jueves, 1 de octubre de 2026

Paul Valéry: Sobre Bossuet

 
SOBRE BOSSUET

En el orden de los escritores, no veo a nadie por encima de Bossuet; nadie más seguro en sus palabras, más contundente en sus verbos, más enérgico y más sutil en todos los actos del discurso, más audaz y más acertado en la sintaxis y, en definitiva, más dueño del lenguaje, es decir, de sí mismo. Ese dominio pleno y singular, que se extiende desde la familiaridad hasta la magnificencia suprema, y desde la perfecta claridad articulada hasta los efectos más poderosos y resonantes del arte, implica una conciencia o una presencia extraordinaria del espíritu frente a todos los medios y todas las funciones de la palabra.

Bossuet dice lo que quiere. Es esencialmente deliberado, como lo son todos aquellos a quienes se denomina clásicos. Procede por construcciones, mientras que nosotros procedemos por accidentes; especula sobre la expectación que crea, mientras que los modernos especulan sobre la sorpresa. Parte con fuerza del silencio, anima poco a poco, hincha, eleva, organiza su frase, que a veces se erige en bóveda, se sostiene con proposiciones laterales distribuidas a la perfección en torno al instante, estalla y rechaza sus incisos, a los que supera para alcanzar por fin su clave y descender de nuevo, tras prodigios de subordinación y equilibrio, hasta el término certero y el agotamiento completo de sus fuerzas.

En cuanto a los pensamientos que se encuentran en Bossuet, hay que reconocer que hoy en día parecen poco capaces de excitar vivamente nuestros espíritus. Somos nosotros mismos, por el contrario, quienes debemos infundirles un poco de vida mediante un esfuerzo notable y empleando cierta erudición. Tres siglos de cambios muy profundos y de revoluciones en todos los ámbitos, así como una enorme cantidad de acontecimientos e ideas que han tenido lugar, hacen que la esencia de las obras de una época tan diferente de la nuestra resulte necesariamente ingenua, o extraña, y a veces inconcebible para la posteridad que somos nosotros. Pero hay algo más que se conserva. La mayoría de los lectores atribuyen a lo que llaman el fondo una importancia superior, e incluso infinitamente superior, a la de lo que denominan la forma. Algunos, sin embargo, tienen una opinión totalmente contraria a esta, a la que consideran una mera superstición. Sostienen audazmente que la estructura de la expresión tiene una especie de realidad, mientras que el sentido o la idea no es más que una sombra. El valor de la idea es indeterminado; varía según las personas y las épocas. Lo que uno considera profundo, para otro es una evidencia insípida o un absurdo insoportable. Por último, basta con mirar a nuestro alrededor para observar que lo que aún puede interesar a los modernos de las letras antiguas no pertenece al ámbito del conocimiento, sino al de los ejemplos y los modelos.

Para estos amantes de la forma, una forma —aunque siempre provocada o exigida por algún pensamiento— tiene más valor, e incluso más sentido, que cualquier pensamiento. Consideran en las formas el vigor y la elegancia de los actos; y en los pensamientos sólo encuentran la inestabilidad de los acontecimientos.

 Bossuet es para ellos un tesoro de figuras, combinaciones y operaciones coordinadas. Pueden admirar apasionadamente esas composiciones del más alto estilo, del mismo modo que admiran la arquitectura de templos cuyo santuario está desierto y cuyos sentimientos y causas que llevaron a su construcción se han debilitado hace ya mucho tiempo. El arco permanece.

PAUL VALÉRY

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán

SUR BOSSUET

Dans l’ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet ; nul plus sûr de ses mots, plus fort de ses verbes, plus énergique et plus délié dans tous les actes du discours, plus hardi et plus heureux dans la syntaxe, et, en somme, plus maître du langage, c’est-à-dire de soi-même. Cette pleine et singulière possession qui s’étend de la familiarité à la suprême magnificence, et depuis la parfaite netteté articulée jusqu’aux effets les plus puissants et retentissants de l’art, implique une conscience ou une présence extraordinaire de l’esprit en regard de tous les moyens et de toutes les fonctions de la parole.

Bossuet dit ce qu’il veut. Il est essentiellement volontaire, comme le sont tous ceux que l’on nomme classiques. Il procède par constructions, tandis que nous procédons par accidents ; il spécule sur l’attente qu’il crée tandis que les modernes spéculent sur la surprise. Il part puissamment du silence, anime peu à peu, enfle, élève, organise sa phrase, qui parfois s’édifie en voûte, se soutient de propositions latérales distribuées à merveille autour de l’instant, se déclare et repousse ses incidentes qu’elle surmonte pour toucher enfin à sa clé, et redescendre, après des prodiges de subordination et d’équilibre, jusqu’au terme certain et à la résolution complète de ses forces.

Quant aux pensées qui se trouvent dans Bossuet, il faut bien convenir qu’elles paraissent aujourd’hui peu capables d’exciter vivement nos esprits. C’est nous-mêmes, au contraire, qui leur devons prêter un peu de vie par un effort sensible et moyennant quelque érudition. Trois siècles de changements très profonds et de révolutions dans tous les genres, un nombre énorme d’événements et d’idées intervenus rendent nécessairement naïve, ou étrange, et quelquefois inconcevable à la postérité que nous sommes, la substance des ouvrages d’un temps si différent du nôtre. Mais autre chose se conserve. La plupart des lecteurs attribuent à ce qu’ils appellent le fond une importance supérieure, et même infiniment supérieure, à celle de ce qu’ils nomment la forme. Quelques-uns, toutefois, sont d’un sentiment tout contraire à celui-ci qu’ils regardent comme une pure superstition. Ils estiment audacieusement que la structure de l’expression a une sorte de réalité, tandis que le sens ou l’idée n’est qu’une ombre. La valeur de l’idée est indéterminée ; elle varie avec les personnes et les époques. Ce que l’un juge profond est pour l’autre d’une évidence insipide ou d’une absurdité insupportable. Enfin, il suffit de regarder autour de soi pour observer que ce qui peut intéresser encore les modernes aux lettres anciennes n’est pas de l’ordre des connaissances, mais de l’ordre des exemples et des modèles.

Pour ces amants de la forme, une forme, quoique toujours provoquée ou exigée par quelque pensée, a plus de prix, et même de sens, que toute pensée. Ils considèrent dans les formes la vigueur et l’élégance des actes ; et ils ne trouvent dans les pensées que l’instabilité des événements.

Bossuet leur est un trésor de figures, de combinaisons et d’opérations coordonnées. Ils peuvent admirer passionnément ces compositions du plus grand style, comme ils admirent l’architecture de temples dont le sanctuaire est désert et dont les sentiments et les causes qui les firent édifier se sont dès longtemps affaiblis. L’arche demeure.

 

Publié pour la première fois dans un numéro spécial du Bien Public, Dijon, 1926.