martes, 27 de enero de 2026

Jules Barbey d'Aurevilly: El extraño rostro de Mozart

EL EXTRAÑO ROSTRO DE MOZART

¡Ese extraño rostro de Mozart, tan diferente del rostro de los hombres de su siglo! Los vicios de la época solo le quitaban el maquillaje. Lo que era sencillo, profundo y verdadero era más fuerte que las malas influencias. Después de una sinfonía que había sido uno de sus triunfos, le escribió desde París a su padre, en 1778: «Fui con alegría al Palais-Royal. Tomé un helado. Recé el rosario como había prometido y regresé a casa». » En 1778, ese rosario rezado en el Palais-Royal, ese brillante lugar de mala fama del siglo, en un rincón solitario, después de un helado, por ese ilustre Mozart cuyo nombre estaba en boca de todos, tiene un sabor particular. Le gustaba esa oración de amor, esa repetición de lo mismo que apacigua las almas apasionadas. Al igual que Haydn, su amigo, recurría a su rosario cuando no le venía la idea, «cuando silbaba para que viniera», como dice con tanta gracia este inspirado que va hacia la idea en las alas del sonido: «¡Silba y no viene nadie!». Creía que una decena del rosario la hacía acudir. Hay que leer en la recopilación en cuestión la magnífica carta a su padre (demasiado larga para citarla), cuando su madre, que aún tenía muchas preocupaciones a pesar de la inmensa gloria de su inmenso hijo, murió en sus brazos en París y él tuvo que comunicárselo, con delicadezas de corazón tan conmovedoras, al padre que se había quedado en casa. «Siempre me he resignado a la voluntad de Dios», escribe. La resignación, en efecto, es otra de las expresiones de su fisonomía. La tuvo desde muy pequeño, como su talento inaudito, como la felicidad, como la fama. ¿Y por qué tenía esa resignación, que es una virtud y una tristeza? ¿Era un presentimiento de la muerte que lo visitaría tan pronto? ¿Se resignaba a esa muerte presentida? ¿O se resignaba a esa gloria, que es una desgracia y que los hombres creen que es una dicha? El caso es que, cuando se miran los retratos que se tienen de él de niño, uno piensa involuntariamente en esa estatua del Niño Dios, la obra maestra de Canova, que contempla su cruz apoyándola en su pequeño pecho como una espada —una de las espadas que traspasarán a su Madre, la mujer de las Siete Espadas— y sonríe, con los repletos labios de la infancia, con una sonrisa de hombre tan cruelmente prematura.

JULES BARBEY D'AUREVILLY

Les Œuvres et les hommes, Sensations d'art.

Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán


L´ÉTRANGE VISAGE DE MOZART

Cet étrange visage de Mozart, si différent du visage des hommes de son siècle ! Les vices de ce temps n'enlevaient que du fard. Ce qui était simple, profond et vrai, était plus fort que les mauvais souffles. Après une symphonie qui avait été un de ses triomphes, il écrivait de Paris à son père, en 1778 : « J'allai dans ma joie au Palais-Royal. J'y pris une glace. Je dis le chapelet comme je l'avais promis, et je rentrai. » En 1778, ce chapelet dit au Palais-Royal, ce brillant mauvais lieu du siècle, dans un coin solitaire, après une glace, par cet illustre Mozart dont le nom était dans toutes les bouches, a du goût. Il aimait cette prière de l'amour, cette répétition de la même chose qui apaise les âmes passionnées. Comme Haydn, son ami, il se jetait à son chapelet quand l'idée ne venait pas « lorsqu'il avait sifflé pour qu'elle vînt » , comme il le dit avec tant de grâce, cet inspiré qui va à l'idée sur les ailes du son : « Il siffle et il ne vient personne ! » Il croyait qu'une dizaine de chapelet la faisait venir. Il faut lire dans le recueil en question la superbe lettre à son père (trop longue pour qu'on puisse la citer), quand cette mère, qui avait bien du souci encore malgré l'immense gloire de son immense fils, lui mourut sur les bras à Paris et qu'il dut l'apprendre, avec des précautions de cœur si pathétiques, au père resté à la maison. « J'ai toujours été résigné à la volonté de Dieu », écrit-il. La résignation, en effet, est encore une des expressions de cette physionomie. Il l'eut tout petit, comme son talent inouï, comme le bonheur, comme la renommée. Et pourquoi l'eut-il, cette résignation, qui est une vertu et une tristesse ? Était-ce un pressentiment de la mort qui devait le visiter de si bonne heure ? S'y résignait-il, à cette mort pressentie ? Ou se résignait-il à cette gloire, qui est un malheur et que les hommes croient une joie ? Toujours est-il que quand on regarde les portraits qu'on a de lui enfant, on pense involontairement à cette statue de l'Enfant-Dieu, le chef-d’œuvre de Canova, qui regarde sa croix en l'appuyant sur sa petite poitrine comme une épée — l'une des épées qui doivent percer sa Mère aux Sept Glaives —, et qui sourit, avec les lèvres rondes de l'enfance, d'un sourire d'homme si cruellement prématuré !"