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jueves, 25 de enero de 2018

Stéphane Mallarmé y Federico Gorbea: Angustia

ANGOISSE

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.


ANGUSTIA

ESTA noche no vengo a vencer tu cuerpo, oh bestia
En la que se juntan los pecados de un pueblo,
Ni a surcar en tu impuro pelo una triste borrasca
Bajo el hastío incurable que vierte mi beso:

A tu lecho le pido dormir hondo y sin sueños
Cerniéndose bajo el dosel de los remordimientos
Que puedes saborear tras tus negras mentiras.
Tú, que sobre la nada sabes más que los muertos.

Porque el Vicio, que roe mi natural nobleza,
Me ha como a ti marcado con su esterilidad,
Pero mientras que tú guardas en tu seno de piedra

Un corazón que el diente de ningún crimen hiere.
Yo huyo, pálido, exhausto, viendo en todo un sudario,
Y temiendo morir cuando me acuesto solo.


Traducción de FEDERICO GORBEA.

miércoles, 7 de junio de 2017

Stéphane Mallarmé y Federico Gorbea: El Mal Sino

 
LE GUIGNON

Au-dessus du bétail ahuri des humains
Bondissaient en clartés les sauvages crinières
Des mendieurs d'azur le pied dans nos chemins.

Un noir vent sur leur marche éployé pour bannières
La flagellait de froid tel jusque dans la chair,
Qu'il y creusait aussi d'irritables ornières.

Toujours avec l'espoir de rencontrer la mer,
Ils voyageaient sans pain, sans bâtons et sans urnes,
Mordant au citron d'or de l'idéal amer.

La plupart râla dans les défilés nocturnes,
S'enivrant du bonheur de voir couler son sang,
Ô Mort le seul baiser aux bouches taciturnes !

Leur défaite, c'est par un ange très puissant
Debout à l'horizon dans le nu de son glaive :
Une pourpre se caille au sein reconnaissant.

Ils tètent la douleur comme ils tétaient le rêve
Et quand ils vont rythmant des pleurs voluptueux
Le peuple s'agenouille et leur mère se lève.

Ceux-là sont consolés, sûrs et majestueux ;
Mais traînent à leurs pas cent frères qu'on bafoue,
Dérisoires martyrs de hasards tortueux.

Le sel pareil des pleurs ronge leur douce joue,
Ils mangent de la cendre avec le même amour,
Mais vulgaire ou bouffon le destin qui les roue.

Ils pouvaient exciter aussi comme un tambour
La servile pitié des races à voix ternes,
Egaux de Prométhée à qui manque un vautour !

Non, vils et fréquentant les déserts sans citerne,
Ils courent sous le fouet d'un monarque rageur,
Le Guignon, dont le rire inouï les prosterne.

Amants, il saute en croupe à trois, le partageur !
Puis le torrent franchi, vous plonge en une mare
Et laisse un bloc boueux du blanc couple nageur.

Grâce à lui, si l'un souffle à son buccin bizarre,
Des enfants nous tordront en un rire obstiné
Qui, le poing à leur cul, singeront sa fanfare.

Grâce à lui, si l'une orne à point un sein fané
Par une rose qui nubile le rallume,
De la bave luira sur son bouquet damné.

Et ce squelette nain, coiffé d'un feutre à plume
Et botté, dont l'aisselle a pour poils vrais des vers,
Est pour eux l'infini de la vaste amertume.

Vexés ne vont-ils pas provoquer le pervers,
Leur rapière grinçant suit le rayon de lune
Qui neige en sa carcasse et qui passe au travers.

Désolés sans l'orgueil qui sacre l'infortune,
Et tristes de venger leurs os de coups de bec,
Ils convoitent la haine, au lieu de la rancune.

Ils sont l'amusement des racleurs de rebec,
Des marmots, des putains et de la vieille engeance
Des loqueteux dansant quand le broc est à sec.

Les poètes bons pour l'aumône ou la vengeance,
Ne connaissant le mal de ces dieux effacés,
Les disent ennuyeux et sans intelligence.

« Ils peuvent fuir ayant de chaque exploit assez,
« Comme un vierge cheval écume de tempête
« Plutôt que de partir en galops cuirassés.

« Nous soûlerons d'encens le vainqueur dans la fête :
« Mais eux, pourquoi n'endosser pas, ces baladins,
« D'écarlate haillon hurlant que l'on s'arrête ! "

Quand en face tous leur ont craché les dédains,
Nuls et la barbe à mots bas priant le tonnerre,
Ces héros excédés de malaises badins

Vont ridiculement se pendre au réverbère.

EL MAL SINO

POR sobre el alelado tropel de los humanos
Brincaban —claridades— las salvajes melenas
De los que mendigan cielo en nuestras sendas.

Como estandarte llevaban un negro viento que
Desplegado azotaba con tal frío su marcha
Que en sus cuerpos abría dolorosos surcos.

Siempre con la esperanza de encontrar el mar,
Sin pan viajaban, sin cayado ni cántaro.
Mordiendo el limón dorado del amargo ideal.

Muchos agonizaron en oscuros barrancos,
Borrachos del placer de ver correr su sangre,
¡Muerte, único beso para las bocas taciturnas!

Su derrota es la obra de un ángel poderoso
De pie en el horizonte que es filo de su espada:
Un rojo intenso se cuaja en el pecho agradecido.

Ellos maman del dolor como del sueño antes
Y cuando pasan al ritmo de voluptuosos llantos,
El pueblo se arrodilla, sus madres se levantan.

Seguros y majestuosos, ésos tienen consuelo,
Pero a su paso dejan centenas de humillados:
Mártires irrisorios de tortuosos azares.

Roe sus dulces mejillas la misma sal del llanto,
Y comen la ceniza con idéntico amor,
Molidos por una suerte ridícula o vulgar.

Podían provocar cual tambor la piedad
Rastrera de los que hablan con voces apagadas,
¡Pares de Prometeo a quienes falta el buitre!

¡No! Viles y visitantes de yermos sin cisterna,
Corren bajo el látigo de un monarca iracundo: el Mal Sino,
Cuya inaudita risa los pone de rodillas.

¡Este compartidor, amantes, monta en vosotros
Y, cruzado el arroyo, os hunde en una charca:
De la blanca pareja nadadora queda un bloque de barro.

Por su causa, si alguien sopla en su raro caracol,
Niños, el puño en el culo, copiarán su clangor,
Y nos retorceremos de risa, sin parar.

Por su causa, si la urna viste un seno marchito
Con una rosa que, lo rejuvenece, baba
Es lo que ha de brillar en su maldito ramo.

Y ese esqueleto enano con sombrero emplumado
Y botas, con gusanos, no pelos, en la axila,
Es para ellos lo inmenso de la vasta amargura.

Vejados, ¿no van acaso a retar al perverso?
Su estoque rechinante sigue al rayo de luna
Que nieva en su osamenta y la traspasa luego.

Desolados, sin ese orgullo que consagra la desgracia,
Tristes de estar sus huesos vengando a picotazos,
El odio es lo que ansían, en lugar del rencor.

Son el entretenimiento de los rascatripas.
De chicuelos y putas, de la vieja ralea
De harapientos que bailan tras haber bebido.

Los poetas, buenos para limosnear o vengarse.
Sin conocer el mal de esos dioses borrosos,
Dicen que son molestos y nada inteligentes.

«Pueden ya mismo huir, hartos de cada hazaña,
Como un potro que echa tempestuosa espuma,
En lugar de lanzarse a un galope blindado.

»Nosotros embriagamos con incienso al que vence:
Mas vosotros, bufones, mejor que os pongáis
El harapo escarlata, y aullad que al fin cesemos».

Cuando en sus caras todos el desdén escupieron,
Nulos y suplicando en voz baja el trueno,
Estos héroes colmados de estrecheces jocosas

Van ridículamente a ahorcarse de un farol.


Traducción de FEDERICO GORBEA.

martes, 10 de enero de 2017

Stéphane Mallarmé y Federico Gorbea: Las ventanas

LES FENÊTRES

Las du triste hôpital, et de l'encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu'un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d'azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D'un long baiser amer les tièdes carreaux d'or.

Ivre, il vit, oubliant l'horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l'horloge et le lit infligé,
La toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l'horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d'or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l'éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l'homme à l'âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s'entête à chercher cette ordure
Pour l'offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m'accroche à toutes les croisées
D'où l'on tourne l'épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d'éternelles rosées
Que dore le matin chaste de l'Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j'aime
- Que la vitre soit l'art, soit la mysticité
A renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m'écœurer parfois jusqu'en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l'azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l'amertume,
D'enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m'enfuir, avec mes deux ailes sans plume
- Au risque de tomber pendant l'éternité ?

LAS VENTANAS

HARTO del triste hospital y del fétido incienso
Que sube por la blancura vulgar de las cortinas
A la gran cruz tediosa de la pared vacía,
El falso moribundo levanta su espalda envejecida.

Se arrastra y va, no para calentar su podre,
Sino para ver el sol en las piedras, a pegar
Los blancos pelos, los huesos de su cara chupada
A las ventanas que un rayo quisiera broncear

Y su boca, febril, voraz de azul de cielo
—La misma que, de joven, respiró su tesoro:
Una piel virginal y del pasado— ahora engrasa
Con largo beso amargo los tibios vidrios de oro.

Ebrio, vive, olvidando el horror de los santos
óleos, del reloj, la tisana y la cama obligada,
De la tos... Y cuando en los tejados la tarde sangra,
Sus ojos, en el horizonte saturado de luz,

Ve galeras doradas, hermosas como cisnes.
Que duermen en un río de púrpura y perfumes
Meciendo el rico brillo leonado de sus líneas,
¡En toda una indolencia cargada de recuerdos!

Así, de pronto asqueado del hombre de alma dura,
Revolcándose en la dicha donde sólo sus apetitos
Comen, y que insiste en buscar esa basura para
Brindársela a la mujer que amamanta sus hijos,

Huyo, me aferro a todas las ventanas contra
Las que uno queda de espaldas a la vida... Y bendito,
En su vidrio que lavan eternales rocíos
Y que dora la mañana del Infinito,

Me miro, ángel me veo, y muero, y quiero
—¡Sea este vidrio el Arte, sea el misticismo!—
Renacer llevando mi sueño como una diadema
Al cielo anterior donde florece la Belleza.

Pero, ¡ay!, el Aquí abajo reina: su obsesión
Me suele perseguir incluso en este refugio,
Y el impuro vómito de la Imbecilidad
Me fuerza frente al cielo, a taparme la nariz.

¿Hay algún medio, oh Yo, que de amarguras sabes,
De romper este cristal por el monstruo insultado
Y de huir por fin con mis dos alas implumes
—A riesgo de caer durante la eternidad?
Traducción de FEDERICO GORBEA.