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miércoles, 11 de enero de 2012

Montaigne: Nuestros deseos van más allá de nosotros mismos







LIVRE I
CHAPITRE III

NOS AFFECTIONS S'EMPORTENT AU DELA DE NOUS

Ceux qui accusent les hommes d'aller tousjours beant apres les choses futures, et nous apprennent à nous saisir des biens presens, et nous rassoir en ceux-là : comme n'ayants aucune prise sur ce qui est à venir, voire assez moins que nous n'avons sur ce qui est passé, touchent la plus commune des humaines erreurs : s'ils osent appeller erreur, chose à quoy nature mesme nous achemine, pour le service de la continuation de son ouvrage, nous imprimant, comme assez d'autres, cette imagination fausse, plus jalouse de nostre action, que de nostre science. Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes tousjours au delà. La crainte, le desir, l'esperance, nous eslancent vers l'advenir : et nous desrobent le sentiment et la consideration de ce qui est, pour nous amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus. 

Calamitosus est animus futuri anxius.

Ce grand precepte est souvent allegué en Platon, « Fay ton faict, et te congnoy.» Chascun de ces deux membres enveloppe generallement tout nostre devoir : et semblablement enveloppe son compagnon. Qui auroit à faire son faict, verroit que sa premiere leçon, c'est cognoistre ce qu'il est, et ce qui luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger faict pour le sien : s'ayme, et se cultive avant toute autre chose : refuse les occupations superflues, et les pensees, et propositions inutiles.

Ut stultitia etsi adepta est quod concupivit nunquam se tamen satis consecutam putat: sic sapientia semper eo contenta est quod adest, neque eam unquam sui poenitet.

Epicurus dispense son sage de la prevoyance et soucy de l'advenir. 

Entre les loix qui regardent les trespassez, celle icy me semble autant solide, qui oblige les actions des Princes à estre examinees apres leur mort : Ils sont compagnons, sinon maistres des loix : ce que la Justice n'a peu sur leurs testes, c'est raison qu'elle l'ayt sur leur reputation, et biens de leurs successeurs : choses que souvent nous preferons à la vie. C'est une usance qui apporte des commoditez singulieres aux nations où elle est observee, et desirable à tous bons Princes : qui ont à se plaindre de ce, qu'on traitte la memoire des meschants comme la leur. Nous devons la subjection et obeïssance egalement à tous Rois : car elle regarde leur office : mais l'estimation, non plus que l'affection, nous ne la devons qu'à leur vertu. Donnons à l'ordre politique de les souffrir patiemment, indignes : de celer leurs vices : d'aider de nostre recommandation leurs actions indifferentes, pendant que leur auctorité a besoin de nostre appuy. Mais nostre commerce finy, ce n'est pas raison de refuser à la justice, et à nostre liberté, l'expression de noz vrays ressentiments. Et nommément de refuser aux bons subjects, la gloire d'avoir reveremment et fidellement servi un maistre, les imperfections duquel leur estoient si bien cognues : frustrant la posterité d'un si utile exemple. Et ceux, qui, par respect de quelque obligation privee, espousent iniquement la memoire d'un Prince mesloüable, font justice particuliere aux despends de la justice publique. Titus Livius dict vray, que le langage des hommes nourris sous la Royauté, est tousjours plein de vaines ostentations et faux tesmoignages : chascun eslevant indifferemment son Roy, à l'extreme ligne de valeur et grandeur souveraine. 

On peult reprouver la magnanimité de ces deux soldats, qui respondirent à Neron, à sa barbe, l'un enquis de luy, pourquoy il luy vouloit mal : Je t'aimoy quand tu le valois : mais despuis que tu és devenu parricide, boutefeu, basteleur, cochier, je te hay, comme tu merites. L'autre, pourquoy il le vouloit tuer ; Par ce que je ne trouve autre remede à tes continuels malefices. Mais les publics et universels tesmoignages, qui apres sa mort ont esté rendus, et le seront à tout jamais, à luy, et à tous meschans comme luy, de ses tiranniques et vilains deportements, qui de sain entendement les peut reprouver ? 

Il me desplaist, qu'en une si saincte police que la Lacedemonienne, se fust meslée une si feinte ceremonie à la mort des Roys. Tous les confederez et voysins, et tous les Ilotes, hommes, femmes, pesle-mesle, se descoupoient le front, pour tesmoignage de deuil : et disoient en leurs cris et lamentations, que celuy la, quel qu'il eust esté, estoit le meilleur Roy de tous les leurs : attribuants au reng, le los qui appartenoit au merite ; et, qui appartient au premier merite, au postreme et dernier reng. Aristote, qui remue toutes choses, s'enquiert sur le mot de Solon, Que nul avant mourir ne peut estre dict heureux, Si celuy la mesme, qui a vescu, et qui est mort à souhait, peut estre dict heureux, si sa renommee va mal, si sa posterité est miserable. Pendant que nous nous remuons, nous nous portons par preoccupation où il nous plaist : mais estant hors de l'estre, nous n'avons aucune communication avec ce qui est. Et seroit meilleur de dire à Solon, que jamais homme n'est donc heureux, puis qu'il ne l'est qu'apres qu'il n'est plus. 

Quisquam
 Vix radicitus è vita se tollit, et ejicit :
 Sed facit esse sui quiddam super inscius ipse,
 Nec removet satis à projecto corpore sese, et
 Vindicat.

Bertrand du Glesquin mourut au siege du chasteau de Rancon, pres du Puy en Auvergne : les assiegez s'estans rendus apres, furent obligez de porter les clefs de la place sur le corps du trespassé. 

Barthelemy d'Alviane, General de l'armee des Venitiens, estant mort au service de leurs guerres en la Bresse, et son corps ayant esté rapporté à Venise par le Veronois, terre ennemie la pluspart de ceux de l'armee estoient d'advis, qu'on demandast sauf-conduit pour le passage à ceux de Veronne : mais Theodore Trivulce y contredit ; et choisit plustost de le passer par vive force, au hazard du combat : n'estant convenable, disoit-il, que celuy qui en sa vie n'avoit jamais eu peur de ses ennemis, estant mort fist demonstration de les craindre. 

De vray, en chose voisine, par les loix Grecques, celuy qui demandoit à l'ennemy un corps pour l'inhumer, renonçoit à la victoire, et ne luy estoit plus loisible d'en dresser trophee : à celuy qui en estoit requis, c'estoit tiltre de gain. Ainsi perdit Nicias l'avantage qu'il avoit nettement gaigné sur les Corinthiens : et au rebours, Agesilaus asseura celuy qui luy estoit bien doubteusement acquis sur les Baeotiens. 

Ces traits se pourroient trouver estranges, s'il n'estoit receu de tout temps, non seulement d'estendre le soing de nous, au delà cette vie, mais encore de croire, que bien souvent les faveurs celestes nous accompaignent au tombeau, et continuent à nos reliques. Dequoy il y a tant d'exemples anciens, laissant à part les nostres, qu'il n'est besoing que je m'y estende. Edouard premier Roy d'Angleterre, ayant essayé aux longues guerres d'entre luy et Robert Roy d'Escosse, combien sa presence donnoit d'advantage à ses affaires, rapportant tousjours la victoire de ce qu'il entreprenoit en personne ; mourant, obligea son fils par solennel serment, à ce qu'estant trespassé, il fist bouillir son corps pour desprendre sa chair d'avec les os, laquelle il fit enterrer : et quant aux os, qu'il les reservast pour les porter avec luy, et en son armee, toutes les fois qu'il luy adviendroit d'avoir guerre contre les Escossois : comme si la destinee avoit fatalement attaché la victoire à ses membres. 

Jean Vischa, qui troubla la Boheme pour la deffence des erreurs de VViclef, voulut qu'on l'escorchast apres sa mort, et de sa peau qu'on fist un tabourin à porter à la guerre contre ses ennemis : estimant que cela ayderoit à continuer les advantages qu'il avoit eux aux guerres, par luy conduictes contre eux. Certains Indiens portoient ainsi au combat contre les Espagnols ; les ossemens d'un de leurs Capitaines, en consideration de l'heur qu'il avoit eu en vivant. Et d'autres peuples en ce mesme monde, trainent à la guerre les corps des vaillans hommes, qui sont morts en leurs batailles, pour leur servir de bonne fortune et d'encouragement. 

Les premiers exemples ne reservent au tombeau, que la reputation acquise par leurs actions passees : mais ceux-cy y veulent encore mesler la puissance d'agir. Le faict du Capitaine Bayard est de meilleure composition, lequel se sentant blessé à mort d'une harquebusade dans le corps, conseillé de se retirer de la meslee, respondit qu'il ne commenceroit point sur sa fin à tourner le dos à l'ennemy : et ayant combatu autant qu'il eut de force, se sentant defaillir, et eschapper du cheval, commanda à son maistre d'hostel, de le coucher au pied d'un arbre : mais que ce fust en façon qu'il mourust le visage tourné vers l'ennemy : comme il fit. 

Il me faut adjouster cet autre exemple aussi remarquable pour cette consideration, que nul des precedens. L'Empereur Maximilian bisayeul du Roy Philippes, qui est à present, estoit Prince doué de tout plein de grandes qualitez, et entre autres d'une beauté de corps singuliere : mais parmy ces humeurs, il avoit ceste cy bien contraire à celle des Princes, qui pour despescher les plus importants affaires, font leur throsne de leur chaire percee : c'est qu'il n'eut jamais valet de chambre, si privé, à qui il permist de le voir en sa garderobbe : Il se desroboit pour tomber de l'eau, aussi religieux qu'une pucelle à ne descouvrir ny à Medecin ny à qui que ce fust les parties qu'on a accoustumé de tenir cachees. Moy qui ay la bouche si effrontee, suis pourtant par complexion touché de cette honte : Si ce n'est à une grande suasion de la necessité ou de la volupté, je ne communique gueres aux yeux de personne, les membres et actions, que nostre coustume ordonne estre couvertes : J'y souffre plus de contrainte que je n'estime bien seant à un homme, et sur tout à un homme de ma profession : Mais luy en vint à telle superstition, qu'il ordonna par parolles expresses de son testament, qu'on luy attachast des calessons, quand il seroit mort. Il devoit adjouster par codicille, que celuy qui les luy monteroit eust les yeux bandez. L'ordonnance que Cyrus faict à ses enfans, que ny eux, ny autre, ne voye et touche son corps, apres que l'ame en sera separee : je l'attribue à quelque siene devotion : Car et son Historien et luy, entre leurs grandes qualitez, ont semé par tout le cours de leur vie, un singulier soin et reverence à la religion. 

Ce conte me despleut, qu'un grand me fit d'un mien allié, homme assez cogneu et en paix et en guerre. C'est que mourant bien vieil en sa cour, tourmenté de douleurs extremes de la pierre, il amusa toutes ses heures dernieres avec un soing vehement, à disposer l'honneur et la ceremonie de son enterrement : et somma toute la noblesse qui le visitoit, de luy donner parolle d'assister à son convoy. A ce Prince mesme, qui le vid sur ces derniers traits, il fit une instante supplication que sa maison fust commandee de s'y trouver ; employant plusieurs exemples et raisons, à prouver que c'estoit chose qui appartenoit à un homme de sa sorte : et sembla expirer content ayant retiré cette promesse, et ordonné à son gré la distribution, et ordre de sa montre. Je n'ay guere veu de vanité si perseverante.

Cette autre curiosité contraire, en laquelle je n'ay point aussi faute d'exemple domestique, me semble germaine à ceste-cy : d'aller se soignant et passionnant à ce dernier poinct, à regler son convoy, à quelque particuliere et inusitee parsimonie, à un serviteur et une lanterne. Je voy louer cett'humeur, et l'ordonnance de Marcus Æmylius Lepidus, qui deffendit à ses heritiers d'employer pour luy les ceremonies qu'on avoit accoustumé en telles choses. Est-ce encore temperance et frugalité, d'eviter la despence et la volupté, desquelles l'usage et la cognoissance nous est imperceptible ? Voila une aisee reformation et de peu de coust. S'il estoit besoin d'en ordonner, je seroy d'advis, qu'en celle là, comme en toutes actions de la vie, chascun en rapportast la regle, au degré de sa fortune. Et le Philosophe Lycon prescrit sagement à ses amis, de mettre son corps où ils adviseront pour le mieux : et quant aux funerailles, de les faire ny superflues ny mechaniques. Je lairrois purement la coustume ordonner de cette ceremonie, et m'en remettray à la discretion des premiers à qui je tomberay en charge. Totus hic locus est contemnendus in nobis, non negligendus in nostris. Et est sainctement dict à un sainct : Curatio funeris, conditio sepulturæ, pompa exequiarum, magis sunt vivorum solatia, quàm subsidia mortuorum. Pourtant Socrates à Criton, qui sur l'heure de sa fin luy demande, comment il veut estre enterré : Comme vous voudrez, respond-il. Si j'avois à m'en empescher plus avant, je trouverois plus galand, d'imiter ceux qui entreprennent vivans et respirans, jouyr de l'ordre et honneur de leur sepulture : et qui se plaisent de voir en marbre leur morte contenance. Heureux qui sachent resjouyr et gratifier leur sens par l'insensibilité, et vivre de leur mort ! 

A peu, que je n'entre en haine irreconciliable contre toute domination populaire : quoy qu'elle me semble la plus naturelle et equitable : quand il me souvient de cette inhumaine injustice du peuple Athenien : de faire mourir sans remission, et sans les vouloir seulement ouïr en leurs defenses, ces braves capitaines, venants de gaigner contre les Lacedemoniens la bataille navalle pres les Isles Arginenses : la plus contestee, la plus forte bataille, que les Grecs aient onques donnee en mer de leurs forces : par ce qu'apres la victoire, ils avoient suivy les occasions que la loy de la guerre leur presentoit, plustost que de s'arrester à recueillir et inhumer leurs morts. Et rend cette execution plus odieuse, le faict de Diomedon. Cettuy cy est l'un des condamnez, homme de notable vertu, et militaire et politique : lequel se tirant avant pour parler, apres avoir ouy l'arrest de leur condemnation, et trouvant seulement lors temps de paisible audience, au lieu de s'en servir au bien de sa cause, et à descouvrir l'evidente iniquité d'une si cruelle conclusion, ne representa qu'un soin de la conservation de ses juges : priant les Dieux de tourner ce jugement à leur bien, et à fin que, par faute de rendre les voeux que luy et ses compagnons avoient voué, en recognoissance d'une si illustre fortune, ils n'attirassent l'ire des Dieux sur eux : les advertissant quels voeux c'estoient. Et sans dire autre chose, et sans marchander, s'achemina de ce pas courageusement au supplice. La fortune quelques annees apres les punit de mesme pain souppe. Car Chabrias capitaine general de leur armee de mer, ayant eu le dessus du combat contre Pollis Admiral de Sparte, en l'isle de Naxe, perdit le fruict tout net et content de sa victoire, tres-important à leurs affaires, pour n'encourir le malheur de cet exemple, et pour ne perdre peu de corps morts de ses amis, qui flottoyent en mer ; laissa voguer en sauveté un monde d'ennemis vivants, qui depuis leur feirent bien acheter cette importune superstition. 


Quoeris, quo jaceas, post obitum, loco ?
 Quo non nata jacent. 

 Cet autre redonne le sentiment du repos, à un corps sans ame, 


Neque sepulcrum, quo recipiat, habeat portum corporis :
 Ubi, remissa humana vita, corpus requiescat à malis.

Tout ainsi que nature nous faict voir, que plusieurs choses mortes ont encore des relations occultes à la vie. Le vin s'altere aux caves, selon aucunes mutations des saisons de sa vigne. Et la chair de venaison change d'estat aux saloirs et de goust, selon les loix de la chair vive, à ce qu'on dit.


MICHEL DE MONTAIGNE



Libro I
Capítulo III

NUESTROS DESEOS VAN MAS ALLA DE NOSOTROS MISMOS


Quienes acusan a los hombres de estar siempre pendientes de las cosas futuras, y nos enseñan a apoderarnos de los bienes presentes y a mantenernos tranquilos en esa posesión, ya que no podemos ejercer ningún poder sobre lo que vendrá, incluso aún menos que sobre lo pasado, ponen el dedo en el más común de los errores humanos, siempre y cuando se pueda llamar error algo a lo que la misma naturaleza nos encamina para favorecer la continuación de su obra, produciendo en nosotros,con mayor cuidado de nuestras acciones que de nuestro conocimiento, esta falsa imaginación entre tantas otras. Nunca estamos en nosotros mismos, siempre estamos más allá. El temor, el deseo, la esperanza, nos empujan hacia el futuro, y nos esconden el sentimiento y la consideración de lo que es, para distraernos con lo que será, incluso en un tiempo en el que ya no existiremos.


Calomitosus est animus futuri anxius.

 (Séneca, Epístola 98: "Desgraciada es la mente preocupada por el futuro".)

Este gran precepto es invocado a menudo en las páginas de Platón: "cumple con tu tarea y conócete a tí mismo". Las dos cosas constituyen la totalidad de nuestro deber y cada una de ellas presupone la otra. Quien tiene que cumplir con su tarea verá que su primera lección es conocer lo que él es y aquello que le es propio. Y quien se conoce no toma por propio lo que no le concierne: antes que nada se ama a sí mismo y cultiva su espíritu, rechaza las ocupaciones superfluas y evita los pensamientos y los juicios inútiles.

Ut stultitia etsi adepta est quod concupivit nunquam se tamen satis consecutam putat: sic sapientia semper eo contenta est quod adest, neque eam unquam sui poenitet.

 (Cicerón, Tusculanas, libro V, capítulo 18: "la locura, incluso si se le otorgase lo que desea no estaría satisfecha, pero la sabiduría disfruta de lo que tiene y no esta descontenta de sí misma".)

Epicuro dispensa al sabio que sigue sus ideas de la inquietud y de la previsión del porvenir.

Entre las leyes que incumben a los difuntos, me parece muy sólida la que prescribe que las acciones de los monarcas sean examinadas luego de su muerte. Estos son los iguales, cuando no los señores, de la ley; es razonable pues que el poder que la Justicia no tuvo sobre sus personas, lo posea sobre su reputación y sobre los bienes de sus sucesores: cosas que, con frecuencia, preferimos a la vida misma. Es una costumbre que procura singulares ventajas a los pueblos que la respetan, y que conviene a todos los buenos príncipes que lamentan que su memoria reciba el mismo trato que la de los malvados. El acatamiento y la obediencia son debidos a todo rey, ya que es lo que corresponde a su función; pero la estima y el afecto solamente los debemos a su virtud. Padezcámoslos pacientemente, por el orden político, cuando son indignos, ocultemos sus defectos, ayudemos con nuestro elogio sus acciones indiferentes tanto tiempo como su autoridad necesita de nuestro apoyo. Pero, una vez terminada nuestra relación, no hay razón para negarles a la justicia y a nuestra libertad la expresión de nuestros verdaderos sentimientos, ni, sobre todo, para negar a los buenos súbditos la gloria de haber servido, con reverencia y fidelidad, a un señor cuyos defectos eran bien conocidos, lo cual privaría a la posteridad de un ejemplo muy útil. Y quienes, debido a algún reconocimiento personal, abrazan injustamente la memoria de un soberano indigno de elogio, ejercen una justicia individual a expensas de la justicia pública. Tito Livio dice con razón que el lenguaje de los hombres educados bajo una monarquía está, siempre, repleto de locas ostentaciones y de vanos testimonios: todos elevan a su rey, sin reflexionar, al más alto grado de valía y de extrema grandeza.

Podemos reprobar la magnanimidad de esos dos soldados que le respondieron a Nerón en su propia cara. Habiendo Nerón preguntado a uno de ellos la causa por la cual éste lo odiaba: "Te amaba cuando lo merecías, pero después que te has vuelto parricida, incendiario, malabarista, cochero en el circo, te detesto tanto como lo mereces". El otro, habiéndole preguntado por qué quería matarlo: "Porque no encuentro otro remedio a tus continuas maldades". Pero los públicos y universales testimonios que han sido dados después de su muerte y para siempre jamás de su comportamiento tiránico y vil, ¿quén podría, en su sano juicio, reprobarlos?

Me desagrada que a una organización política tan perfecta como la lacedemonia se mezclase una ceremonia tan falsa. Al morir los reyes, todos los confederados y vecinos, todos los ilotas, hombres y mujeres, sin distinción, se cortaban la frente como manifestación de duelo y decían, en sus gritos y lamentaciones, que aquél, sin importar como hubiese sido, había sido el mejor rey de todos los suyos: atribuyendo al rango la alabanza que corresponde al mérito, y que corresponde al primer mérito así se encuentre en el más alejado y último rango. Aristóteles, que en todo se interesa, se interroga, respecto a la frase de Solón que dice que nadie antes de su muerte puede ser llamado feliz, si aquel que ha vivido y muerto correctamente, puede ser llamado feliz cuando carece de prestigio, cuando su descendencia es desgraciada. Mientras nos movemos, nuestros pensamientos nos llevan anticipadamente allí donde nos place, pero estando fuera de la existencia no tenemos ninguna comunicación con lo que es. Y lo mejor sería decirle a Solón que el hombre no es nunca feliz puesto que lo es cuando ya no existe.


Quiscam
 Vix radicitus e vita se tollit, et ejicit:
 Sed facit esse sui quiddam super inscius ipse,
 Nec removet satis a projecto corpore sese, et vindicat.

 (Lucrecio, De natura rerum, canto III: "Cada uno se arranca con dolor de la vida hasta la raíz, pero, incluso sin saberlo, se imagina que una parte de sí mismo le sobrevive; y no puede deshacerse y liberarse completamente de su cuerpo vencido por la muerte". Los versos de Lucrecio han sido modificados por Montaigne.)

Bertrand du Guesclin murió durante el sitio del castillo de Rangón en los alrededores de Puy en Auvernia. Los sitiados, que se rindieron después, fueron obligados a depositar las llaves del lugar sobre el cuerpo del difunto.

Bartolommeo da Alviana, general del ejército de los venecianos, murió a su servicio durante las guerras de Brescia, y como el cuerpo tenía que atravesar el Venovesado, tierra enemiga, para llegar a Venecia, la mayor parte del ejército pensaba que se debía pedir un salvoconducto para atravesar Verona. Pero Teodoro Trivulcio no estuvo de acuerdo y prefirió pasar por la fuerza, incluso si se corría el riesgo de una batalla: "No sería digno, decía, que aquel que en vida nunca temió a sus enemigos, muerto, diese muestras de temerlos." 

En verdad, en algo parecido, las leyes griegas instituían que aquel que pedía un cuerpo al enemigo a fin de inhumarlo, renunciase a la victoria, no siéndole posible erigir un monumento conmemorativo. Para el enemigo solicitado, en cambio, la situación era un título de victoria. Así fue como perdió Nicias la amplia ventaja que había ganado sobre los corintios. Y, por el contrario, Agesilao aseguró de tal forma la dudosa victoria que había obtenido sobre los beocios.

Estos hechos  podrían parecer extraños sino estubiese establecido desde siempre, no solamente prolongar el cuidado que tenemos de nosotros mismos más allá de esta vida, más aún la creencia de que, muy a menudo, los favores celestes nos acompañan a la tumba y se prolongan a nuestros restos. De lo cual hay tantos ejemplos antiguos, dejando aparte los nuestros, que no es necesario extenderme. Eduardo I, rey de Inglaterra, habiendo experimentado durante las largas guerras entre él y Roberto, rey de Escocia, hasta qué punto su presencia favorecía su empresa, otorgándole la victoria en todo aquello que emprendía personalmente, al morir, obligó a su hijo, por medio de un juramento solemne, a que luego de su muerte hiciese hervir su cuerpo para desprender la carne de los huesos, enterrase aquella y guardase los huesos y los llevase junto con él y con su ejército todas las veces que tuviese que ir a la guerra contra los escoceses. Como si el destino hubiese ligado inevitablemente la victoria a sus miembros.

Juan Ziska que turbó la paz en Bohemia para defender los errores de Wiclef, quiso que lo despellejasen después de su muerte y que con su piel se hiciese un tamboril para ser llevado a la guerra contra sus enemigos, estimando que esto prolongaría las ventajas obtenidas en las guerras que el había conducido contra ellos. Así era como algunos indios llevaban al combate contra los españoles el esqueleto de uno de sus capitanes en consideración de la buena suerte que había tenido en vida. Y otros pueblos de ese mismo mundo arrastran a la guerra los cuerpos de los hombres valientes que han muerto en sus batallas para que les sirvan de empuje y de buena fortuna.

Los primeros ejemplos reservan a la tumba solamente la reputación adquirida por las acciones pasadas, pero estos últimos pretenden conferirle además la facultad de actuar. El caso del capitán Bayard es más presentable, el cual al sentirse herido de muerte de un tiro de arcabuz en el cuerpo, y habiéndosele aconsejado dejar la batalla, respondió que de ninguna manera comenzaría al final de su vida a darle la espalda al enemigo; y después de combatir tanto como le duraron las fuerzas, sintiéndose desfallecer y no pudiéndose sostener a caballo, ordenó a su mayordomo que lo acostase al pie de un árbol pero que fuese de tal manera que pudiese morir con el rostro vuelto hacia el enemigo, cosa que hizo.

Me es necesario agregar este otro ejemplo, más notable desde este punto de vista que todos los precedentes. El emperador Maximiliano, bisabuelo del rey Felipe que hoy gobierna, era un príncipe dotado para todo de grandes cualidades, y entre otras de una belleza física singular. Pero entre sus características, estaba ésta, bien diferente de la conducta de los príncipes que para despachar los asuntos más importantes transforman en un trono su retrete: nunca hubo ayuda de cámara por íntimo que fuese a quien le haya permitido verlo en el excusado. Se ocultaba para orinar, tan escrupuloso como una doncella cuando se trataba de ocultar al médico o a quien fuese las partes que solemos mantener ocultas. Yo que tengo la boca tan desvergonzada padezco sin embargo, por naturaleza, de semejante pudor. Si no es por gran persuasión de la necesidad o de la voluptuosidad, apenas muestro a las miradas ajenas los miembros y acciones que nuestra costumbre ordena mantener cubiertos. Con lo cual sufro más limitaciones que las que estimo convenientes en un hombre y, sobre todo, en un hombre de mi profesión. Pero él llegó a tal grado de superstición que ordenó con palabras explícitas en su testamento que le pusiesen calzones una vez muerto. Y además tendría que haber agregado en un codicilo que el que se los pusiese tuviera los ojos vendados. La orden que Ciro da a sus hijos de que ni ellos ni nadie vean y toquen su cuerpo después que el alma se haya separado de él, yo la atribuyo a alguna devoción suya particular. Ya que su historiador y él mismo, entre sus grandes cualidades han sembrado en todo el curso de sus vidas un cuidado singular y la reverencia de la religión.

Este cuento que un grande me hizo de unos de mis parientes políticos, hombre bastante conocido tanto en la paz como en la guerra, me desagradó. Al llegarle la muerte, muy viejo en su corte, atormentado por los dolores extremos de la piedra, desperdició sus últimas horas en disponer, con cuidado vehemente, los honores y la ceremonia de su entierro y conminó a toda la nobleza que lo visitaba a darle su palabra de asistir a su cortejo fúnebre. A aquel mismo príncipe que lo vio en sus últimos momentos, le suplicó insistentemente que ordenase a toda su casa que asistiera al sepelio, empleando varios ejemplos y razones para probarle que era lo que correspondía a un hombre de su clase, y pareció morir contento habiendo obtenido esta promesa y ordenado según su voluntad la distribución y el orden de las suntuosas ceremonias. Casi no he visto vanidad tan persistente.

Este cuidado contrario, del cual tampoco carezco de ejemplos familiares, me parece ser pariente próximo de aquél, ocuparse de sí mismo y atormentarse hasta el punto de restringir su sepelio, con parcimonia minuciosa e inhabitual, a un servidor y a una lámpara.

Veo que esta actitud es ensalzada, y la disposición de Marco Emilio Lépido que prohibió a sus herederos emplear para él las ceremonias que la costumbre imponía en tales cosas. ¿Es, acaso, moderación y sobriedad evitar el gasto y el placer cuyo uso y conocimiento nos son imperceptibles? He aquí un cambio de conducta cómodo y que cuesta poco. Si en esto fuese necesario tomar disposiciones es mi opinión que cada uno, como para todas las acciones de la vida, aplique la regla de acuerdo con su condición social. Y el filósofo Licón ordena sabiamente a sus amigos poner su cuerpo donde mejor les parezca, y en cuanto a las exequias que éstas no sean ni superfluas ni mezquinas. Yo dejaré simplemente que la costumbre se encargue de esta ceremonia, y tendré confianza en el criterio del primero a quien incumba esta carga. Totus hic locus est contemnendus in nobis, non negligendus in nostris. (Cicerón, Tusculanas, 1, XLV: "Todo esto es un cuidado desdeñable para nosotros mismos, pero que no debemos descuidar para los nuestros".) Y santamente ha sido dicho por un santo: Curatio funeris, conditio sepulturae, pompa exequiarum magis sunt vivorum solatia quam subsidia mortuorum. (San Agustín, La ciudad de Dios, libro 1: "El cuidado de los funerales, la elección de la sepultura, la pompa de las exequias son más que nada consolaciones para los vivos antes que ayuda para los muertos".) Sin embargo, Sócrates a Critón que en la hora final le pregunta como quiere ser enterrado: "Como ustedes quieran", responde. Si tuviese que preocuparme aún más de todo esto, me parecería más astuto imitar a quienes comienzan, viviendo y respirando, a gozar del orden y honor de su sepultura y que disfrutan viendo en mármol su muerta actitud. Felices los que saben alegrar y complacer sus sentidos con la insensibilidad, y vivir de su muerte.

Apenas si me es necesario poco más para entrar en un odio irreconciliable contra toda dominación popular, a pesar de que me parezca la más natural y equitativa, cuando recuerdo esa injusticia inhumana del pueblo ateniense de condenar a muerte sin posibilidad de perdón, y sin siquiera querer escuchar su defensa, a esos bravos capitanes que acababan de ganar contra los lacedemonios la batalla naval cerca de las islas Arginusas, la más disputada, la más dura batalla que los griegos hayan dado jamás  con sus fuerzas en el mar, porque luego de la victoria habían seguido las oportunidades que la ley de la guerra les presentaba, antes que detenerse a recoger e inhumar a sus muertos. Y el ejemplo de Diomedón vuelve esta ejecución aún más odiosa. Este es uno de los condenados, hombre de notable virtud, militar y política, quien, al adelantarse para hablar, luego de haber escuchado la sentencia de su condena, y encontrando sólo entonces el momento de ser escuchado serenamente, en lugar de tratar de sacar provecho para su causa y de poner de manifiesto la evidente injusticia de una decisión tan cruel, no se preocupó sino de la preservación de sus jueces, rogando a los dioses que esa sentencia les fuese benéfica; y advirtió a los jueces cuales eran las promesas que él y sus compañeros habían hecho a los dioses en reconocimiento de tan ilustre fortuna, a fin de evitar que, quedando incumplidas, estos no atrayesen sobre sí mismos la ira divina. Y sin decir nada más, sin súplicas, se encaminó de inmediato, valientemente, hacia el suplicio.

La fortuna, algunos años después, los castigó de la misma manera. Ya que Cabrias, capitán general de la escuadra de los atenienses, al vencer en el combate contra Polis, almirante de Esparta, en la isla de Naxos, perdió el fruto neto y contante de su victoria, muy importante para los asuntos de Atenas, por no incurrir en la desgracia de aquel ejemplo. Y para no perder los pocos cuerpos muertos de sus amigos que flotaban en el mar, dejó navegar a salvo un mundo de enemigos vivos quienes, más tarde, les hicieron pagar con creces esta inoportuna superstición.


Quaeris quo jaceas post obitum loco?
 Quo non nata jacent.

(Séneca, Las troyanas, acto II: "¿Quieres saber dónde estarás después de tu muerte? Donde están aquellos que aún no han nacido.")

Este otro le otorga la sensación del reposo a un cuerpo sin alma:


Neque sepulchrum quo recipiat, habeat portum corporis,
 Ubi, remissa humana vita, corpus requiescat a malis

(Ennius citado por Cicerón en las Tusculanas: "Que no haya tumba para recibirlo, que no haya puerto donde, descargado del peso de la vida humana, su cuerpo descanse en paz.")

Del mismo modo que la naturaleza nos hace ver que muchas cosas muertas mantienen relaciones ocultas con la vida. El vino se altera en las bodegas siguiendo los cambios de las estaciones de la viña de la cual proviene. Y la carne de caza cambia de estado en los saladeros, y de sabor, según las leyes de la carne viva, según dicen.


Traducción de Miguel Ángel Frontán.

lunes, 12 de diciembre de 2011

Borges: Montaigne



MONTAIGNE
La más tranquila de las revoluciones francesas tal vez ocurrió así:
Michel Eyquem, señor de Montaigne, leía (releía) en su biblioteca las obras menores de Plutarco, vertidas al francés por Amyot. Sabemos que la biblioteca era circular y que abarcaba el segundo piso de una torre; nada nos costaría añadir que el fuego crepitaba en la chimenea, un fuego alegre de ser fuego y de dar calor a los hombres, y que el aullido inútil de un perro subía desde el patio. (Desde el patio, para Montaigne; desde el siglo XVI, para nosotros.) Pensándolo bien, no lo haremos; la buena literatura ha abusado de los rasgos circunstanciales, que ahora contaminan de irrealidad las cosas que tocan. No fingiremos haber recuperado increíblemente la hora de la noche, del día o del indistinto crepúsculo; bástenos conjeturar que en aquel momento releía el tratado en que se declara que a los tigres los exacerba el son del tambor y a los toros el color rojo. Al volver la hoja, su memoria le adelantó la continuación; la había leído muchas veces, y nada tal vez le importaba menos que el influjo de un color o un sonido sobre los animales. A esta comprobación trivial se agregaría otra, que le causó una leve sorpresa; le gustaba leer y seguir leyendo esas cosas no interesantes. Estas cosas me agradan, reflexionó, porque las escribe Plutarco. Montaigne había comprendido que el griego no era sólo un maestro y una doctrina, sino una entonación individual a la que se había acostumbrado, un hombre y su diálogo.
Desde aquel instante en que percibió que entre alguien y un libro puede existir una relación de amistad, Montaigne ya era el autor de una obra entrañable. Lo demás está en las enciclopedias. En 1580 aparecieron los Essais, el primer libro que deliberadamente busca lo que Plutarco halló en otro país, mediante otra lengua, al cabo de siglos de muerte: el afecto de un hombre desconocido. Los ensayos que abren el volumen son impersonales; también es lícito conjeturar que Montaigne se había propuesto compilar una miscelánea, una silva de varia lección, al gusto de la época, y que, releyendo sus borradores, reconoció en ellos su voz, el sonido de su alma, y decidió incorporarlos en una obra que fuera su verídica imagen.
Seguir la descendencia de la obra, la multiplicación de su linaje por toda Europa, sería reescribir la historia de la literatura.
Acuden a la memoria nombres ilustres; anotemos, al pasar, el de Boswell, que en lugar de mostrarse directamente, optó por incluirse en un grupo, como comparsa lateral y un poco ridícula, porque sabía que la ridiculez puede ser querible.
Para no ser indigno de la amistad de generaciones futuras, Montaigne, quizás sin proponérselo, hubo de acentuar algún rasgo; sus émulos, a lo largo del tiempo, exageraron ese procedimiento dramático y hay personajes —básteme recordar a Bloy y a Carlyle— de quienes no sabemos con certidumbre si son formas de la naturaleza o del arte. ¿Quién, entre los autobiógrafos, es un rostro y quién una máscara?

BORGES — Montaigne, Walt Whitman (Buenos Aires, Imprenta Francisco A. Colombo, 1957. Artículo incluido en Textos recobrados 1956-1986. Emecé Editores, 2003, 2007.)

domingo, 20 de septiembre de 2009

Montaigne y Ezequiel Martínez Estrada



La lengua castellana no tuvo su John Florio. Los Ensayos de Montaigne, condenados por la todopoderosa Inquisición española, fueron, durante casi trescientos años,  inaccesibles para el lector de lengua española que no pudiese leerlos en el texto original. Hay indicios de que Francisco de Quevedo habría hecho una traducción parcial, hoy, desgraciadamente, perdida. Fue sólo a fines del siglo XIX que Constantino Román y Salamero publicó la primera traducción integral de los Ensayos. Desde entonces distintas traducciones han aparecido. A nuestro entender, ninguna posee esa calidad literaria que hizo de la traducción de Florio una obra capital de la literatura inglesa. Existe, o pudo haber existido, para ser más precisos, una notable excepción: la traducción de Ezequiel Martínez Estrada. Decimos pudo porque Martínez Estrada no tuvo el tiempo ni la salud necesarios, ni seguramente los apoyos imprescindibles, para emprender una traducción completa. Le tocó vivir en un país que comenzaba la lenta e inexorable decadencia que ha hecho de la Argentina un país que en muy poco se parece al de las primeras décadas del siglo XX. Nos queda, sin embargo, un pequeño volumen, hoy casi ignorado, que le ha dado a Montaigne la mejor voz en lengua española, la más clara y precisa, y también la más bella, que posean los Ensayos.



Que Philosopher, c'est apprendre a mourir

CICERON dit que Philosopher ce n'est autre chose que s'aprester à la mort. C'est d'autant que l'estude et la contemplation retirent aucunement nostre ame hors de nous, et l'embesongnent à part du corps, qui est quelque apprentissage et ressemblance de la mort : Ou bien, c'est que toute la sagesse et discours du monde se resoult en fin à ce point, de nous apprendre a ne craindre point a mourir. De vray, ou la raison se mocque, ou elle ne doit viser qu'à nostre contentement, et tout son travail tendre en somme à nous faire bien vivre, et à nostre aise, comme dict la Saincte Escriture. Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est nostre but, quoy qu'elles en prennent divers moyens ; autrement on les chasseroit d'arrivée. Car qui escouteroit celuy, qui pour sa fin establiroit nostre peine et mesaise ?

Les dissentions des sectes Philosophiques en ce cas, sont verbales. Transcurramus solertissimas nugas. Il y a plus d'opiniastreté et de picoterie, qu'il n'appartient à une si saincte profession. Mais quelque personnage que l'homme entrepreigne, il jouë tousjours le sien parmy. Quoy qu'ils dient, en la vertu mesme, le dernier but de nostre visee, c'est la volupté. Il me plaist de battre leurs oreilles de ce mot, qui leur est si fort à contrecoeur : Et s'il signifie quelque supreme plaisir, et excessif contentement, il est mieux deu à l'assistance de la vertu, qu'à nulle autre assistance. Cette volupté pour estre plus gaillarde, nerveuse, robuste, virile, n'en est que plus serieusement voluptueuse. Et luy devions donner le nom du plaisir, plus favorable, plus doux et naturel : non celuy de la vigueur, duquel nous l'avons denommee. Cette autre volupté plus basse, si elle meritoit ce beau nom : ce devoit estre en concurrence, non par privilege. Je la trouve moins pure d'incommoditez et de traverses, que n'est la vertu. Outre que son goust est plus momentanee, fluide et caduque, elle a ses veilles, ses jeusnes, et ses travaux, et la sueur et le sang. Et en outre particulierement, ses passions trenchantes de tant de sortes ; et a son costé une satiete si lourde, qu'elle equipolle à penitence. Nous avons grand tort d'estimer que ses incommoditez luy servent d'aiguillon et de condiment à sa douceur, comme en nature le contraire se vivifie par son contraire : et de dire, quand nous venons à la vertu, que pareilles suittes et difficultez l'accablent, la rendent austere et inacessible. Là où beaucoup plus proprement qu'à la volupté, elles anoblissent, aiguisent, et rehaussent le plaisir divin et parfaict, qu'elle nous moienne. Celuy la est certes bien indigne de son accointance, qui contrepoise son coust, à son fruit : et n'en cognoist ny les graces ny l'usage. Ceux qui nous vont instruisant, que sa queste est scabreuse et laborieuse, sa jouïssance agreable : que nous disent-ils par là, sinon qu'elle est tousjours desagreable ? Car quel moien humain arriva jamais à sa jouïssance ? Les plus parfaits se sont bien contentez d'y aspirer, et de l'approcher, sans la posseder. Mais ils se trompent ; veu que de tous les plaisirs que nous cognoissons, la poursuite mesme en est plaisante. L'entreprise se sent de la qualité de la chose qu'elle regarde : car c'est une bonne portion de l'effect, et consubstancielle. L'heur et la beatitude qui reluit en la vertu, remplit toutes ses appartenances et avenues, jusques à la premiere entree et extreme barriere. [...]

Je nasquis entre unze heures et midi le dernier jour de Febvrier, mil cinq cens trente trois : comme nous contons à cette heure, commençant l'an en Janvier. Il n'y a justement que quinze jours que j'ay franchi 39. ans, il m'en faut pour le moins encore autant. Ce pendant s'empescher du pensement de chose si esloignee, ce seroit folie. Mais quoy ? les jeunes et les vieux laissent la vie de mesme condition. Nul n'en sort autrement que si tout presentement il y entroit, joinct qu'il n'est homme si décrepite tant qu'il voit Mathusalem devant, qui ne pense avoir encore vingt ans dans le corps. D'avantage, pauvre fol que tu es, qui t'a estably les termes de ta vie ? Tu te fondes sur les contes des Medecins. Regarde plustost l'effect et l'experience. Par le commun train des choses, tu vis pieça par faveur extraordinaire. Tu as passé les termes accoustumez de vivre : Et qu'il soit ainsi, conte de tes cognoissans, combien il en est mort avant ton aage, plus qu'il n'en y a qui l'ayent atteint : Et de ceux mesme qui ont annobli leur vie par renommee, fais en registre, et j'entreray en gageure d'en trouver plus qui sont morts, avant, qu'apres trente cinq ans. Il est plein de raison, et de pieté, de prendre exemple de l'humanité mesme de Jesus-Christ. Or il finit sa vie à trente et trois ans. Le plus grand homme, simplement homme, Alexandre, mourut aussi à ce terme.

Combien a la mort de façons de surprise ?


Quid quisque vitet, nunquam homini satis
Cautum est in horas.


Je laisse à part les fiebvres et les pleuresies. Qui eust jamais pensé qu'un Duc de Bretaigne deust estre estouffé de la presse, comme fut celuy là à l'entree du Pape Clement mon voisin, à Lyon ? N'as tu pas veu tuer un de nos Roys en se jouant ? et un de ses ancestres mourut il pas choqué par un pourceau ? Æschylus menassé de la cheute d'une maison, à beau se tenir à l'airte, le voyla assommé d'un toict de tortue, qui eschappa des pattes d'un Aigle en l'air : l'autre mourut d'un grain de raisin : un Empereur de l'egratigneure d'un peigne en se testonnant : Æmylius Lepidus pour avoir heurté du pied contre le seuil de son huis : Et Aufidius pour avoir choqué en entrant contre la porte de la chambre du conseil. Et entre les cuisses des femmes Cornelius Gallus preteur, Tigillinus Capitaine du guet à Rome, Ludovic fils de Guy de Gonsague, Marquis de Mantoüe. Et d'un encore pire exemple, Speusippus Philosophe Platonicien, et l'un de nos Papes. Le pauvre Bebius, Juge, cependant qu'il donne delay de huictaine à une partie, le voyla saisi, le sien de vivre estant expiré : Et Caius Julius medecin gressant les yeux d'un patient, voyla la mort qui clost les siens. Et s'il m'y faut mesler, un mien frere le Capitaine S. Martin, aagé de vingt trois ans, qui avoit desja faict assez bonne preuve de sa valeur, jouant à la paume, reçeut un coup d'esteuf, qui l'assena un peu au dessus de l'oreille droitte, sans aucune apparence de contusion, ny de blessure : il ne s'en assit, ny reposa : mais cinq ou six heures apres il mourut d'une Apoplexie que ce coup luy causa. Ces exemples si frequents et si ordinaires nous passans devant les yeux, comme est-il possible qu'on se puisse deffaire du pensement de la mort, et qu'à chasque instant il ne nous semble qu'elle nous tienne au collet ?

Qu'importe-il, me direz vous, comment que ce soit, pourveu qu'on ne s'en donne point de peine ? Je suis de cet advis : et en quelque maniere qu'on se puisse mettre à l'abri des coups, fust ce soubs la peau d'un veau, je ne suis pas homme qui y reculast : car il me suffit de passer à mon aise, et le meilleur jeu que je me puisse donner, je le prens, si peu glorieux au reste et exemplaire que vous voudrez.


prætulerim delirus inérsque videri,
Dum mea delectent mala me, vel denique fallant,
Quam sapere et ringi.


Mais c'est folie d'y penser arriver par là. Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils dansent, de mort nulles nouvelles. Tout cela est beau : mais aussi quand elle arrive, ou à eux ou à leurs femmes, enfans et amis, les surprenant en dessoude et au descouvert, quels tourmens, quels cris, quelle rage et quel desespoir les accable ? Vistes vous jamais rien si rabaissé, si changé, si confus ? Il y faut prouvoir de meilleure heure : Et cette nonchalance bestiale, quand elle pourroit loger en la teste d'un homme d'entendement (ce que je trouve entierement impossible) nous vend trop cher ses denrees. Si c'estoit ennemy qui se peust eviter, je conseillerois d'emprunter les armes de la coüardise : mais puis qu'il ne se peut ; puis qu'il vous attrappe fuyant et poltron aussi bien qu'honeste homme,


Nempe et fugacem persequitur virum,
Nec parcit imbellis juventæ
Poplitibus, timidoque tergo.


Et que nulle trampe de cuirasse vous couvre,


Ille licet ferro cautus se condat in ære,
Mors tamen inclusum protrahet inde caput.


aprenons à le soustenir de pied ferme, et à le combatre : Et pour commencer à luy oster son plus grand advantage contre nous, prenons voye toute contraire à la commune. Ostons luy l'estrangeté, pratiquons le, accoustumons le, n'ayons rien si souvent en la teste que la mort : à tous instans representons la à nostre imagination et en tous visages. Au broncher d'un cheval, à la cheute d'une tuille, à la moindre piqueure d'espeingle, remachons soudain, Et bien quand ce seroit la mort mesme ? et là dessus, roidissons nous, et nous efforçons. Parmy les festes et la joye, ayons tousjours ce refrein de la souvenance de nostre condition, et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir, que par fois il ne nous repasse en la memoire, en combien de sortes cette nostre allegresse est en butte à la mort, et de combien de prinses elle la menasse. Ainsi faisoient les Egyptiens, qui au milieu de leurs festins et parmy leur meilleure chere, faisoient apporter l'Anatomie seche d'un homme, pour servir d'avertissement aux conviez.


Omnem crede diem tibi diluxisse supremum,
Grata superveniet, quæ non sperabitur hora.


Il est incertain où la mort nous attende, attendons la par tout. La premeditation de la mort, est premeditation de la liberté. Qui a apris à mourir, il a desapris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie, pour celuy qui a bien comprins, que la privation de la vie n'est pas mal. Le sçavoir mourir nous afranchit de toute subjection et contraincte. Paulus Æmylius respondit à celuy, que ce miserable Roy de Macedoine son prisonnier luy envoyoit, pour le prier de ne le mener pas en son triomphe, Qu'il en face la requeste à soy mesme.

A la verité en toutes choses si nature ne preste un peu, il est mal-aysé que l'art et l'industrie aillent guiere avant. Je suis de moy-mesme non melancholique, mais songecreux : il n'est rien dequoy je me soye des tousjours plus entretenu que des imaginations de la mort ; voire en la saison la plus licentieuse de mon aage,


Jucundum cum ætas florida ver ageret.


Parmy les dames et les jeux, tel me pensoit empesché à digerer à part moy quelque jalousie, ou l'incertitude de quelque esperance, cependant que je m'entretenois de je ne sçay qui surpris les jours precedens d'une fievre chaude, et de sa fin au partir d'une feste pareille, et la teste pleine d'oisiveté, d'amour et de bon temps, comme moy : et qu'autant m'en pendoit à l'oreille.


Jam fuerit, nec post unquam revocare licebit.


Je ne ridois non plus le front de ce pensement là, que d'un autre. Il est impossible que d'arrivee nous ne sentions des piqueures de telles imaginations : mais en les maniant et repassant, au long aller, on les apprivoise sans doubte : Autrement de ma part je fusse en continuelle frayeur et frenesie : Car jamais homme ne se défia tant de sa vie, jamais homme ne feit moins d'estat de sa duree. Ny la santé, que j'ay jouy jusques à present tresvigoureuse et peu souvent interrompue, ne m'en alonge l'esperance, ny les maladies ne me l'acourcissent. A chaque minute il me semble que je m'eschappe. Et me rechante sans cesse, Tout ce qui peut estre faict un autre jour, le peut estre aujourd'huy. De vray les hazards et dangiers nous approchent peu ou rien de nostre fin : Et si nous pensons, combien il en reste, sans cet accident qui semblent nous menasser le plus, de millions d'autres sur nos testes, nous trouverons que gaillars et fievreux, en la mer et en nos maisons, en la bataille et en repos elle nous est égallement pres. Nemo altero fragilior est : nemo in crastinum sui certior.

Ce que j'ay affaire avant mourir, pour l'achever tout loisir me semble court, fust ce d'une heure. Quelcun feuilletant l'autre jour mes tablettes, trouva un memoire de quelque chose, que je vouloys estre faite apres ma mort : je luy dy, comme il estoit vray, que n'estant qu'à une lieue de ma maison, et sain et gaillard, je m'estoy hasté de l'escrire là, pour ne m'asseurer point d'arriver jusques chez moy. Comme celuy, qui continuellement me couve de mes pensees, et les couche en moy : je suis à toute heure preparé environ ce que je le puis estre : et ne m'advertira de rien de nouveau la survenance de la mort. Il faut estre tousjours botté et prest à partir, en tant que en nous est, et sur tout se garder qu'on n'aye lors affaire qu'à soy.


Quid brevi fortes jaculamur ævo
Multa ?


Car nous y aurons assez de besongne, sans autre surcrois. L'un se pleint plus que de la mort, dequoy elle luy rompt le train d'une belle victoire : l'autre qu'il luy faut desloger avant qu'avoir marié sa fille, ou contrerolé l'institution de ses enfans : l'un pleint la compagnie de sa femme, l'autre de son fils, comme commoditez principales de son estre.

Je suis pour cette heure en tel estat, Dieu mercy, que je puis desloger quand il luy plaira, sans regret de chose quelconque : Je me desnoue par tout : mes adieux sont tantost prins de chascun, sauf de moy. Jamais homme ne se prepara à quiter le monde plus purement et pleinement, et ne s'en desprint plus universellement que je m'attens de faire. Les plus mortes morts sont les plus saines.




Que filosofar es prepararse a morir
(Libro I, capítulo XIX)

Cicerón dice que filosofar no es otra cosa que disponerse a la muerte. Tan verdadero es este principio que el estudio y la contemplación alejan nuestra alma de nosotros y le dan trabajo independiente del cuerpo, que es cierto aprendizaje y semejanza de la muerte: o en otros términos, toda la sabiduría y razonamientos del mundo se reducen a enseñarnos a no tener miedo de morir. En verdad, o la razón nos burla, o no debe encaminarse sino a nuestro contentamiento, y todo su trabajo tender, en suma, a hacernos vivir bien y a gusto, como dice la Sagrada Escritura. Todas las opiniones del mundo coinciden en que el placer es nuestro fin, aunque se empleen diversos medios; pues de otra manera se las desdeñaría, pues ¿quién escucharía al que afirmara que el fin que debemos perseguir es la pena y la molestia?

Las disensiones entre las sectas filosóficas a este respecto son verbales: Transcurramus solertissimas nugas (No nos detengamos en vacuas bagatelas. Sénec, Epístola 117). Hay en ellas más terquedad y pillería de las que conviene a una profesión tan santa. Mas cualquiera sea el personaje que el hombre pinte, siempre pone en el retrato algo propio. Hay quienes dicen que aun en la virtud misma, el último fin de nuestra vida es el deleite. Me gusta hacer resonar en sus oídos esta palabra que les es tan desagradable. Y si ella significa algún placer supremo y excesivo contentamiento, se debe más bien a la asistencia de la virtud que a ninguna otra ayuda. Tal deleite por ser más vigoroso, nervioso, robusto, viril, no es menos seriamente voluptuoso. Debemos darle el nombre de placer, más adecuado, dulce y natural, no el de vigor de donde hemos derivado el nombre. Esa otra voluptuosidad más baja, si mereciese aquella hermosa denominación debiera aplicársele en concurrencia, no como un privilegio. La encuentro menos pura de molestias y dificultades que la virtud. Además su satisfacción es más momentánea, fluida y caduca. La acompañan vigilias, ayunos, trabajos, sudor y sangre. Tales pasiones particularmente devastadoras bajo múltiples aspectos, producen saciedad tan pesada que equivale a la penitencia. Nos equivocamos mucho al pensar que semejantes molestias aguijonean y sirven de condimento a la dulzura, como en la naturaleza lo contrario se vivifica por su contrario, es decir: cuando volvemos a la virtud que parecidos actos la consumen y la hacen austera e inaccesible, allí donde mucho más propiamente que a la voluptuosidad ennoblecen, aguijonean y realzan el placer divino y perfecto que nos procuran. Es indigno de la virtud quien examina y contrapone el coste al provecho, y desconoce su uso y sus gracias. Los que nos instruyen diciéndonos que su obtención es escabrosa y laboriosa y su goce placentero, ¿qué nos prueban con ello sino que es siempre desagradable? Porque, ¿qué medio humano alcanza nunca su disfrute? Los más perfectos se conforman con aproximarse a la virtud sin poseerla. Pero se equivocan, puesto que de cuantos placeres conocemos el propio intento de alcanzarlos es agradable. La empresa participa de la calidad de la cosa que se persigue, pues es una buena parte del fin y consustancial con él. El bien y la beatitud que resplandecen en la virtud llenan todas sus dependencias y avenidas, desde la primera entrada hasta la más apartada barrera. [...]

Yo nací entre once y doce de la mañana, el último día de febrero de mil quinientos treinta y tres, conforme con el cómputo actual que hace comenzar el año en enero. Hace quince días que pasé los treinta y nueve años, y puedo vivir todavía por lo menos otro tanto. Sin embargo, dejar de pensar en cosa tan lejana (como la muerte) sería locura. Pues dejan la vida jóvenes y viejos de igual modo. Ninguno sale de otro modo que como si entrara. Además no hay ningún hombre por decrépito que esté, que acordándose de Matusalén, no piense tener todavía veinte años en el cuerpo. Pero, pobre loco, ¿quién ha fijado el término de tu vida? Acaso te fundas para creer que sea larga, en el dictamen de los médicos. Observa más bien el consejo de la experiencia. Según la marcha común de las cosas, tú vives por gracia extraordinaria. Has pasado ya los términos acostumbrados del vivir. Y para que te persuadas de que así es la verdad, pasa revista a tus conocidos y verás cuántos han muerto antes de llegar a tu edad, más de los que la han alcanzado. Y de los que han ennoblecido su vida con la fama, piensa y apuesto a que hallarás muchos más que murieron antes que después de los treinta y cinco años. Es muy razonable y piadoso tomar ejemplo de la humanidad misma de Jesucristo, que acabó su vida a los treinta y tres años. El hombre más grande, pero que fue sólo hombre, Alejandro, murió al mismo término. ¿Cuántos medios de sorprendernos no tiene la muerte?


Quid quisque vitet, numquam homini satis
Cautum est in horas.


(El hombre no puede prever nunca, por avisado que sea, el peligro que le amenaza a cada instante. Horacio, Od., II, 13, 13.)
Dejando a un lado las fiebres y pleuresías, ¿quién hubiera jamás pensado que un duque de Bretaña hubiese de ser ahogado por la multitud como lo fue éste a la entrada del papa Clemente, mi paisano, en Lyón? ¿No has visto matar en un torneo a uno de nuestros reyes, en medio de fiestas y regocijos? Y uno de sus antepasados, ¿no murió atropellado por un cerdo? Amenazado Esquilo de que una casa lo aplastaría se mantuvo alerta: lo mismo pereció del golpe de una tortuga que en el aire se había desprendido de las patas de un águila; otro murió por un grano de uva; un emperador, con el arañazo de un peine mientras se peinaba; Emilio Lépido por haber tropezado en el umbral de su casa; Aufidio por haber chocado al entrar contra la puerta de la cámara del Consejo; y hallándose entre los muslos de las mujeres, Cornelio Galo, pretor; Tigelino, capitán de patrulla en Roma; Ludovico, hijo de Guido de Gonzaga, marqués de Mantua, y todavía de peor manera Espeusipo, filósofo platónico, y uno de nuestros Papas. El pobre Bebis, juez, mientras concedía prórroga de ocho días en una causa, expiró repentinamente; Cayo Julio, médico, mientras curaba los ojos de un enfermo la muerte le cerró los suyos, y si se me consiente citaré a un hermano mío, el capitán San Martín, de edad de veintitrés años, que había dado ya testimonio de su valer: jugando a la pelota recibió un golpe en la parte superior del oído derecho, sin apariencia alguna de contusión ni herida, no descansó ni reposoó, pero cinco o seis horas después murió de una apoplejía que le ocasionó el golpe. Con estos esjemplos tan frecuentes y extraordinarios, que pasan a diario ante nuestros ojos, ¿cómo es posible que podamos desligarnos del pensamiento de la muerte y a cada momento no se nos figure que nos atrapa por el cuello?

¡Qué importa, me diréis, que ocurra cuando quiera con tal que no se sufra agurdándola? También yo soy de ese parecer, y de cualquier suerte que uno pueda ponerse al reparo de sus golpes, aunque sea bajo la piel de una vaca, yo no retrocedería. Me basta vivir cómodo y procuro darme el mayor número posible de satisfacciones, por poco glorioso ni ejemplar que ello resulte,


Praetulerim delirus inersque videri,
Dum mea delectent mala me, vel denique fallant,
Quam sapere, et ringi.


(Prefiero pasar por loco o por necio, siempre que el error me sea grato, o que yo no lo advierta, mejor que ser cuerdo y estar rabiando. Horacio, Epístolas, II, 2, 126.)
Pero es locura pensar que eso conduzca a nada. Unos van, otros vienen, trotan, danzan pero de de la muerte nadie habla. Todo esto es muy hermoso. Mas cuando llega, para sí propios, o para sus mujeres, hijos o amigos, sorprendiéndolos de pronto y al descubierto, qué tormentos, qué gritos, qué rabia y qué desesperación los dominan. ¿Vísteis alguna vez nada tan abatido, cambiado, confuso? Necesario es ser previsor. Este descuido bestial, aunque pudiere alojarse en la cabeza de un hombre de entendimiento, lo que supongo imposible, bien caro nos cuesta. Si fuera enemigo que pudiéramos evitar, yo aconsejara tomar las armas de la cobardía. Pero como no se puede, puesto que atrapa igual al fugitivo y al poltrón que al valiente y al temerario,


Nempe et fugacem persequitur virum,
Nec parcit imbellis juventae
Poplitibus timidoque tergo.


(Persigue al que huye y castiga sin piedad al cobarde que vuelve la espalda. Horacio, Od. III, 18, 25.)
y ninguna coraza nos cubre,


Ille licet ferro cautus se condat in ære,
Mors tamen inclusum protrahet inde caput,


(Es inútil que os cubráis de hierro y bronce; la muerte os atajará bajo vuestra armadura. Propercio, IV, 18, 25.)
sepamos aguardar a pie firme, sepamos combatirla. Para empezar a despojarla de su principal ventaja contra nosotros, sigamos el camino opuesto al ordinario. Quitémosle la extrañeza, habituémonos, acostumbrémonos a ella, no pensemos en nada con más frecuencia que en la muerte. En todos los instantes tengámosla fija en la mente, y veámosla en todos los rostros. Al tropezar un caballo, al desprenderse una teja, al más leve pinchazo de alfiler, digamos enseguida: "Y bien, ¿cuando sería la misma muerte? Enderecémonos y esforcémonos". En medio de las fiestas y alegrías tengamos presente siempre el estribillo del recuerdo de nuestra condición; no dejemos que el placer nos domine ni se apodere de nosotros hasta el punto de olvidar de cuántos modos nuestra alegría se aproxima a la muerte y de cuán diversos otros estamos amenazados por ella. Así hacían los egipcios, que en medio de sus festines y en lo mejor de sus banquetes contemplaban un esqueleto para que sirviese de advertencia a los convidados:


Omnem crede diem tibi diluxisse supremum,
Grata superveniet, quæ non sperabitur hora.


(Imagina que cada día es el último que para ti alumbra, y agradecerás el amanecer que ya no esperabas. Horacio, Epíst. I, 4, 13.)
No sabemos dónde la muerte nos espera; aguardémosla en todas partes. La premeditación de la muerte es premeditación de la libertad. Quien ha aprendido a morir ha olvidado la servidumbre. Saber morir nos libra de toda sujeción. No existe el mal para quien ha comprendido que la privación de la vida no es un mal. Paulo Emilio respondió al emisario que le envió su prisionero al rey de Macedonia, para rogar que no le condujera en su trounfo: "Que se haga la súplica a sí mismo".

A la verdad, en todas las cosas, si la naturaleza no ayuda un poco, es difícil que ni el arte ni el ingenio las hagan prosperar. Yo no soy melancólico sino soñador. Nada hay de que me haya ocupado tanto en toda ocasión como de pensar en la muerte, aun en la época más licenciosa de mi edad:


Jucundum cum ætas florida ver ageret.


(Cuando mi edad florida gozaba su alegre primavera. Catulo LXVIII, 16.)
Hallándome entre las damas y en medio de diversiones y juegos, alguien creía que mi duelo era ocasionado por la pasión de los celos, o por incertidumbre en alguna esperanza; sin embargo, en lo que pensaba yo era en alguno que habiendo sido atacado, días antes, de fiebre, al salir de una fiesta parecida a la en que yo me encontraba, con la cabeza llena de ilusiones y el espíritu de contento, murió. Sonaba en mi oído el verso


Jam fuerit, nec post unquam revocare licebit.


(Muy pronto el tiempo presente desaparecerá y ya no podremos evocarle. Lucrecio, III, 915.)
Ni ese pensamiento ni otro arrugaban mi frente. Es imposible que al principio no sintamos las punzadas de tales ideas. Pero manejándolas con frecuencia, al fin se familiariza uno, sin duda. De otro modo, y por lo que se relaciona conmigo hallaríame en continuo horror y frenesí, pues jamás hombre alguno estuvo tan inseguro de su vida; jamás ningún hombre tuvo menos seguridad de la duración de la suya. Ni la salud que he gozado hasta hoy, vigorosa y en pocas ocasiones alterada, prolonga mi esperanza, ni las enfermedades la acortan. A cada momento me parece que me escapo. Y sin cesar me repito: Lo que pueda acontecer mañan, puede acontecer hoy". Los azares y los peligros nos acercan poco o nada a nuestro fin, y si reflexionamos cuántos accidentes pueden sobrevenir, además del que parece amenazarnos con mayor insistencia, y millones de otros que penden sobre nuestras cabezas, hallaremos que, frescos o febriles, en la mar o en nuestras casas, en la batalla o en el reposo, nos siguen de cerca: Nemo alteror fragilior est: nemo in crastinum sui certior (Ningún hombre es más frágil que los demás; ninguno tampoco está más seguro del día siguiente. Séneca, Epíst., 91). Para lo que he de ejecutar antes de morir, para concluirlo, todo plazo se me antoja largo, hasta el de una hora.

Alguien hojeando el otro día mis apuntes encontró una nota de algo que yo quería que se ejecutara después de mi muerte. Le dije, como era la verdad, que hallándola cuando la escribí a una legua de mi casa, habíame apresurado a asentarla, porque no tenía la certeza de poder regresar. Ahora en todo momento me encuentro preparado, y la llegada de la muerte no me sorprenderá, ni me enseñará nada nuevo. Es preciso estar siempre calzado y presto a partir, en cuanto de nosotros dependa y, sobre todo, guardarse de tener otro asunto que atender más que uno mismo


Quid brevi fortes jaculamur aevo
Multat ?


(¿Por qué en una existencia tan corta formar tan vastos proyectos? Horacio, Od. II, 16, 17.)
Necesitaremos de nosotros sin otra sobrecarga. Uno se queja más que de la muerte de que le interrumpa la marcha de una hermosa victoria; otro de que le es preciso partir antes de haber casado a su hija o acabado la educación de sus hijos; uno lamenta dejar la compañía de su mujer, otro la de su hijo, como comodidades principales de su vida.

Tan preparado me encuentro, a Dios gracias, que puedo partir cuando al Señor le plazca, sin que nadie me apene. Me desligo de todo. Me despido a medias de cada uno, salvo de mí mismo. Jamás hombre alguno se dispuso a abandonar el mundo con mayor calma, más pura y plenamente, ni se desprendió más universalmente que yo espero hacerlo. Los muertos más muertos son los que no piensan en el último viaje.