miércoles, 9 de diciembre de 2009

Oscar Vladislas de Lubicz Milosz 2

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Karomama


Mes pensées sont à toi, reine Karomama du très vieux temps,
Enfant dolente aux jambes trop longues, aux mains si faibles,
Karomama, fille de Thèbes,
Qui buvais du blé rouge et mangeais du blé blanc
Comme les justes, dans le soir des tamaris.
Petite reine Karomama du temps jadis.


Mes pensées sont à toi, reine Karomama
Dont le nom oublié chante comme un choeur de plaintes
Dans le demi-rire et le demi-sanglot de ma voix ;
Car il est ridicule et triste d'aimer la reine Karomama
Qui vécut environnée d'étranges figures peintes
Dans un palais ouvert, tellement autrefois,
Petite reine Karomama.


Que faisais-tu de tes matins perdus, dame Karomama?
Vers la raideur de quelque dieu chétif à tête d'animal
Tu allongeais tes bras maigres et maladroits
Tandis que des feux doux couraient sur le fleuve matinal.
Ô Karomama aux yeux las, aux longs pieds alignés,
Aux cheveux torturés, morte du berceau des années...
Ma pauvre, pauvre reine Karomama.


Et de tes journées, qu'en faisais-tu, prêtresse savante?
Tu taquinais sans doute tes petites servantes
Dociles comme les couleuvres, mais comme elles indolentes ;
Tu comptais les bijoux, tu rêvais des fils de rois
Sinistres et parfumés, arrivant de très loin,
De par delà les mers couleur de toujours et de loin
Pour dire: "Salut à la glorieuse Karomama."


Et les soirs d'éternel été tu chantais sous les sycomores
Sacrés, Karomama, fleur bleue des lunes consumées ;
Tu chantais la vieille histoire des pauvres morts
Qui se nourrissaient en cachette de choses prohibées
Et tu sentais monter dans les grands soupirs tes seins bas
D'enfant noire et ton âme chancelait d'effroi.
Les soirs d'éternel été, n'est-ce pas, Karomama ?


-Un jour (a-t-elle vraiment existé, Karomama ?),
On entoura ton corps de jaunes bandelettes,
On l'enferma dans un cercueil grotesque et doux en bois de cèdre.
La saison du silence effeuilla la fleur de ta voix.
Les scribes confièrent ton nom aux papyrus
Et c'est si triste et c'est si vieux et c'est si perdu...
C'est comme l'infini des eaux dans la nuit et dans le froid.


Tu sais sans doute, ô legendaire Karomama,
Que mon âme est vieillie comme le chant de la mer
Et solitaire comme un sphinx dans le désert,
Mon âme malade de jamais et d'autrefois.
Et tu sais mieux encore, princesse iniciée,
Que la destinée a gravé un signe étrange dans mon coeur,
Symbole de joie idéale et de réel malheur.


Oui, tu sais tout cela, lointaine Karomama,
Malgré tes airs d'enfant que sut éterniser
L'auteur de ta statue polie par les baisers
Des siècles étrangers qui languirent loin de toi.
Je te sens près de moi, j'entends ton long sourire
Chuchoter dans la nuit : "Frère, il ne faut pas rire."
-Mes pensées sont à toi, reine Karomama.



Karomama


Mis pensamientos te pertenecen, reina Karomama del tiempo antiguo,
Niña doliente con piernas demasiado largas, con manos tán débiles,
Karomama, hija de Tebas,
Que bebías el trigo rojo y comías el trigo blanco
Como los justos en la tarde de los tamariscos.
Pequeña reina Karomama del tiempo pasado.


Mis pensamientos te pertenecen, reina Karomama
Cuyo nombre olvidado canta como un coro de quejas
En la sonrisa a medias y en el sollozo a medias de mi voz;
Ya que es triste y ridículo amar a la reina Karomama
Que vivió rodeada de extrañas figuras pintadas
En un palacio abierto, hace tanto tiempo,
Pequeña reina Karomama.


¿Que hacías con tus mañanas perdidas, dama Karomama?
Hacia la rigidez de algún dios debilucho con cabeza animal
Gravemente estirabas tus brazos torpes y delgados
Mientras suaves fuegos corrían sobre el río matinal.
Oh Karomama, con tus ojos cansados, tus largos pies alineados,
Con tus cabellos torturados, muerta de la cuna de los años...
Mi pobre, pobre reina Karomama.


¿Y con tus días que hacías, sacerdotisa sabia?
Sin duda aguijoneabas a tus pequeñas sirvientas
Dóciles como culebras, pero como culebras indolentes;
Contabas tus joyas, soñabas con hijos de reyes
Siniestros y perfumados, llegando de muy lejos,
De más allá de los mares color de siempre y lejos
Para decir: "Salud a la gloriosa Karomama."


Y las noches de verano eterno cantabas bajo los sicomoros
Sagrados, Karomama, flor azul de las lunas consumidas;
Cantabas la vieja historia de los pobres muertos
Que a escondidas se alimentaban con manjares prohibidos
Y en tus grandes suspiros sentías subir tus caídos senos
De niña negra y tu alma titubeaba de espanto.
Las noches de verano eterno, ¿no es cierto, Karomama?


-Un día (¿Karomama ha realmente existido?),
Con vendas amarillas envolvieron tu cuerpo,
En un féretro grotesco y dulce de madera de cedro lo encerraron.
La estación del silencio deshojó la flor de tu voz.
Los escribas confiaron tu nombre a los papiros
Y todo es tan triste y tan antiguo y tan perdido...
Es como el infinito de las aguas en la noche y el frío.


Quizás tu sabes, oh legendaria Karomama,
Que mi alma está envejecida como el canto del mar
Y solitaria como una esfinge en el desierto,
Mi alma enferma de nunca y de otro tiempo.
Y mucho mejor sabes, princesa iniciada,
Que en mi corazón el destino grabó un signo extraño,
Símbolo de alegría ideal y de real desgracia.


Sí, todo esto lo sabes, lejana Karomama,
A pesar del aire infantil que supo eternizar
El creador de tu estatua pulida por los besos
De los siglos extranjeros que han languidecido lejos de ti.
Te siento cerca mío, oigo tu larga sonrisa
Susurrar en la noche: "Hermano, no hay que reír."
-Mis pensamientos te pertenecen, reina Karomama.


Traducción de Miguel Ángel Frontán 

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