió en los ademanes y en los labios

del Maestro magnífico:

y lo seguía nuestra fe, radiante;

pronta a sacrificarle nuestro ensueño

en su elevado amor, como en un ara.

 

Hoy no cité los diálogos de otrora

en el grave cenáculo de Sócrates,

cuando su juventud flotó en el cielo

de la sabiduría del gran mártir:

pues atraída por la pompa diáfana

que irradiaba el gimnasio, su alma quiso

abandonar los tópicos profundos,

temas de pitagóricos o eléatas,

para hablarnos, primero de Megara

y después de Cyrene y de Sicilia.

 

Los viajes de Platón!

Lenta, espaciábase

su voz, al describirnos el milagro

del mar azul, donde la Arcadia sueña

y donde Venus yergue

la redonda turgencia de sus senos.

 

Nos evocó las tardes opulentas

de los áureos jardines de Megara,

y el rumor de los bosques donde ocultan

las abejas eternas

la luz que el griego ofrecerá al futuro

en el ánfora ebúrnea de su arte.

 

De allí pasó a los días de Cyrene

y las comarcas tórridas del África

nos describió con un color sublime.

 

¡Largo tiempo entretúvose evocando,

la tremenda emoción que le causara

la tierra ardiente que calcina el torso

inflexible de Atlante!

 

Por fin su verba nos llevó a Sicilia

donde Vulcano y el tonante Júpiter

unen la voz del cielo y de la tierra

a través de los cráteres enormes.

 

Y con placer nos dijo,

que allí pasó las horas escuchando

el rumor de las olas fatigadas,

y poco a poco descifró el mensaje

de una tierra escondida,

que mas allá de las columnas de Hércules

levanta sus prodigios y leyendas

y la polifonía de sus bosques

sobre el dorso movible de las aguas.

 

III

Entretanto, en el huerto silencioso,

y en amplitud de templo,

se extinguía el frescor de la mañana,

y la rubia canícula de estío

prendió su antorcha en florecidas selvas.

 

Se detuvo Platón en el sendero

y un gesto de cansancio

flotó en la claridad de sus facciones.

—Tengo sed— murmuraron dulcemente

su labios, y, rendido,

su noble cuerpo se apoyó en nosotros.

 

Corrí a una fuente y en bruñido vaso

le traje el agua transparente y límpida,

y en forma torpe hincándome en el césped,

con ruboroso gesto y débil pulso

la coloqué en las manos del Maestro.

Después que hubo bebido toda el agua,

me envolvió en una plácida sonrisa

y entre un silencio religioso dijo:

 

—Haz de modo que el cauce de tu espíritu

se conserve en la vida, para siempre

tan puro como el agua que me has dado.—

 

Cada vez que recuerdo este episodio,

resonancia inmortal en mí florece

y guardo en el espíritu

la inquietud de una nueva melodía

no escuchada jamás sobre la tierra.

EMILIO ORIBE 

El Castillo Interior, 1917

 

LE DISCIPLE DE PLATON

I

Une résonance immortelle fleurit en moi :

et je porte dans mon esprit

l'aspiration à une nouvelle mélodie

jamais entendue sur cette terre.

Ce ne fut pas l’éclat du ciel attique,

ni la ligne parfaite des marbres,

ni la délectation de la mer latine,

sur laquelle glissent les trirèmes

en traçant des sillages argentés,

tels des liens qui unissent les vies

qui s’en vont aux vies qui restent.

Ce ne fut pas la beauté que l’Acropole

diffuse dans mes pupilles lorsque je vois

sa majesté limpide s’élever

sous un ciel saphiréen ; ni non plus

les nymphes rougies de Diane

ni le corps de Vénus, ni le flamboyant

retentissement que soulève parmi les nuages

le quadrige sculptural d’Apollon.

 

II

Je me rendis, comme toujours,

au jardin d’Académos.

 

Aujourd’hui, le Maître nous parla de ses voyages

en entamant ses divins discours.

Pensifs et absorbés, nous écoutions

dans un silence sacré, nous autres, les disciples.

 

Jamais je ne trouvé le soleil plus fulgurant,

ni l’air ne distilla ses parfums

avec une grâce plus experte et plus exquise.

 

Toute l’immense majesté hellénique

se dressa dans les gestes et sur les lèvres

du Maître grandiose :

et notre foi, radieuse, le suivit ;

prête à lui sacrifier notre rêve

dans son amour sublime, comme sur un autel.

 

Aujourd’hui, je ne pas cité les dialogues d’autrefois

dans le cénacle solennel de Socrate,

lorsque sa jeunesse flottait dans le ciel

de la sagesse du grand martyr :

car, attirée par la splendeur diaphane

qui rayonnait dans le gymnase, son âme voulut

abandonner les sujets profonds,

thèmes des pythagoriciens ou des éléates,

pour nous parler, d’abord de Mégare

puis de Cyrène et de la Sicile.

 

Les voyages de Platon !

Lentement, sa voix s’espaçait

en nous décrivant le miracle

de la mer bleue, où l’Arcadie rêve

et où Vénus dresse

la ronde plénitude de ses seins.

Elle nous évoqua les après-midi somptueux

des jardins dorés de Mégare,

et le murmure des forêts où cachent

les abeilles éternelles

la lumière que le Grec offrira à l’avenir

dans l’amphore d’ivoire de son art.

 

De là, elle passa aux jours de Cyrène

et aux contrées torrides de l’Afrique

qu’elle nous décrivit avec une couleur sublime.

 

Longtemps, il s’est attardé à évoquer

l’émotion immense que lui causa

la terre ardente qui calcine le torse

inflexible de l’Atlante !

 

Enfin, ses paroles nous conduisirent en Sicile

où Vulcain et le tonitruant Jupiter

unissent la voix du ciel et de la terre

à travers les cratères immenses.

 

Et c’est avec plaisir qu’il nous dit

qu’il y passa des heures à écouter

le murmure des vagues épuisées,

et qu’il déchiffra peu à peu le message

d’une terre cachée,

qui, au-delà des colonnes d’Hercule,

élève ses prodiges et ses légendes

ainsi que la polyphonie de ses forêts

sur le dos ondulant des eaux.

 

III

Pendant ce temps, dans le jardin silencieux,

aux dimensions d’un temple,

la fraîcheur du matin s’éteignait,

et la blonde canicule de l’été

alluma sa torche dans les forêts fleuries.

 

Platon s’arrêta sur le sentier

et un signe de fatigue

flotta sur la clarté de ses traits.

— J’ai soif — murmurèrent doucement

ses lèvres, et, épuisé,

son noble corps s’appuya sur nous.

 

Je courus vers une fontaine et, dans un vase poli,

je lui apportai l’eau transparente et limpide,

et, m’agenouillant maladroitement sur l’herbe,

d’un geste rougissant et d’une main tremblante,

je la déposai dans les mains du Maître.

Après qu’il eut bu toute l’eau,

il m’enveloppa d’un sourire serein

et, dans un silence solennel, il dit :

 

— Fais en sorte que le cours de ton esprit

demeure dans la vie, pour toujours

aussi pur que l’eau que tu m’as donnée. —

 

Chaque fois que je me souviens de cet épisode,

une résonance immortelle fleurit en moi

et je garde dans mon esprit

l’inquiétude d’une nouvelle mélodie

jamais entendue sur cette terre.

Version en français de Miguel Ángel Frontán