miércoles, 20 de enero de 2010

Octave Mirbeau: El jardín de los suplicios



Le jardin des supplices

Première partie

En mission


Avant de raconter un des plus effroyables épisodes de mon voyage en Extrême-Orient, il est peut-être intéressant que j’explique brièvement dans quelles conditions je fus amené à l’entreprendre. C’est de l’histoire contemporaine.

À ceux qui seraient tentés de s’étonner de l’anonymat que, en ce qui me concerne, j’ai tenu à garder jalousement au cours de ce véridique et douloureux récit, je dirai : « Peu importe mon nom!… C’est le nom de quelqu’un qui causa beaucoup de mal aux autres et à lui-même, plus encore à lui-même qu’aux autres, et qui, après bien des secousses, pour être descendu, un jour, jusqu’au fond du désir humain, essaie de se refaire une âme dans la solitude et dans l’obscurité. Paix aux cendres de son péché. »

I

Il y a douze ans, ne sachant plus que faire et condamné par une série de malchances à la dure nécessité de me pendre ou de m’aller jeter dans la Seine, je me présentai aux élections législatives — suprême ressource —, en un département où, d’ailleurs, je ne connaissais personne et n’avais jamais mis les pieds.

Il est vrai que ma candidature était officieusement soutenue par le Cabinet qui, ne sachant non plus que faire de moi, trouvait ainsi un ingénieux et délicat moyen de se débarrasser, une fois pour toutes, de mes quotidiennes, de mes harcelantes sollicitations.

À cette occasion, j’eus avec le ministre, qui était mon ami et mon ancien camarade de collège, une entrevue solennelle et familière, tout ensemble.

— Tu vois combien nous sommes gentils pour toi!… me dit ce puissant, ce généreux ami… À peine nous t’avons retiré des griffes de la justice — et nous y avons eu du mal — que nous allons faire de toi un député.

— Je ne suis pas encore nommé… dis-je d’un ton grincheux.

— Sans doute!… mais tu as toutes les chances… Intelligent, séduisant de ta personne, prodigue, bon garçon quand tu le veux, tu possèdes le don souverain de plaire… Les hommes à femmes, mon cher, sont toujours des hommes à foule… Je réponds de toi… Il s’agit de bien comprendre la situation… Du reste elle est très simple…

Et il me recommanda :

— Surtout pas de politique!… Ne t’engage pas… ne t’emballe pas!… Il y a dans la circonscription que je t’ai choisie une question qui domine toutes les autres : la betterave… Le reste ne compte pas et regarde le préfet… Tu es un candidat purement agricole… mieux que cela, exclusivement betteravier… Ne l’oublie point… Quoi qu’il puisse arriver au cours de la lutte, maintiens-toi, inébranlable, sur cette plate-forme excellente… Connais-tu un peu la betterave?…

— Ma foi! non, répondis-je… Je sais seulement, comme tout le monde, qu’on en tire du sucre… et de l’alcool.

— Bravo! cela suffit, applaudit le ministre avec une rassurante et cordiale autorité… Marche carrément sur cette donnée… Promets des rendements fabuleux… des engrais chimiques extraordinaires et gratuits… des chemins de fer, des canaux, des routes pour la circulation de cet intéressant et patriotique légume… Annonce des dégrèvements d’impôts, des primes aux cultivateurs, des droits féroces sur les matières concurrentes… tout ce que tu voudras!… Dans cet ordre de choses, tu as carte blanche, et je t’aiderai… Mais ne te laisse pas entraîner à des polémiques personnelles ou générales qui pourraient te devenir dangereuses et, avec ton élection, compromettre le prestige de la République… Car, entre nous, mon vieux — je ne te reproche rien, je constate, seulement —, tu as un passé plutôt gênant…
Je n’étais pas en veine de rire… Vexé par cette réflexion, qui me parut inutile et désobligeante, je répliquai vivement, en regardant bien en face mon ami, qui put lire dans mes yeux ce que j’y avais accumulé de menaces nettes et froides :

— Tu pourrais dire plus justement : « Nous avons un passé… » Il me semble que le tien, cher camarade, n’a rien à envier au mien…

—Oh, moi!… fit le ministre avec un air de détachement supérieur et de confortable insouciance, ce n’est pas la même chose… Moi… mon petit… je suis couvert… par la France!

Et, revenant à mon élection, il ajouta :

— Donc, je me résume… De la betterave, encore de la betterave, toujours de la betterave!… Tel est ton programme… Veille à n’en pas sortir.

Puis il me remit discrètement quelques fonds et me souhaita bonne chance.

Ce programme, que m’avait tracé mon puissant ami, je le suivis fidèlement, et j’eus tort… Je ne fus pas élu. L’écrasante majorité qui échut à mon adversaire, je l’attribue, en dehors de certaines manœuvres déloyales, à ceci que ce diable d’homme était encore plus ignorant que moi et d’une canaillerie plus notoire.

Constatons en passant qu’une canaillerie bien étalée, à l’époque où nous sommes, tient lieu de toutes les qualités et que plus un homme est infâme, plus on est disposé à lui reconnaître de force intellectuelle et de valeur morale.

Mon adversaire, qui est aujourd’hui une des illustrations les moins discutables de la politique, avait volé en maintes circonstances de sa vie. Et sa supériorité lui venait de ce que, loin de s’en cacher, il s’en vantait avec le plus révoltant cynisme.

— J’ai volé… j’ai volé… clamait-il par les rues des villages, sur les places publiques des villes, le long des routes, dans les champs…

— J’ai volé… j’ai volé… publiait-il en ses professions de foi, affiches murales et confidentielles circulaires…

Et, dans les cabarets, juchés sur des tonneaux, ses agents, tout barbouillés de vin et congestionnés d’alcool, répétaient, trompetaient ces mots magiques :

— Il a volé… il a volé…

Émerveillées, les laborieuses populations des villes, non moins que les vaillantes populations des campagnes acclamaient cet homme hardi avec une frénésie qui, chaque jour, allait grandissant, en raison directe de la frénésie de ses aveux.

Comment pouvais-je lutter contre un tel rival, possédant de tels états de service, moi qui n’avais encore sur la conscience, et les dissimulais pudiquement, que de menues peccadilles de jeunesse, telles que vols domestiques, rançons de maîtresses, tricheries au jeu, chantages, lettres anonymes, délations et faux?… Ô candeur des ignorantes juvénilités!

Je faillis même, un soir, dans une réunion publique, être assommé par des électeurs furieux de ce que, en présence des scandaleuses déclarations de mon adversaire, j’eusse revendiqué, avec la suprématie des betteraves, le droit à la vertu, à la morale, à la probité, et proclamé la nécessité de nettoyer la République des ordures individuelles qui la déshonoraient. On se rua sur moi; on me prit à la gorge; on se passa, de poings en poings, ma personne soulevée et ballottante comme un paquet… Par bonheur, je me tirai de cet accès d’éloquence avec, seulement, une fluxion à la joue, trois côtes meurtries et six dents cassées…

C’est tout ce que je rapportai de cette désastreuse aventure, où m’avait si malencontreusement conduit la protection d’un ministre qui se disait mon ami.

J’étais outré.

J’avais d’autant plus le droit d’être outré que, tout d’un coup, au plus fort de la bataille, le gouvernement m’abandonnait, me laissait sans soutien, avec ma seule betterave comme amulette, pour s’entendre et pour traiter avec mon adversaire.

Le préfet, d’abord très humble, n’avait pas tardé à devenir très insolent; puis il me refusait les renseignements utiles à mon élection; enfin, il me fermait, ou à peu près, sa porte. Le ministre lui-même ne répondait plus à mes lettres, ne m’accordait rien de ce que je lui demandais, et les journaux dévoués dirigeaient contre moi de sourdes attaques, de pénibles allusions, sous des proses polies et fleuries. On n’allait pas jusqu’à me combattre officiellement, mais il était clair, pour tout le monde, qu’on me lâchait… Ah! je crois bien que jamais tant de fiel n’entra dans l’âme d’un homme!

De retour à Paris, fermement résolu à faire un éclat, au risque de tout perdre, j’exigeai des explications du ministre que mon attitude rendit aussitôt accommodant et souple…

— Mon cher, me dit-il, je suis au regret de ce qui t’arrive… Parole!… tu m’en vois tout ce qu’il y a de plus désolé. Mais que pouvais-je?… Je ne suis pas le seul, dans le Cabinet… et…

— Je ne connais que toi! interrompis-je violemment, en faisant sauter une pile de dossiers qui se trouvait, sur son bureau, à portée de main… Les autres ne me regardent pas… Les autres, ça n’est pas mon affaire… Il n’y a que toi… Tu m’as trahi; c’est ignoble!…

— Mais, sapristi!… Écoute-moi un peu, voyons! supplia le ministre. Et ne t’emporte pas, comme ça, avant de savoir…

— Je ne sais qu’une chose, et elle me suffit. Tu t’es payé ma tête… Eh bien, non, non! Ça ne se passera pas comme tu le crois… À mon tour, maintenant.

Je marchais dans le bureau, proférant des menaces, distribuant des bourrades aux chaises…

—Ah! ah! tu t’es payé ma tête!… Nous allons donc rire un peu… Le pays saura donc, enfin, ce que c’est qu’un ministre… Au risque de l’empoisonner, le pays, je vais donc lui montrer, lui ouvrir toute grande l’âme d’un ministre… Imbécile!… Tu n’as donc pas compris que je te tiens, toi, ta fortune, tes secrets, ton portefeuille!… Ah! mon passé te gêne?… Il gêne ta pudeur et la pudeur de Marianne?… Eh bien, attends!… Demain, oui, demain, on saura tout…

Je suffoquais de colère. Le ministre essaya de me calmer, me prit par le bras, m’attira doucement vers le fauteuil que je venais de quitter en bourrasque…

— Mais, tais-toi donc! me dit-il, en donnant à sa voix des intonations supplicatrices… Écoute-moi, je t’en prie!… Assieds-toi, voyons!… Diable d’homme qui ne veut rien entendre! Tiens, voici ce qui s’est passé…

Très vite, en phrases courtes, hachées, tremblantes, il débita :

— Nous ne connaissions pas ton concurrent… Il s’est révélé, dans la lutte, comme un homme très fort… comme un véritable homme d’État!… Tu sais combien est restreint le personnel ministrable… Bien que ce soient toujours les mêmes qui reviennent, nous avons besoin, de temps en temps, de montrer une figure nouvelle à la Chambre et au pays… Or, il n’y en a pas… En connais-tu, toi?… Eh bien, nous avons pensé que ton concurrent pouvait être une de ces figures-là… Il a toutes les qualités qui conviennent à un ministre provisoire, à un ministre de crise… Enfin, comme il était achetable et livrable, séance tenante, comprends-tu?… C’est fâcheux pour toi, je l’avoue… Mais les intérêts du pays, d’abord…

— Ne dis donc pas de blagues… Nous ne sommes pas à la Chambre, ici… Il ne s’agit pas des intérêts du pays, dont tu te moques, et moi aussi… Il s’agit de moi… Or, je suis, grâce à toi, sur le pavé. Hier soir, le caissier de mon tripot m’a refusé cent sous, insolemment… Mes créanciers, qui avaient compté sur un succès, furieux de mon échec, me pourchassent comme un lièvre… On va me vendre… Aujourd’hui, je n’ai même pas de quoi dîner… Et tu t’imagines bonnement que cela peut se passer ainsi?… Tu es donc devenu bête… aussi bête qu’un membre de ta majorité?…

Le ministre souriait. Il me tapota les genoux, familièrement, et me dit :

— Je suis tout disposé — mais tu ne me laisses pas parler — je suis tout disposé à t’accorder une compensation…

— Une ré-pa-ra-tion!

— Une réparation, soit!

—Complète?

— Complète!… Reviens dans quelques jours… Je serai, sans doute, à même de te l’offrir. En attendant, voici cent louis… C’est tout ce qui me reste des fonds secrets…

Il ajouta, gentiment, avec une gaieté cordiale :

— Une demi-douzaine de gaillards comme toi… et il n’y a plus de budget!…

Cette libéralité, que je n’espérais pas si importante, eut le pouvoir de calmer instantanément mes nerfs… J’empochai — en grognant encore, toutefois, car je ne voulais pas me montrer désarmé, ni satisfait — les deux billets que me tendait, en souriant, mon ami… et je me retirai dignement…

Les trois jours qui suivirent, je les passai dans les plus basses débauches…

OCTAVE MIRBEAU


El jardín de los suplicios

Primera parte

En misión



En misión

Antes de relatar uno de los más horrendos episodios de mi viaje a Extremo Oriente, quizás sea interesante que explique brevemente en qué condiciones me vi llevado a emprenderlo. Es una página de historia contemporánea.

A quienes pudiese parecerle extraño el anonimato que, en lo que a mí respecta, he querido guardar celosamente a lo largo de este verídico y doloroso relato, les diré: “¡Poco importa mi nombre!... Es el nombre de alguien que ha hecho mucho daño a los demás y también a sí mismo, más aún a sí mismo que a los demás, y que, después de los muchos sufrimientos que le valió el haber descendido un día hasta lo más hondo de los deseos humanos, intenta regenerar su alma en la soledad y en la oscuridad. ¡Paz a las cenizas de su pecado!”

I

Hace doce años, sin saber ya qué hacer, y condenado por una serie de desgracias a la dura necesidad de ahorcarme o de tirarme al Sena, me presenté a las elecciones legislativas —último recurso— en un departamento en el que, por otra parte, no conocía a nadie y en el que nunca había puesto los pies.

Es cierto que mi candidatura gozaba del apoyo oficioso del Gobierno, que, como tampoco sabía ya qué hacer conmigo, encontraba así una ingeniosa y delicada manera de librarse, de una vez por todas, de mis cotidianas e importunas solicitaciones.

Con tal motivo, tuve con el ministro, que era amigo mío y ex compañero de colegio, una entrevista solemne y familiar a la vez.

—Ya ves lo buenos que somos contigo… —me dijo ese poderoso, ese generoso amigo—. Apenas acabamos de sacarte de entre las garras de la justicia, cosa que nos costó mucho, y ya vamos a hacer de ti un diputado.

—Todavía no tengo el nombramiento… —dije con voz malhumorada.

—¡Puede ser!…, pero llevas todas las de ganar… Inteligente, de presencia seductora, pródigo, buen chico cuando quieres serlo, posees el don soberano de caer bien… Los hombres que conquistan a las mujeres, mi querido amigo, son siempre hombres que conquistan a la multitud… Respondo por ti… Se trata de entender bien la situación…, que, por otra parte, es muy sencilla…

Y me hizo estas recomendaciones:

—Sobre todo, ¡nada de política!… No te comprometas a nada…, no te embales… En la circunscripción que he elegido para ti hay una cuestión que domina a todas las demás: la remolacha… Lo demás no importa y de ello se ocupa el prefecto … Tú eres un candidato puramente agrícola…, más aún, exclusivamente remolachero… No vayas a olvidarlo… Pase lo que pase durante la lucha, mantente inconmovible en esa excelente plataforma … ¿Sabes algo de remolachas?...

—¡La verdad que no! —le respondí—. Lo único que sé, como todo el mundo, es que de ella se saca azúcar… y alcohol.

—¡Bravo!, con eso basta —aplaudió el ministro con tranquilizadora y cordial autoridad—. Actúa resueltamente con esos datos en la mano… Promete rendimientos fabulosos…, abonos químicos extraordinarios y gratuitos…, ferrocarriles, canales, carreteras para la circulación de esa interesante y patriótica hortaliza… Anuncia desgravaciones de impuestos, primas para los agricultores, tasas feroces sobre las materias competidoras…, ¡todo lo que quieras!... En ese orden de cosas tienes carta blanca y yo te ayudaré… Pero no te enredes en polémicas personales o generales que podrían resultar peligrosas para ti y comprometer, junto con tu elección, el prestigio de la República… Ya que, dicho sea entre nosotros, mi querido amigo —no te reprocho nada, sólo constato—, tienes un pasado más bien embarazoso…

Yo no estaba para bromas… Molesto por esa reflexión, que me pareció inútil y descortés, repliqué vivamente, mirando a la cara a mi amigo, que pudo leer en mis ojos todas las amenazas precisas y frías que había acumulado en ellos:

— Con más razón podrías decir: “tenemos un pasado”… Me parece que el tuyo, compañero, no tiene nada que envidiarle al mío…

—¡Ah, yo!… —dijo el ministro, con aire de superior desapego y de cómoda despreocupación—. Yo…, no es lo mismo… Yo…, amiguito…, tengo las espaldas cubiertas… ¡por Francia!

Y volviendo al tema de mi elección, añadió:

—Entonces, resumiendo… ¡Remolacha, remolacha, y más remolacha!… Ése es tu programa… Procura no salirte de él.

Luego, discretamente, me entregó algunos fondos y me deseó buena suerte.

Seguí fielmente el programa que me trazó mi poderoso amigo, y me equivoqué… No me eligieron. La aplastante mayoría que obtuvo mi adversario se la atribuyo, dejando de lado ciertas maniobras desleales, al hecho de que aquel demonio de hombre era más ignorante aún que yo y de una ruindad más notoria.

Constatemos, de paso, que una ruindad bien ostentada, en los tiempos que corren, vale por todas las virtudes juntas, y que, cuanto más infame es un hombre, más fuerza intelectual y más valor moral están todos dispuestos a reconocerle.

Mi adversario, que es en la actualidad una de las celebridades menos discutibles de la política, había robado en muchas circunstancias de su vida. Y su superioridad procedía del hecho de que, lejos de ocultarlo, se jactaba de ello con el más indignante cinismo.

—He robado…, he robado… —proclamaba por las calles de los pueblos, en las plazas de las ciudades, a lo largo de los caminos, por los campos…

—He robado…, he robado… —publicaba en sus profesiones de fe, carteles murales y circulares confidenciales…

Y en las tabernas, encaramados en toneles, sus agentes, empachados de vino y congestionados por el aguardiente, repetían, trompeteaban estas palabras mágicas:

—Ha robado…, ha robado…

Maravilladas, las laboriosas poblaciones de las ciudades, así como las animosas poblaciones del campo, aclamaban a ese hombre intrépido con un frenesí que iba creciendo, día a día, en razón directa del frenesí de sus confesiones.

¿Cómo podía yo luchar contra semejante rival, que contaba con semejante hoja de servicios, yo que, por entonces, sólo tenía sobre la conciencia, y los disimulaba púdicamente, algunos menudos pecadillos de juventud, como robos domésticos, dinero que le había sacado a mis amantes, trampas en el juego, chantajes, anónimos, delaciones y falsificaciones?... ¡Oh, candor de la ignorante juventud!

Una noche, incluso, en el curso de una reunión pública, casi me matan a golpes unos electores que se pusieron furiosos porque, ante las escandalosas declaraciones de mi adversario, reivindiqué, junto con la supremacía de las remolachas, el derecho a la virtud, a la moral, a la probidad, y proclamé la necesidad de limpiar la República de las basuras individuales que la deshonraban. Se abalanzaron sobre mí; me agarraron del cuello; se pasaron de mano en mano mi persona, en vilo y zarandeada como si se tratara de un paquete… Felizmente, pude salir de ese rapto de elocuencia con tan solo un moretón en la mejilla, tres costillas magulladas y seis dientes partidos…

Fue todo lo que saqué de aquella desastrosa aventura a la que me llevó, tan desafortunadamente, la protección de un ministro que decía ser mi amigo.
Me sentía indignado.

Tanto más derecho tenía a sentirme indignado cuanto que, de golpe, en medio del fragor de la batalla, el gobierno me abandonó, me dejó sin apoyo, con mi remolacha tan sólo como amuleto, para entenderse con mi adversario y negociar con él.

El prefecto, muy humilde al principio, no tardó en volverse muy insolente; más tarde me negó informaciones útiles para mi elección; al final me cerró, o casi, la puerta. El propio ministro ya no contestaba a mis cartas, no me concedía nada de lo que le pedía, y los diarios adictos dirigían contra mí ataques solapados y penosas alusiones, envolviéndolo todo en una prosa educada y florida. No llegaban a declararme oficialmente la guerra, pero estaba claro para todo el mundo que me dejaban de lado… ¡Ah, estoy seguro de que nunca entró tanta hiel en el alma de un hombre!

De regreso a París, firmemente resuelto a armar un escándalo, aun a riesgo de perderlo todo, le exigí explicaciones al ministro, el que, ante mi actitud, se volvió en el acto complaciente y conciliador…

—Mi querido amigo —me dijo—, lamento tanto lo que te ocurre… ¡Palabra de honor!... Ya ves lo apenado que estoy. Pero, ¿qué podía hacer yo?... No estoy solo en el Gobierno… y …

—¡No conozco más que a ti! —lo interrumpí violentamente, haciendo saltar una pila de legajos que estaba en su escritorio al alcance de la mano—. Los demás no me conciernen… Los demás no son asunto mío… Para mí sólo cuentas tú… Me has traicionado, ¡es una infamia!...

—Pero, ¡qué diablos!... ¡Óyeme un poco, por favor! —suplicó el ministro—. Y no te pongas así de furioso, antes de saber…

—Sólo sé una cosa y con eso me basta. Me has tomado el pelo… Pues bien, ¡no y no! Las cosas no sucederán como tú te crees… Ahora me toca a mí.

Yo iba de un lado a otro por el despacho, profiriendo amenazas, dando golpes en las sillas…

—¡Ah, me has tomado el pelo!... Muy bien, entonces vamos a reírnos un poco… El país sabrá, por fin, lo que es un ministro… Aun a riesgo de envenenarlo, voy a mostrarle al país, abierta de par en par, el alma de un ministro… ¡Imbécil!... ¿No te has dado cuenta todavía de que te tengo en mis manos, a ti, tu fortuna, tus secretos, tu cartera?... ¡Ah!, ¿mi pasado te resulta molesto?... ¿Les resulta molesto a tu pudor y al de Marianne ?... Espera un poco, entonces… Mañana, sí, mañana se sabrá todo…
La rabia me ahogaba. El ministro trató de calmarme, me cogió del brazo, me llevó suavemente hacia el sillón del que yo acababa de levantarme de un salto…

—¡Pero cállate de una vez! —me dijo, dándole a su voz un tono de súplica—. ¡Te ruego que me escuches!... ¡Siéntate, vamos!... ¡Qué demonio de hombre, que no quiere entender razones! Mira, esto es lo que ha ocurrido…

Rápidamente, con frases breves, entrecortadas, temblorosas, soltó:

—No conocíamos a tu adversario… Ha revelado ser un hombre muy fuerte en la lucha…, ¡un auténtico hombre de Estado!... Ya sabes lo restringido que es el personal en condiciones de aspirar al cargo de ministro… Aunque son siempre los mismos los que vuelven, necesitamos mostrarles a la Cámara y al país, de vez en cuando, una cara nueva… Ahora bien, no tenemos ninguna… ¿Conoces alguna tú?... Pues bien, pensamos que tu competidor podía ser una de esas caras… Reúne todas las cualidades que debe tener un ministro provisional, un ministro de crisis… En fin, como estaba a buen precio y la entrega era inmediata, ¿me entiendes?... Es molesto para ti, lo reconozco… Pero los intereses del país, en primer lugar…

—No me vengas con chistes… Aquí no estamos en la Cámara… No se trata de los intereses del país, que te importan un rábano, y a mí también… Se trata de mí… Ahora bien, gracias a ti me he quedado en la calle. Anoche el cajero de mi garito me negó, de modo insolente, cinco francos… Mis acreedores, que confiaban en mi éxito, están furiosos con mi fracaso y me persiguen como a una liebre… Me van a embargar todo… Hoy no tengo ni para cenar… ¿Y tú te imaginas, tranquilamente, que esto puede quedar así?... ¿Te has vuelto idiota, acaso…, tan idiota como un miembro de tu mayoría?

El ministro sonreía. Me dio unos golpecitos en las rodillas, con familiaridad, y me dijo:

—Estoy muy dispuesto, pero tú no me dejas hablar, muy dispuesto a otorgarte una compensación…

—¡Una re-pa-ra-ción!

—¡Está bien, una reparación!

—¿Total?

—¡Total!... Vuelve a verme dentro de unos días… Ya estaré, sin duda, en condiciones de ofrecértela. Mientras tanto, aquí tienes cien luises… Es todo lo que me queda de los fondos secretos…

Añadió amablemente, con alegría cordial:

—Media docena de mocetones como tú…, ¡y adiós presupuesto!...

Aquella liberalidad, que yo no preveía tan importante, tuvo el poder de calmarme instantáneamente los nervios… Me metí en el bolsillo —mientras seguía protestando, sin embargo, porque no quería mostrarme desarmado ni satisfecho— los dos billetes que, sonriendo, me tendía mi amigo…, y me retiré dignamente…

Los tres días siguientes los pasé sumido en el más bajo libertinaje…

Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán, para EL OLIVO AZUL.

No hay comentarios:

Publicar un comentario en la entrada

Nota: solo los miembros de este blog pueden publicar comentarios.