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sábado, 16 de julio de 2022

Henri de Régnier y Ángel J. Battistessa: La luna amarilla

 


LA LUNE JAUNE

 

Ce long jour a fini par une lune jaune

Qui monte mollement entre les peupliers,

Tandis que se répand parmi l'air qu'elle embaume

L'odeur de l'eau qui dort entre les joncs mouillés.

 

Savions-nous, quand, tous deux, sous le soleil torride

Foulions la terre rouge et le chaume blessant,

Savions-nous, quand nos pieds sur les sables arides

Laissaient leurs pas empreints comme des pas de sang,

 

Savions-nous, quand l'amour brûlait sa haute flamme

En nos coeurs déchirés d'un tourment sans espoir,

Savions-nous, quand mourait le feu dont nous brûlâmes

Que sa cendre serait si douce à notre soir,

 

Et que cet âpre jour qui s'achève et qu'embaume

Une odeur d'eau qui songe entre les joncs mouillés

Finirait mollement par cette lune jaune

Qui monte et s'arrondit entre les peupliers?

HENRI DE RÉGNIER

La cité des eaux

 

LA LUNA AMARILLA

 

El día ha terminado en la luna amarilla

Que asciende muellemente por detrás de los álamos,

En tanto se difunde en el aire el aroma

Del agua adormecida entre juncos mojados.

 

¿Sabíamos nosotros, cuando al sol ardoroso

Cruzábamos rastrojos y planicies bermejas,

Sabíamos nosotros cuando en los arenales

Nuestros pasos marcaban como en sangre sus huellas;

 

Sabíamos nosotros cuando el amor ardía

En nuestros corazones torturados de afanes,

Sabíamos nosotros que al morir ese fuego

Su ceniza sería tan grata a nuestra tarde,

 

Y que este áspero día que acaba y que perfuma

El agua adormecida entre juncos mojados,

Terminaría lento en la luna amarilla

Que ya se redondea encima de los álamos?

Traducción de Ángel J. Battistessa

Revista Verbum Año XXV, n° 81

Revista del centro de estudiantes de Filosofía y Letras

Buenos Aires, 1932


 

 

martes, 15 de febrero de 2022

Henri de Régnier y Leopoldo Díaz: Soneto

SONNET

 

Nous irons vers la vigne éternelle et féconde

En grappes, pour y vendanger le Vin d’oubli ;

Le soir n’a plus de pourpre et l’aurore a pâli,

Et la promesse ment aux lèvres du Vieux Monde ;



Nous irons vers la rive où triomphe un décor

D’étangs muets et de sites en somnolence,

Où vers une mer morte un fleuve de silence

Bifurque son delta parmi les sables d’or ;



Toi, la Vivante ! et la diseuse de paroles,

Tu voulus m’enchaîner aux nœuds des vignes folles,

J’ai brisé le lien de fleurs du bracelet.


Hors le tien, tout amour, ô Mort, est dérisoire

Pour qui sait le pays mystique et violet

Où se dresse vers l’autre azur la Tour d’Ivoire.

HENRI DE RÉGNIER

 

SONETO

 

Iremos a la viña fecunda, inagotable,

Para beber a sorbos el vino del olvido ;

Como la tarde pálida la aurora se ha extinguido

Y el mundo viejo brinda promesa deleznable.

 

Iremos de la margen hacia el triunfal decoro

De estanques silenciosos y sitios somnolentes,

Donde a la mar callada bifurca sus corrientes

Mudo y solemne río sobre la arena de oro.

 

Tú, ¡la falaz Viviente !, la de parlera boca,

Quisiste encadenarme entre la viña loca,

Mas yo rompí tu pérfido lazo de amor sutil;

 

Fuera del tuyo, oh Muerte, todo el amor es vano,

A quien conoce el místico país, tenue y lejano

Donde a otro azur se yergue la torre de marfil.

LEOPOLDO DÍAZ

 



martes, 14 de mayo de 2019

Henri de Régnier: Pequeña oda

PEQUEÑA ODA

Si le he hablado a alguien
De mi amor, es al agua lenta
Que me escucha cuando me inclino
Sobre ella; si le hablado a alguien
De mi amor, es al viento
Que ríe y murmura entre las ramas.
Si le hablado a alguien de mi amor, es al pájaro
Que pasa y canta
Con el viento;
Si le hablado,
Es al eco.
Si algo he amado con gran amor,
Triste o dichoso,
Son tus ojos;
Si algo amé con gran amor,
Fue tu boca seria y suave,
Fue tu boca;
Si algo amé con gran amor,
Fueron tu carne tibia y tus manos frescas,
Y es tu sombra lo que yo busco.


Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán.


ODELETTE

Si j'ai parlé
De mon amour, c'est à l'eau lente
Qui m'écoute quand je me penche
Sur elle ; si j'ai parlé
De mon amour, c'est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches.
Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau
Qui passe et chante
Avec le vent ;
Si j'ai parlé
C'est à l'écho.
Si j'ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux,
Ce sont tes yeux ;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche ;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches,
Et c'est ton ombre que je cherche.