domingo, 5 de abril de 2009

Nuestros franceses... Charles Péguy



Nos Français...

C'est embêtant, dit Dieu. Quand il n'y aura plus ces Français,
Il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne pour les comprendre.

Peuple, les peuples de la terre te disent léger
Parce que tu es un peuple prompt.
Les peuples pharisiens te disent léger
Parce que tu es un peuple vite.
Tu es arrivé avant que les autres soient partis.
Mais moi je t'ai pesé, dit Dieu, et je ne t'ai point trouvé léger.
Ô peuple inventeur de la cathédrale, je ne t'ai point trouvé léger en foi.
Ô peuple inventeur de la croisade je ne t'ai point trouvé léger en charité.
Quant à l'espérance, il vaut mieux ne pas en parler, il n'y en a que pour eux.

Tels sont nos Français, dit Dieu. Ils ne sont pas sans défauts. Il s'en faut. Ils ont même beaucoup de défauts.
Ils ont plus de défauts que tous les autres.
Mais avec tous leurs défauts je les aime encore mieux que tous les autres avec censément moins de défauts.
Je les aime comme ils sont. Il n'y a que moi, dit Dieu, qui suis sans défauts. Mon fils et moi. Un Dieu avait un fils.
Et comme créatures il n'y en a que trois qui aient été sans défauts.
Sans compter les anges.
Et c'est Adam et Eve avant le péché.
Et c'est la Vierge temporellement et éternellement.
Dans sa double éternité.
Et deux femmes seulement ont été pures étant charnelles.
Et ont été charnelles étant pures.
Et c'est Ève et Marie.
Ève jusqu'au péché.
Marie éternellement.

Nos Français sont comme tout le monde, dit Dieu. Peu de saints, beaucoup de pécheurs.
Un saint, trois pécheurs. Et trente pécheurs. et trois cents pécheurs. Et plus.
Mais j'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un pécheur qui n'en a pas. Non, je veux dire :
J'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un neutre qui n'en a pas.
Je suis ainsi. Un homme avait deux fils.
Or ces Français, comme ils sont, ce sont mes meilleurs serviteurs.
Ils ont été, ils seront toujours mes meilleurs soldats dans la croisade.
Or il y aura toujours la croisade.
Enfin, ils me plaisent. C'est tout dire. Ils ont du bon et du mauvais.
Ils ont du pour et du contre. Je connais l'homme.
Je sais trop ce qu'il faut demander à l'homme.
Et surtout ce qu'il ne faut pas lui demander.
Si quelqu'un le sait, c'est moi.
Depuis que l'ayant créé à mon image et à ma ressemblance.
Par le mystère de cette liberté ma créature
Je lui abandonnai dans mon royaume
Une part de mon gouvernement même.
Une part de mon invention.
Il faut le dire, une part de ma création.
Il faut les prendre comme ils sont. Si quelqu'un le sait, c'est moi. Et aussi savez-vous
Combien une seule goutte de sang de Jésus
Pèse dans mes balances éternelles.
Que donc celui qui est né pour dormir, dorme. La terre était informe et nue ; les ténèbres couvraient la face de l'abîme ; et l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux. Et ce n'est fut qu'ensuite que j'ai créé la lumière. Or Dieu dit : que la lumière soit : et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière d'avec les ténèbres.
Il donna à la lumière le nom de jour, et aux ténèbres le nom de nuit ; et du soir et du matin se fit le premier jour.
Sera-t-il dit qu'il y aura des regards si éteints, des regards si pâlis.
Que nulle étincelle ne les allumera plus.
Et qu'il y aura des voix si fanées, et des âmes si blettes
Que nul ressourcement ne les approfondira plus.
Et qu'il y aura des âmes si fanées
D'épreuves, de détresse,
De larmes, de prières, de travail,
Et d'avoir vu ce qu'elles ont vu. Et d'avoir souffert ce qu'elles ont souffert.
Et d'avoir passé par où elles ont passé. Et de savoir ce qu'elles savent.

Qu'ils en auront assez.
Pour éternellement assez et que tout ce qu'ils en demanderont c'est qu'on leur fiche la paix.
Dona eis, Domine, pacem.
Et requiem aeternam. La paix et le repos éternel.
Parce qu'ils auront connu certaines histoires de la terre.
Et qu'ils ne voudront plus entendre de rien que d'un champ de repos.
Et de se coucher pour dormir.
Dormir, dormir enfin.
Et que tout ce qu'ils supporteront et que tout ce que je pourrai mettre
Et apporter
(Celui que je prends dans son sommeil de la terre est bien heureux, et c'est bon signe, mes enfants)
Comme le trop malade et le trop blessé ne supporte plus la vie et le remède et l'idée même de la guérison.
Mais seulement le baume sur la blessure.
Et n'a plus aucun goût pour la santé.
Ainsi sera-t-il dit que sur tant de blessures.
Ils ne supporteront plus que la fraîcheur du baume.
Comme un blessé fiévreux.
Et qu’ils n’auront (plus) aucun goût pour mon paradis
Et pour ma vie éternelle.
Et que tout ce que je pourrai mettre sur tant de blessures;
Sur tant de cicatrices et sur tant de sacrifices;
Et sur l’amertume de tant de calices;
Et sur les ingratitudes de tant de malices;
Et sur les pointes d’épines de tant de cilices;
Et sur les écartèlements de tant de supplices;

Et sur les éclaboussements de tant de sang;

(J’ai pris le criminel accroupi sur son crime
Dit Dieu.) Sera-t-il dit que sur tant de fatigues.
Et tant de navrements et de meurtres complices.
Sur tant d’hébétements et de vicissitudes.
Sur tant d’inquiétude et sur tant d’habitude.
Sur tant de solitude et de décrépitude.
Sur tant de lassitude et de sollicitude.
Sur tant d’ingratitude et d’inexactitude.
Sur tant d’incertitude et tant de solitude.
Et tant de servitude et de désuétude.
Et tant de platitude et sur tant d’amertume.
Et sur cette écume
De sang.
Et sur cette écume
De haine.
Et sur cette écume
D’ingratitude.
Et sur cette écume
D’amour.

EL sur tant de blessures sera-t-il dit.
Que sur tant de blessures tout ce que je pourrai mettre.
Et sur tant de flétrissures et sur tant de meurtrissures.
Et sur tant d’éclaboussures et sur tant de morsures.
Ce sera de faire descendre comme un baume du soir,
Comme après la blessure d’un ardent midi la grande tombée d’un beau soir d’été
La lente descension d’une nuit éternelle.

(Le Mystère des Saints Innocents)


Nuestros franceses...

Qué lástima, dice Dios. Cuando no existan más esos franceses,
Hay cosas que yo hago y nadie habrá ya para entenderlas.

Pueblo, los pueblos de la tierra dicen que eres ligero
Porque eres un pueblo dispuesto.
Los pueblos fariseos dicen que eres ligero
Porque eres un pueblo rápido.
Antes que los otros hayan salido tú llegaste.
Pero yo te pesé, dice Dios, y no te hallé ligero.
Oh pueblo inventor de la catedral, no te hallé en absoluto ligero de fe.
Oh pueblo inventor de la cruzada no te hallé en absoluto ligero de caridad.
Y en cuanto a la esperanza, mejor ni hablar, no hay más que para ellos.

Así son nuestros franceses, dice Dios. No carecen de defectos. Al contrario. Tienen incluso cantidad de defectos.
Tienen más defectos que los otros.
Pero con todos sus defectos los prefiero a los otros con ciertamente menos defectos.
Los amo como son. Sólo yo, dice Dios, carezco de defectos. Mi hijo y yo. Un Dios tenía un hijo.
Y en cuanto a las criaturas sólo ha habido tres sin defectos.
Sin contar a los ángeles.
Es Adán y es Eva antes del pecado.
Y es la Virgen temporal y eternamente.
En su doble eternidad.
Y solamente dos mujeres fueron puras siendo carnales.
Fueron carnales siendo puras.
Y son Eva y María.
Eva hasta el pecado.
María eternamente.

Nuestros franceses, dice Dios, son como todo el mundo. Pocos santos, muchos pecadores.
Un santo, tres pecadores. Y treinta pecadores. Y trescientos pecadores. Y más.
Pero más me gusta un santo que tiene defectos que un pecador que ninguno tiene. No, lo que quiero decir:
Más me gusta un santo que tiene defectos que un neutro que no tiene ninguno.
Así soy yo. Un hombre tenía dos hijos.
Esos franceses, pues, tal cual son, son mis mejores servidores.
Han sido y serán siempre mis mejores soldados en la cruzada.
Y siempre existirá la cruzada.
Enfín, me agradan. Todo está dicho. Tienen cosas buenas y cosas malas.
Tienen cosas a favor y cosas en contra. Yo conozco el hombre.
Demasiado sé lo que que hay que exigirle al hombre.
Y, sobre todo, lo que no hay que exigirle.
Si alguno lo sabe, ése soy yo.
Desde el día en que lo creé a mi imagen y semejanza.
Por el misterio de esa libertad criatura mía
Le entregué en mi reino
Una parte de mi propio gobierno.
Una parte de mi invención.
Hay que decirlo, una parte de mi creación.
Hay que tomarlos como son. Si alguno lo sabe, soy yo. Y también ustedes saben
Cuánto una sola gota de sangre de Jesús
Pesa en mis balanzas eternas.
Entonces, que quien ha nacido para dormir, duerma. Y la tierra estaba desordenada y vacía, y las tinieblas estaban sobre la haz del abismo, y el Espíritu de Dios se movía sobre la haz de las aguas. Y sólo fue después que yo creé la luz. Y dijo Dios: Sea la luz: y fue la luz.
Y vio Dios que la luz era buena: y apartó Dios la luz de las tinieblas.
Y llamó Dios a la luz Día, y a las tinieblas llamó Noche: y fue la tarde y la mañana un día.
Podrá ser dicho, acaso, que habrá miradas tan apagadas, miradas tan empalidecidas
Que ninguna chispa volverá a encenderlas.
Y que habrá voces tan marchitas, y almas tan pasadas
Que no habrá abrevadero capaz de hacerlas más profundas.
Y que habrá almas tan marchitas
Por las pruebas y las aflicciones,
Por las lágrimas, por la plegaria, por el trabajo,
Y por haber visto lo que han visto. Y por haber sufrido lo que han sufrido.
Y por haber pasado por donde han pasado. Y por saber lo que saben.

Que estarán hartas.
Para siempre hartas, y que todo lo que pedirán es que no las molesten ya más.
Dona eis, Domine, pacem.
Et requiem aeternam. La paz y el descanso eterno.
Porque habrán conocido ciertas historias de la tierra.
Y que ya de nada querrán oír hablar sino de un camposanto.
Y de acostarse para dormir.
Dormir, dormir al fin.
Y que todo cuanto soportarán y todo cuanto podría yo poner
Y llevarles
(Bienaventurado aquel de quien yo me apodero en su sueño de tierra, hijos míos, es una buena señal)
Como el enfermo en demasía y el herido en demasía ya no soporta la vida y el remedio y la idea incluso del remedio.
Sino solamente el bálsamo sobre la herida.
Y ya no siente gusto alguno por la salud.
Así, acaso, ha de decirse que sobre tantas heridas.
Sólo soportarán la frescura del bálsamo.
Como un herido consumido por la fiebre
Y que no sentirán (ya) gusto alguno por mi paraíso
Y por mi vida eterna.
Y que todo cuanto yo podré colocar sobre tantas heridas;
Sobre tantas cicatrices y sobre tantos sacrificios;
Y sobre la amargura de tantos cálices;
Y sobre las ingratitudes de tantas malevolencias;
Y sobre las puntas de las espinas de tantos cilicios;
Y sobre los despedazamientos de tantos suplicios;

Y sobre las salpicaduras de tanta sangre;

(He pillado al criminal acuclillado sobre su crimen
Dice Dios.) Acaso ha de decirse que sobre tantas fatigas.
Y tanta desconsolación y asesinatos cómplices.
Sobre tanta estupefacción y tantas vicisitudes.
Sobre tantas inquietudes y tantos hábitos.
Sobre tanta soledad y tanta decrepitud.
Sobre tanto cansancio y tanta solicitud.
Sobre tanta ingratitud y tanta inexactitud.
Sobre tanta incertidumbre y tanta soledad.
Sobre tanta esclavitud y tanta vejez.
Sobre tanta banalidad y tanta amargura.
Y sobre esa espuma
De sangre.
Y sobre esa espuma
De odio.
Y sobre esa espuma
De ingratitud.
Y sobre esa espuma
De amor.

Y sobre tantas heridas, acaso ha de decirse.
Que sobre tantas heridas todo cuanto podré poner.
Y sobre tantas cosas marchitas y sobre tantas magulladuras.
Y sobre tantas salpicaduras y sobre tantas mordidas.
Será que yo haga descender como un bálsamo de la tarde,
Como después de la herida de un mediodía ardiente la caída inmensa de un hermoso día de verano
La lenta descensión de una noche eterna.


(El Misterio de los Santos Inocentes)

Traducción de Miguel Ángel Frontán

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