viernes, 31 de octubre de 2025

Paul Verlaine y Emilio Carrere: Mi sueño familiar

MON RÊVE FAMILIER

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon cœur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l’ignore.

Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

PAUL VERLAINE

MI SUEÑO FAMILIAR

 

Tengo a menudo el sueño raro y emocionante

de una maravillosa mujer desconocida

que no es siempre la misma ni es otra en cada instante

y me ama y se penetra del dolor de mi vida.

 

Porque ella me comprende y mi alma transparente

para ella sólo no es un problema insondable

y la fiebre tenaz de mi pálida frente

ella sabe calmarla con su llanto inefable.

 

¿Es morena o es rubia o es roja? Yo lo ignoro.

¿Su nombre? Sólo sé que es tan dulce y sonoro

como el de las amantes del mundo desterradas.

 

Sus pupilas de estatua miran sin expresión

y su voz dulce y grave recuerda la inflexión

de las voces queridas ya por siempre calladas.

Versión de EMILIO CARRERE