MON RÊVE FAMILIER
Je fais souvent ce rêve étrange
et pénétrant
D’une femme inconnue, et que
j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni
tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et
m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur
transparent
Pour elle seule, hélas! cesse
d’être un problème
Pour elle seule, et les
moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir,
en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou
rousse? Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il
est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie
exila.
Son regard est pareil au regard
des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et
calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui
se sont tues.
MI SUEÑO FAMILIAR
Tengo a menudo el sueño raro y emocionante
de una maravillosa mujer desconocida
que no es siempre la misma ni es otra en cada
instante
y me ama y se penetra del dolor de mi vida.
Porque ella me comprende y mi alma transparente
para ella sólo no es un problema insondable
y la fiebre tenaz de mi pálida frente
ella sabe calmarla con su llanto inefable.
¿Es morena o es rubia o es roja? Yo lo ignoro.
¿Su nombre? Sólo sé que es tan dulce y sonoro
como el de las amantes del mundo desterradas.
Sus pupilas de estatua miran sin expresión
y su voz dulce y grave recuerda la inflexión
de las voces queridas ya por siempre calladas.
Versión de EMILIO CARRERE


