jueves, 3 de septiembre de 2026

Luis Cernuda y Reginald Gibbons: Pasión por pasión

 
PASIÓN POR PASIÓN

Pasión por pasión. Amor por amor.

Estaba en una calle de ceniza, limitada por vastos edificios de arena. Allí encontré al placer. Le miré: en sus ojos vacíos había dos relojes pequeños; uno marchaba en sentido contrario al otro. En la comisura de los labios sostenía una flor mordida. Sobre los hombros llevaba una capa en jirones.

A su paso unas estrellas se apagaban, otras se encendían. Quise detenerle; mi brazo quedó inmóvil. Lloré, lloré tanto, que hubiera podido llenar sus órbitas vacías. Entonces amaneció.

Comprendí por qué llaman prudente a un hombre sin cabeza.

 LUIS CERNUDA

PASSION FOR PASSION

Passion for passion. Love for love.

I was in a street of ash, lined with huge buildings of sand. I found pleasure there. I looked at him: in his empty eyes there were two tiny clocks; they ran in opposite directions. He held a flower in the corner of his mouth, bitten and broken. The cape on his shoulders was in shreds.

As he passed, some stars began to die, others were being born. I tried to stop him. My arms hung motionless. I wept. I wept so much I could have filled his empty orbits. Then it was dawn.

I understood why a man is called prudent when headless.

Translated by REGINALD GIBBONS

Selected Poems of Luis Cernuda

Seaver Books, New York, 1986


PASSION POUR PASSION

Passion pour passion. Amour pour amour.

Je me trouvais dans une rue de cendres, bordée de vastes bâtiments de sable. C'est là que j'ai trouvé le plaisir. Je l'ai regardé : dans ses yeux vides, il y avait deux petites montres ; l'une tournait dans le sens inverse de l'autre. Au coin de ses lèvres, il tenait une fleur mordillée. Sur ses épaules, il portait une cape en lambeaux.

À son passage, certaines étoiles s’éteignaient, d’autres s’allumaient. J’ai voulu l’arrêter ; mon bras est resté immobile. J’ai pleuré, j’ai tant pleuré que j’aurais pu remplir ses orbites vides. Alors l’aube s’est levée.

J’ai compris pourquoi on qualifie de prudent un homme sans tête.


Version française, pour Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán