viernes, 1 de enero de 2010

Léon Bloy por Octave Mirbeau




LÉON BLOY


« Je chemine au-devant de mes pensées en exil dans une grande colonne de silence. » Léon Bloy.


On parlait dernièrement, dans une élégante réunion d’hommes de lettres, de Léon Bloy et de son nouveau livre : La Femme pauvre, autour duquel la lâcheté des uns, la rancune des autres et l’incompréhension du plus grand nombre établissent une vaste zone de solitude et de silence, comme autour de la maison où meurt un pestiféré. Il n’y avait à cette réunion que de fort célèbres personnages, féministes gâteux, et pâteux psychologues, le col serré par une cravate à triple torsion, la boutonnière fleurie de toutes les légions d’honneur, et qui « tirent à dix mille exemplaires, pour le moins », de petites histoires tristement « cochonnes », où s’exalte l’âme des femmes de chambre, les seules aujourd’hui qui osent affronter l’inaffrontable et morne ennui du moderne.


Il va sans dire que Léon Bloy fut copieusement éreinté. On l’accusa de toutes les vilenies, on le couvrit de tous les opprobres. Quelqu’un qui fût entré là sans préparation, eût tout de suite pensé qu’il s’agissait d’un criminel, ayant inventé une nouvelle épouvante. Évidemment, si, au lieu d’être coupable d’un beau et douloureux livre, Léon Bloy eût frappé de sa canne les femmes, au Bazar de la Charité, violé des sépultures et découpé de petits enfants en morceaux, on eût parlé de lui avec plus d’indulgence et moins d’indignation. On lui reprocha son ingratitude, son orgueil, son irrémissible pauvreté. Plusieurs poussèrent la littérature et la psychologie jusqu’à lui dénier toute espèce de talent et toute espèce de style. Le comique suprême fut atteint d’entendre une sorte de coiffeur de lettres, qui patauge dans ses phrases comme un hanneton tombé dans un pot de pommade liquide, l’écraser d’un seul coup, en invoquant Pascal. Enfin, les vieilles légendes dont on crucifia jadis l’auteur du Désespéré et qui semblaient dormir dans les poussières des salles de rédaction, chacun se plut à les réveiller. Je ne nommerai pas ces braves gens car, bien qu’ils soient tous illustres, ils n’ont, en réalité, pas de nom, ou ils ont le même nom monosyllabique et disgracieux que vous savez et qui équivaut à n’en avoir pas du tout.


Un jeune homme qui n’avait pas de smoking, qui ne portait aucune décoration, pas même celle de la reine de Roumanie, et qui n’avait pas encore ouvert la bouche, déclara :
– Vous êtes sévères, Messieurs, envers un homme qu’estima et aima Barbey d’Aurevilly.


Mais ce nom de d’Aurevilly sonna, dans ce milieu, comme une chose déjà lointaine. L’on vit un sourire, un peu méprisant, errer sur les lèvres de ces illustres personnages. Et ce fut tout ce qu’amena le souvenir de cette grande âme solitaire et royale.


Moi aussi, je ferai comme ce jeune homme, et c’est en me souvenant de d’Aurevilly que je parlerai de ce réprouvé : Léon Bloy.
***


Le cas de Léon Bloy est vraiment unique dans ce qu’on est convenu d’appeler : la littérature.


Voilà un homme d’une rare puissance verbale, le plus somptueux écrivain de notre temps, dont les livres atteignent, parfois, à la beauté de la Bible. Ne cherchez ni dans Chateaubriand, ni dans Barbey d’Aurevilly, ni dans Flaubert, ni dans Villiers de L’Isle-Adam, une prose plus architecturale, d’une forme plus riche, d’un modelé plus savant et plus souple. Dans quelques pages du Désespéré, par-delà d’antipathiques violences et des malédictions disproportionnées, il s’est élevé jusque vers les plus hauts sommets de la pensée humaine. Pour peindre des êtres et des choses, il a, souvent, trouvé d’étonnantes, de fulgurantes images qui les éclairent en profondeur et pour jamais. De quels traits ineffaçables n’a-t-il point dessiné le glorieux X... et « ses réveils d’affranchi » ? Parlant d’un mauvais homme, triste et lâche, pleutre au repos, il écrit : « Cependant, quand il avait bu quelques verres d’absinthe, ses pommettes flamboyaient, au haut de son visage, comme deux falaises, par une nuit de méchante mer... » Il fait dire à une pauvre fille : « Ma vie est une campagne où il pleut toujours... ». La même, débile et malade, raconte qu’elle a frappé, presque à mort, un homme qui voulait la violer : « Quand j’ai frappé M. Chapuis, j’ai cru qu’il me poussait un chêne dans le cœur... ». Je cite de mémoire et au hasard du souvenir. Les livres de Léon Bloy fourmillent de ces choses... Il en est d’incomparablement grandes et nobles. Elles naissent, à chaque page, sous sa plume, tout naturellement et sans effort. Il est en état permanent de magnificence. Lisez, dans La Femme pauvre, cette invocation que je trouve, sans la chercher, en ouvrant le livre :


« Je suis ton père Abraham, ô Lazare, mon cher enfant mort, mon petit enfant, que je berce dans mon sein pour la Résurrection bienheureuse. Tu le vois, ce grand Chaos qui est entre nous et le cruel riche. C’est l’abîme qu’on ne peut franchir, des malentendus, des illusions, des ignorances invincibles. Nul ne sait son propre nom, nul ne connaît sa propre figure. Tous les visages et tous les cœurs sont obnubilés comme le front du parricide, sous l’impénétrable tissu des combinaisons de la Pénitence. On ignore pour qui on souffre, et on ignore pourquoi on est dans les délices. L’impitoyable dont tu enviais les miettes et qui implore maintenant la goutte d’eau du bout de ton doigt ne pouvait apercevoir son indigence que dans l’illumination des flammes de son tourment ; mais il a fallu que je te prisse des mains des Anges, pour que ta richesse, à toi, te fût révélée dans le miroir éternel de cette face de feu. Les délices permanentes sur lesquelles avait compté ce maudit ne cesseront pas, en effet, et ta misère non plus n’aura pas de fin. Seulement, l’Ordre ayant été rétabli, vous avez changé de place. Car il y eut entre vous deux une affinité si cachée, si parfaitement inconnue, qu’il n’y avait que l’esprit sain, visiteur des os des morts, qui eût le pouvoir de la faire éclater ainsi, dans l’interminable confrontation !... »


Même dans la frénésie de l’insulte, il est magnifique encore ; il peut dire de lui-même qu’il est un « joaillier en malédictions ». Il sertit d’or l’excrément ; il monte sur des métaux précieux, précieusement ouvrés, la perle noire de la bave. Quand il arrive à ce point d’orfèvrerie et de ciselure, l’excrément lui-même devient un joyau. Nul n’a plus le droit d’en sentir l’originelle odeur, et tous peuvent s’en barbouiller la face sans honte.


Quoi qu’il en soit, si ceux-là qui ont en charge de nous éduquer avaient la conscience de ce qu’est la beauté, s’ils comprenaient la responsabilité qu’est leur mission propagatrice, il y a longtemps qu’ils eussent choisi, dans les œuvres de cet admirable écrivain, pour en faire des modèles d’éloquence. Il n’y en a, nulle part, de plus impeccable et de plus superbe.


Voilà cet homme. Eh bien ! parmi les milliers et les milliers d’écrivailleurs, dont les ouvrages encombrent les rayons des libraires et les cases – j’allais dire les caves – des cervelles bourgeoises, Léon Bloy est peut-être le seul – le seul, vous entendez bien – à qui il soit interdit de vivre de son métier. Non seulement il ne peut pas en vivre, mais le miracle est qu’il n’en soit pas mort. D’autres, hélas ! et qu’il aimait, en sont morts, près de lui ! Il a connu dans ses bras l’agonie d’un pauvre enfant à qui il a été refusé que le grand talent de son père ne fût assez riche pour acheter les deux sous de lait pur nécessaire à son innocente et fragile vie !


Lisez La Femme pauvre. C’est un livre dont on vous dira, peut-être, qu’il est mal fait, qu’il manque d’unité, de composition, de psychologie mondaine. C’est peut-être vrai, mais lisez-le tout de même, car il est rempli de choses inégalables. Et puis, sous l’orage des invectives et des vociférations, sous les grands éclats d’un orgueil intolérable – j’en conviens –, vous entendrez aussi saigner un cœur dans ce livre douloureux où chaque ligne est comme l’ahan, le cri de révolte, et l’acceptation finale de cette montée au Calvaire que fut, jusqu’ici, la vie de Léon Bloy.


Oh ! je sais bien, tout le monde prétendra que cette vie, c’est lui seul qui l’a faite. Sa misère, il l’a forgée de ses propres mains. Par son intransigeance, par son orgueil, par sa fièvre d’extermination, il a ouvert entre lui et les autres un espace infranchissable, que nul n’osa franchir, car il n’est peut-être personne que ses invectives n’aient atteint et marqué à la face. Sa situation, il l’a rendue si excessive que ceux-là qui tenteraient de le défendre et de reconnaître publiquement les dons supérieurs, les dons uniques, qui font de lui un si exceptionnel tempérament d’écrivain, seraient englobés dans la même haine que lui. Tous se taisent, les uns par rancune, les autres pour ne point paraître complices de ses mépris, de ses dégoûts, des ses excommunications. Il y a beaucoup de lâcheté dans ce silence, soit ; mais il y a autre chose, aussi, par où le malentendu s'accuse davantage, c’est que Léon Bloy n’est pas quelqu’un de notre temps ; il est dépaysé dans ce siècle qui ferme ses oreilles à la parole ardente de ses vieux prophètes, aux anathèmes des vieux moines, ou qui en rit, comme d’une farce, quand il lui arrive de les écouter. Je me le représente souvent, comme un Jean-Baptiste, allant traverser les déserts, la bouche pleine d’imprécations, ou comme quelque moine distribuant, du haut d’une chaire, dans une église du moyen âge, les anathèmes et les malédictions...


La gendarmerie nationale s’oppose aux apostolats errants : elle appelle ça du vagabondage. Comme il n’y a plus de désert, Léon Bloy a trouvé un silo. Il s’est creusé lui-même la fosse de ses mains ; il a creusé son corps d’ulcères liturgiques, il a bordé sa fosse de culs de bouteilles, de clous, d’excréments déclamatoires pour la rendre inaccessible, pour être plus nu, pour être plus seul avec son humilité sainte et son saint orgueil, plus seul avec Dieu. De cette fosse, il jette aux passants des bouses de lumière et d’éternité, des haines d’or, le verbe le plus sauvage et le plus magnifique, lourd et pénétrant comme la lave et l’aérolithe.


Le pire sadisme pour les martyrs, c’est d’avoir l’air de bourreaux : Léon Bloy a réussi.


Confesseur de la Pauvreté, de la Mort, de la Foi, portier farouche de la Porte de Vie, voilà l’homme que j’ai essayé d’admirer ce soir.


OCTAVE MIRBEAU, Le Journal, 13 juin 1897.
LES ÉCRIVAINS, in Wikisource




LÉON BLOY


“Voy al encuentro de mis pensamientos exiliados, en una gran columna de silencio.” Léon Bloy.


Recientemente, en una elegante reunión de literatos, se hablaba de Léon Bloy y de su último libro, La mujer pobre, en torno al cual la cobardía de algunos, el rencor de otros y la incomprensión de la mayoría crean una vasta zona de soledad y de silencio, como en torno a la casa en que agoniza un apestado. En aquella reunión sólo había celebérrimos personajes, feministas reblandecidos y embrollados psicólogos, con el cuello aprisionado en una corbata de tres vueltas, con las flores de todas las legiones de honor en el ojal y que “hacen tiradas de diez mil ejemplares por lo menos” de pequeñas historias tristemente “cochinas” con las que se exalta el alma de las criadas, las únicas que hoy en día se atreven a afrontar el inafrontable y gris aburrimiento de lo moderno.


Huelga decir que llovieron los palos sobre Léon Bloy. Le achacaron todas las bajezas, lo cubrieron con todos los oprobios. Alguien que hubiese entrado allí sin estar preparado habría pensado de inmediato que se trataba de un criminal, inventor de una nueva atrocidad. Evidentemente, si, en vez de ser culpable de un libro bello y doloroso, Léon Bloy hubiese dado bastonazos a las mujeres en el Bazar de la Caridad, si hubiese violado tumbas y cortado niñitos en pedazos, se habría hablado de él con más indulgencia y menos indignación. Le reprocharon su ingratitud, su orgullo, su irremisible pobreza. Algunos, abusando de la literatura y la psicología, llegaron a negarle toda clase de talento y toda clase de estilo. El colmo de la comicidad se alcanzó cuando se oyó cómo una especie de peluquero de las letras, que chapotea en sus frases como un abejorro caído en un pote de pomada líquida, lo aplastaba de un solo golpe invocando a Pascal. Finalmente, todos y cada uno se pusieron con gusto a despertar las viejas leyendas con las que antaño se crucificó al autor del Desesperado y que parecían dormir en el polvo de las salas de redacción. No daré los nombres de estas buenas personas puesto que, si bien todas ellas son ilustres, en realidad carecen de nombre o tienen el mismo nombre monosilábico y falto de gracia (1) que ustedes ya conocen y que equivale a no tener ninguno.


Un joven que no vestía de esmoquin, que no llevaba ninguna condecoración, ni siquiera la de la reina de Rumania, y que aún no había abierto la boca, declaró:
—Señores, ustedes son muy severos con un hombre al que Barbey d’Aurevilly quiso y estimó.
Pero este nombre, D’Aurevilly, sonó en ese ambiente como algo ya lejano. Se vio cómo una sonrisa, un tanto despectiva, pasaba por los labios de aquellos ilustres personajes. Y eso fue todo lo que produjo el recuerdo de aquella gran alma solitaria y regia.


Yo también, como aquel joven, tendré presente a D’Aurevilly al hablar de este réprobo, Léon Bloy
***


El caso de Léon Bloy es realmente único en lo que se conviene en llamar literatura.


Estamos en presencia de un hombre de un raro poder verbal, el escritor más suntuoso de nuestro tiempo, cuyos libros alcanzan, a veces, la belleza de la Biblia. No busquemos ni en Chateaubriand, ni en Barbey d’Aurevilly, ni en Flaubert, ni en Villiers de l’Isle-Adam, una prosa más arquitectónica, de forma más rica, modelada de modo más hábil y elegante. En algunas páginas del Desesperado, más allá de antipáticas violencias y de maldiciones desproporcionadas, Bloy se elevó hasta casi alcanzar las más altas cimas del pensamiento humano. Para pintar seres y cosas a menudo encontró sorprendentes, fulgurantes imágenes que los iluminan profunda y definitivamente. ¡Qué trazos imborrables empleó para dibujar al glorioso X... y “sus despertares de esclavo liberto”! Hablando de un mal hombre, triste e indigno, cobarde en reposo, escribe: “Sin embargo cuando había bebido unos vasos de ajenjo, sus pómulos llameaban, en lo alto de su cara, como dos acantilados en una noche de mar embravecido...” Le hace decir a una pobre muchacha: “Mi vida es un campo en el que siempre está lloviendo...” La misma, débil y enferma, cuenta cómo golpeó, casi hasta matarlo, a un hombre que la quería violar: “Al golpear al señor Chapuis creí que me crecía un roble en el corazón...” Cito de memoria y al azar de los recuerdos. En los libros de Léon Bloy abundan estas cosas... Algunas de ellas son incomparablemente grandes y nobles. Brotan en cada página, bajo su pluma, de la manera más natural y sin esfuerzo. Bloy vive en permanente estado de magnificencia. Léase, en La mujer pobre, esta invocación que encuentro, sin buscarla, al abrir el libro:


—Yo soy tu padre Abraham, oh Lázaro, mi querido hijo muerto, hijito mío, al que acuno en mi Seno hasta la Resurrección bienaventurada (2). Ahí lo tienes, ese gran Caos que hay entre nosotros y el cruel rico. Es el abismo infranqueable de los malentendidos, de las ilusiones, de las ignorancias invencibles. Nadie sabe su propio nombre, nadie conoce su propio rostro. Todos los rostros y todos los corazones están obnubilados, como la frente del parricida, bajo la impenetrable trama de las combinaciones de la Penitencia. Ignoramos por quién sufrimos e ignoramos por qué nos colma la delicia. El despiadado cuyas migajas deseabas y que ahora implora la gota de Agua de la punta de tu dedo sólo podía percibir su indigencia a la luz de las llamas de su tormento; pero hizo falta que yo te tomase de entre las manos de los Ángeles para que tu riqueza te fuese revelada en el espejo eterno de esa faz de fuego. Las delicias permanentes que ese maldito daba por descontadas no cesarán, en efecto, y tu miseria tampoco tendrá fin. Sólo que, una vez restablecido el Orden, habéis cambiado de lugar. ¡Porque había entre vosotros dos una afinidad tan oculta, tan perfectamente desconocida, que sólo el Espíritu Santo, visitante de los huesos de los muertos (3), tenía el poder de hacerla resplandecer así, en la interminable confrontación!...


Sigue siendo magnífico hasta en el frenesí del insulto; de sí mismo puede decir que es un “joyero de maldiciones”. Engasta oro en los excrementos; monta en metales preciosos, preciosamente labrados, la perla negra de la baba. Cuando alcanza este punto de orfebrería y de cinselado, el excremento mismo se convierte en joya. Nadie tiene ya derecho a sentir su olor original y todos pueden embadurnarse con él la cara sin vergüenza.


Sea como sea, si quienes están encargados de educarnos tuviesen conciencia de lo que es la belleza, si comprendiesen la responsibilidad que les exige su misión propagadora, hace mucho tiempo ya que habrían elegido fragmentos de las obras de este admirable escritor para hacer de ellos modelos de elocuencia. En ninguna otra parte los hay que sean más impecables y más soberbios.


Tal es el hombre. Pues bien, entre los miles y miles de escribidores cuyas obras atestan los anaqueles de las librerías y los compartimientos —iba a decir los sótanos (4)— de las seseras burguesas, Léon Bloy es acaso el único —el único, oyen bien— a quien le está prohibido vivir de su oficio. No sólo no puede vivir de él sino que el milagro es que éste no lo haya matado. A otros, ay, que estaban junto a él y a quienes él amaba, sí que los mató. Conoció, entre sus brazos, la agonía de un pobre niño al que se le negó que su talentosísimo padre fuese lo bastante rico como para comprar los dos céntimos de leche pura que necesitaba su vida inocente y frágil.


Lean La mujer pobre. Es un libro del que les dirán, quizás, que está mal construido, que carece de unidad, de composición, de psicología humana. Quizás sea cierto, pero, de todas formas, léanlo, porque está lleno de cosas inigualables. Y además, bajo el chaparrón de invectivas y vociferaciones, bajo los grandes estallidos de un orgullo intolerable, convengo en ello, también oirán sangrar un corazón en este libro doloroso en que cada línea es como el bufido, el grito de rebelión, y la aceptación de esa subida al Calvario que fue, hasta ahora, la vida de León Bloy.


Ya sé que todo el mundo sostendrá que es él mismo el que se ha construido esta vida. Con sus propias manos forjó su miseria. Con su intransigencia, con su orgullo, con su fiebre de exterminio, abrió entre él y los demás un espacio infranqueable que nadie ha osado atravesar, ya que acaso no exista nadie a quien sus invectivas no hayan alcanzado y marcado en la cara. Tan excesiva ha hecho su situación que aquellos que intentasen defenderlo y reconocer públicamente los dones superiores, los dones únicos que le confieren un tan excepcional temperamento de escritor, quedarían envueltos en el mismo odio que él. Todos callan, unos por rencor, otros por no parecer cómplices de sus desprecios, de sus rechazos, de sus excomuniones. Hay mucho de cobardía en este silencio, de acuerdo; pero hay también otra cosa, que agrava más aún el malentendido, y es que Léon Bloy no es alguien de nuestro tiempo; se encuentra perdido en este siglo que hace oídos sordos a la palabra ardiente de sus viejos profetas, a los anatemas de los viejos monjes, o que se ríe de ellos como si se tratase de una broma, si por casualidad los escucha. A menudo me lo imagino como un Juan Bautista que se va a cruzar los desiertos, con la boca llena de imprecaciones, o como algún monje que, de lo alto del púlpito, en una iglesia de la Edad Media, prodiga anatemas y maldiciones...


La gendarmería nacional se opone a los apostolados errantes: llama a eso vagabundeo. Como ya no hay desiertos, León Bloy encontró un pozo. Él mismo cavó la fosa con sus manos; cavó en su cuerpo úlceras litúrgicas, cercó su fosa con culos de botella, con clavos, con excrementos declamatorios para volverla inaccesible, para estar más desnudo, para estar más sólo con su humildad santa y su santo orgullo, más solo con Dios. Desde esa fosa arroja sobre los transeúntes bostas de luz y de eternidad, odios de oro, el verbo más salvaje y más magnífico, pesado y penetrante como la lava y el aerolito.


El peor sadismo, para los mártires, es el de tener aspecto de verdugos: Léon Bloy lo ha logrado.


Confesor de la Pobreza, de la Muerte, de la Fe, portero intratable de la Puerta de la Vida, tal es el hombre al que he tratado de admirar esta tarde.


OCTAVE MIRBEAU, Le Journal, 13 de junio de 1897.

NOTAS
1- Alusión a la palabra con, que se puede traducir, a gusto del lector, por el hispánico “gilipollas” o el muy porteño “boludo”, amén de muchas otras posibilidades regionales.
2- Lucas 16 19-3
3- Ezequiel 37 1-14
4- Juego intraducible de palabras entre « cases » y « caves ».

Traducción y notas de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán.


ENSOÑACIÓN SOBRE LOS POBRES ÁNGELES
LA MUJER POBRE (edición española)
LA MUJER POBRE (edición argentina)

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