LA MUERTE DE LUIS XIV
El 1er de septiembre de 1715, a las ocho y cuarenta y cinco de la mañana, tras unos ligeros suspiros y dos estertores, Luis XIV falleció en aquel palacio de Versalles que él mismo había construido con sus propias manos, como dice Saint-Simon. La noticia, por muy esperada que fuera, causó aún así el efecto de un rayo en aquella corte que, durante casi cincuenta años, había tenido la mirada fija constantemente en aquel todopoderoso, que había ajustado todos sus pensamientos a una sola mirada suya, que había considerado como un acontecimiento la más mínima de sus palabras y el más insignificante de sus gestos. Los más prudentes ya preparaban sus maniobras y orientaban su política. Muchos seguían indecisos y no sabían qué señor les otorgaría, durante la minoría de edad de Luis XV, aquel último documento que se había visto, a través de la puerta abierta del gabinete, escribir al rey sobre una mesita mientras los príncipes y los altos funcionarios salían acompañando a Nuestro Señor sacramentado; desconocían el contenido exacto de aquel codicilo de letras apretadas que el canciller Voisin había sacado de un sobre sin sellar para mostrárselo al duque de Orleáns. Estos se contentaban con preguntar en voz alta y correr a contar, en voz aún más alta, lo que habían oído en los salones, las antesalas y las escaleras. Otros, manteniéndose al margen, se retiraban a conversar en voz baja en el parque, donde el Neptuno y los tritones de bronce seguían vertiendo sus aguas espumosas en el estanque de mármol, ya enturbiado por las primeras hojas caídas del otoño. Contemplaban la ventana cerrada de aquella sala mortuoria en la que, antaño, era un honor insigne entrar a la hora del amanecer, y aquella mañana tenían la vaga sensación que producen ciertas puestas de sol; sentían que lo que desaparecía tras el horizonte no era un hombre, sino un siglo que se había resumido en el rey absoluto que acababa de fallecer.
Durante los veintitrés días de su enfermedad, Luis XIV había ofrecido el espectáculo más grandioso que ha visto la historia. El semidiós, que antaño, en medio de adulaciones unánimes, reinaba en un Olimpo, se había desvanecido; había quedado un anciano augusto, pero muy sencillo, que cumplía hasta el final su función de rey; un abuelo que confesaba ante un niño los gloriosos errores de su vida; un cristiano ya desprendido de la tierra y que se recogía en silencio durante largo rato antes de ir a rendir cuentas ante el juez soberano de sus decisiones, que tantas veces habían pesado sobre los destinos del mundo. Aquel enfermo de setenta y siete años, carcomido por la gangrena, había demostrado un heroísmo más excepcional que el valor en el campo de batalla: durante tres semanas había contemplado la muerte de frente, poniendo en orden hasta los asuntos más insignificantes con una calma incomparable, despidiéndose de los más humildes de sus sirvientes, diciéndoles adiós afectuosamente a todos aquellos que habían sido amigos de su juventud, prolongando su voluntad más allá incluso de esta vida sin hacerse ilusiones sobre el respeto que se tendría por sus últimas órdenes, organizando con una serenidad sin igual los preparativos de ese gran viaje, en el que ya no tenía que elaborar una lista de invitados como había hecho para Marly y Fontainebleau. Ni una sola nostalgia en ese hombre que lo había poseído todo y que iba a perderlo todo, ni un minuto de inquietud, ni una sola de esas palabras en las que se delata la debilidad del moribundo que se aferra a la existencia a punto de escapársele, como nos reveló Brienne en el ataque contra Mazarin; tampoco una de esas frases en las que se percibe el orgullo humano que se endurece y quiere seguir imponiendo su autoridad a esa Humanidad que está a punto de abandonar. Luis XIV, puede decirse, entró en la Eternidad con ese paso majestuoso y tranquilo con el que atravesaba la Galería de los Espejos ante todas las cabezas inclinadas.
Traducción, para Literatura & Traducciones, de Miguel Ángel Frontán
LA MORT DE LOUIS XIV
Le 1er septembre 1715, à huit heures trois quarts du
matin, après quelques petits soupirs et deux hoquets, Louis XIV s’éteignait
dans ce château de Versailles qu’il avait fait de ses mains, comme dit
Saint-Simon. La nouvelle, pour attendue qu’elle fût, produisait encore l’effet
d’un coup de foudre sur cette cour qui, pendant près de cinquante années, avait
eu constamment le regard fixé sur ce tout-puissant, qui avait réglé toutes ses
pensées sur un signe de ses yeux, qui avait considéré comme un événement la
moindre de ses paroles et le plus insignifiant de ses gestes. Les plus avisés
préparaient déjà leur manège et orientaient leur politique. Beaucoup flottaient
en¬core et ne savaient quel maître leur donnerait, durant la mino¬rité de Louis
XV, ce dernier papier qu’on avait vu, par la porte ouverte du cabinet, le Roi
écrire sur une petite table pendant que les princes et les grands officiers
reconduisaient Notre¬Seigneur ; ils ignoraient le contenu exact de ce codicille
aux lettres serrées que le chancelier Voisin avait tiré d’une enve¬loppe non
cachetée pour le montrer au duc d’Orléans. Ceux-là se contentaient d’interroger
bruyamment et de courir raconter plus bruyamment encore ce qu’ils avaient
appris à travers les salons, les antichambres, les escaliers. D’autres, se
tenant à l’écart, allaient s’entretenir à voix basse dans le parc où le
Nep¬tune et les Tritons de bronze continuaient de verser leurs eaux écumantes
dans le bassin de marbre troublé déjà par les premières feuilles tombées à
l’automne. Ils regardaient la fe¬nêtre close de cette chambre mortuaire où
c’était un honneur insigne que d’entrer jadis à l’heure du petit lever, et dans
cette matinée ils avaient la sensation vague que donnent certains couchers de
soleil ; ils sentaient que ce qui disparaissait der¬rière l’horizon ce n’était
pas un homme, mais un siècle qui s’était résumé dans le roi absolu qui venait
d’expirer.
Pendant les vingt-trois jours de sa maladie, Louis XIV
avait donné le plus grandiose spectacle qu’ait vu l’histoire. Le demi-dieu, qui
jadis, au milieu des adulations unanimes, trônait sur un Olympe, s’était
évanoui ; il était resté un vieillard auguste, mais très simple, accomplissant
jusqu’au bout sa fonction de roi, un aïeul se confessant devant un enfant des
glorieuses erreurs de sa vie, un chrétien déjà détaché de la terre et se
re-cueillant longuement avant d’aller rendre compte au souverain juge de ses
résolutions, qui si souvent avaient pesé sur les des-tinées du monde. Ce malade
de soixante-dix-sept ans rongé par la gangrène avait eu un héroïsme qui est
plus rare que le cou¬rage du champ de bataille : il avait pendant trois
semaines en¬visagé la mort en face, mettant ordre aux moindres affaires avec un
calme incomparable, adressant ses adieux aux plus humbles de ses serviteurs,
prenant congé affectueusement de tous ceux qui avaient été les amis de sa
jeunesse, prolongeant sa volonté au-delà même de cette vie sans se faire
d’illusion sur le respect qu’on aurait pour ses derniers ordres, réglant avec
une sérénité sans égale les préparatifs de ce grand voyage, où il n’avait plus
à dresser de liste d’invitations comme pour Marly et pour Fontainebleau. Pas un
regret chez cet homme qui avait tout possédé et qui allait tout perdre, pas une
minute de trouble, pas une de ces paroles où se trahit la faiblesse du mourant
qui se cramponne à l’existence prête à lui échapper, comme Brienne nous en a révélé
à la charge de Mazarin ; pas une de ces phrases non plus où l’on sent l’orgueil
humain qui se raidit et veut en imposer encore à cette Humanité qu’il va
quitter. Louis XIV, on peut le dire, est entré dans l’Éternité de ce pas
majestueux et tranquille dont il traversait la galerie des Glaces devant tous
les fronts inclinés.
La Mort de Louis XIV. Journal des Anthoine
Introduction d’Édouard Drumont


