sábado, 18 de abril de 2009

Jean de La Fontaine: La joven viuda




La jeune veuve


La perte d'un époux ne va point sans soupirs.
On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole;
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande: on ne croirait jamais
Que ce fût la même personne.
L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne;
C'est toujours même note et pareil entretien:
On dit qu'on est inconsolable;
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.

L'époux d'une jeune beauté
Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme
Lui criait : Attends-moi, je te suis; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.
Le mari fait seul le voyage.
La belle avait un père, homme prudent et sage:
Il laissa le torrent couler.
A la fin, pour la consoler,
Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes:
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes?
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l'heure
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports;
Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt. -Ah! dit-elle aussitôt,
Un cloître est l'époux qu'il me faut.
Le père lui laissa digérer sa disgrâce.
Un mois de la sorte se passe.
L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours.
Toute la bande des amours
Revient au colombier: les jeux, les ris, la danse,
Ont aussi leur tour à la fin.
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri;
Mais comme il ne parlait de rien à notre belle:
Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis? dit-elle.





La joven viuda

De un esposo la pérdida sin suspiros no ocurre;
Mucho ruido se hace, luego viene el consuelo:
Con las alas del tiempo la tristeza se aleja,
Otra vez el tiempo vuelve a traer placeres.
Entre la viuda de un año
Y la viuda de un día,
Grande es la diferencia; no creeríamos nunca
Que es la misma persona:
Una hace huir la gente, la otra atrae a todos.
A los suspiros, verdaderos o falsos, aquella se abandona;
Siempre es la misma nota y palabras iguales;
Dicen que no hay consuelo,
Dicen, pero no es cierto,
Como gracias a esta fábula
Veremos, o más bien gracias a la verdad.

El esposo de una joven beldad
Se iba al otro mundo. Su mujer a su lado
Le gritaba: "Espérame, te sigo; y mi alma
Al igual que la tuya dispuesta está a partir".
El marido hace el viaje solito.
La beldad tenía un padre, hombre prudente y sabio;
Éste deja el agua correr,
Al final, para consolarla:
"Hija mía, le dice, son demasiadas lágrimas.
¿De qué le servirá al difunto que ahoguéis vuestros encantos?
Puesto que hay gente viva no penséis en los muertos.
Claro, no digo que al instante
Una condición mejor
En bodas cambie este dolor,
Pero luego de un tiempo, aceptad la propuesta
De un marido guapo, bien hecho, joven, y en todo diferente
Del difunto. -¡Ah, dice ella de inmediato,
Un convento es el marido que necesito!
Su padre le deja digerir su desgracia.
Todo un mes así pasa;
El siguiente lo emplea en cambiar cada día
Algo en el vestido, otra cosa en la ropa, en el peinado:
El luto al fin, en espera
De otros adornos, sirve de adorno.
De los querubines la banda entera
Retorna al palomar; las risas, los juegos, la danza
Al fin tienen su turno:
Mañana y tarde, en la fuente
De eterna juventud cada uno se baña.
El padre ya no teme al muerto tan querido;
Pero como a nuestra beldad él de nada le hablaba:
"¿Dónde pues, dijo ella, está el joven marido
Que me habéis prometido?"


Traducción de Miguel Ángel Frontán





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