sábado, 25 de enero de 2025

Paul Verlaine y Emilio Carrere: Prólogo a los Poemas saturnianos

 
PROLOGUE

Dans ces temps fabuleux, les limbes de l’histoire,

Où les fils de Raghû, beaux de fard et de gloire,

Vers la Ganga régnaient leur règne étincelant,

Et, par l’intensité de leur vertu, troublant

Les Dieux et les Démons et Bhagavat lui-même,

Augustes, s’élevaient jusqu’au néant suprême,

Ah ! la terre et la mer et le ciel, purs encor

Et jeunes, qu’arrosait une lumière d’or

Frémissante, entendaient, apaisant leurs murmures

De tonnerres, de flots heurtés, de moissons mûres,

Et retenant le vol obstiné des essaims,

Les Poètes sacrés chanter les Guerriers saints,

Ce pendant que le ciel et la mer et la terre

Voyaient — rouges et las de leur travail austère —

S’incliner, pénitents fauves et timorés,

Les Guerriers saints devant les Poètes sacrés !

 

Une connexité grandiosement calme

Liait le Kchatrya serein au Chanteur calme,

Valmiki l’excellent à l’excellent Rama :

Telles sur un étang deux touffes de padma.

 

— Et sous tes cieux dorés et clairs, Hellas antique,

De Sparte la sévère à la rieuse Attique,

Les Aèdes, Orpheus, Akaïos, étaient

Encore des héros altiers et combattaient,

Homéros, s’il n’a pas, lui, manié le glaive,

Fait retentir, clameur immense qui s’élève,

Vos échos, jamais las, vastes postérités,

D’Hektôr, et d’Odysseus, et d’Akhilleus chantés.

Les héros à leur tour, après les luttes vastes,

Pieux, sacrifiaient aux neuf Déesses chastes,

Et non moins que de l’art d’Arès furent épris

De l’Art dont une Palme immortelle est le prix,

Akhilleus entre tous ! Et le Laëtiade

Dompta, parole d’or qui charme et persuade,

Les esprits et les cœurs et les âmes toujours,

Ainsi qu’Orpheus domptait les tigres et les ours.

 

— Plus tard, vers des climats plus rudes, en des ères

Barbares, chez les Francs tumultueux, nos pères,

Est-ce que le Trouvère héroïque n’eut pas

Comme le Preux sa part auguste des combats ?

Est-ce que, Théroldus ayant dit Charlemagne,

Et son neveu Roland resté dans la montagne,

Et le bon Olivier et Turpin au grand cœur,

En beaux couplets et sur un rythme âpre et vainqueur,

Est-ce que, cinquante ans après, dans les batailles,

Les durs Leudes perdant leur sang par vingt entailles,

Ne chantaient pas le chant de geste sans rivaux,

De Roland et de ceux qui virent Roncevaux

Et furent de l’énorme et suprême tuerie,

Du temps de l’Empereur à la barbe fleurie ?

 

— Aujourd’hui l’Action et le Rêve ont brisé

Le pacte primitif par les siècles usé,

Et plusieurs ont trouvé funeste ce divorce

De l’Harmonie immense et bleue et de la Force.

La Force qu’autrefois le Poète tenait

En bride, blanc cheval ailé qui rayonnait,

La force, maintenant, la Force, c’est la Bête

Féroce bondissante et folle et toujours prête

À tout carnage, à tout dévastement, à tout

Égorgement d’un bout du monde à l’autre bout !

L’Action qu’autrefois réglait le chant des lyres,

Trouble, enivrée, en proie aux cent mille délires

Fuligineux d’un siècle en ébullition,

L’Action à présent, — ô pitié ! — l’Action,

C’est l’ouragan, c’est la tempête, c’est la houle

Marine dans la nuit sans étoiles, qui roule

Et déroule parmi des bruits sourds l’effroi vert

Et rouge des éclairs sur le ciel entr’ouvert !

 

 

— Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes

De la vie et du choc désordonné des armes

Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs

Ineffables, voici le groupe des Chanteurs

Vêtus de blanc, et des lueurs d’apothéoses

Empourprent la fierté sereine de leurs poses :

Tous beaux, tous purs, avec des rayons dans les yeux,

Et sur leur front le rêve inachevé des Dieux,

Le monde que troublait leur parole profonde,

Les exile. À leur tour ils exilent le monde !

C’est qu’ils ont à la fin compris qu’il ne faut plus

Mêler leur note pure aux cris irrésolus

Que va poussant la foule obscène et violente,

Et que l’isolement sied à leur marche lente.

Le Poète, l’amour du Beau, voilà sa foi,

L’Azur, son étendard, et l’Idéal, sa loi !

Ne lui demandez rien de plus, car ses prunelles,

Où le rayonnement des choses éternelles

A mis des visions qu’il suit avidement,

Ne sauraient s’abaisser une heure seulement

Sur le honteux conflit des besognes vulgaires,

Et sur vos vanités plates ; et si naguères

On le vit au milieu des hommes, épousant

Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant

Aux guerres, célébrant l’orgueil des Républiques

Et l’éclat militaire et les splendeurs auliques.

Sur la kitare, sur la harpe et sur le luth,

S’il honorait parfois le présent d’un salut

Et daignait consentir à ce rôle de prêtre

D’aimer et de bénir, et s’il voulait bien être

La voix qui rit ou pleure alors qu’on pleure ou rit,

S’il inclinait vers l’âme humaine son esprit,

C’est qu’il se méprenait alors sur l’âme humaine.

 

— Maintenant, va, mon Livre, où le hasard te mène.

PAUL VERLAINE


 
PRÓLOGO

En tiempos fabulosos, los limbos de la Historia,

los hijos del gran Raghu, fulgurantes de gloria,

junto al Ganges tenían su reino deslumbrante

y por la intensidad de su virtud triunfante

los Dioses, los Demonios y el mismo Bhagavat

gozaban del Nirvana la azul serenidad.

¡Oh, la tierra y el cielo y el mar, puros, que ardían

en una luz de oro y extáticos oían

apagando el furor del mar y las tormentas,

dominando del viento las rachas violentas,

la voz iluminada de los bardos austeros

que cantaban las gestas de los santos guerreros,

y otras veces el mar, y la tierra y el cielo,

tras la noble fatiga de su fecundo anhelo,

a los santos guerreros vieron arrodillados

y penitentes ante los poetas sagrados.

 

La misma comunión en los serenos lares

a Kchatrya, el esforzado, con el cantar unía,

Walmiki, el excelente, con Rama se fundía

igual que unen sus ramas dos hayas seculares.

 

Y en la clásica Edad pura y resplandeciente,

de la severa Esparta a la Ática riente,

los Aedas, Orfeo, los aqueos luchaban

como héroes, y del fresco laurel se coronaban.

Si el mismo Homero, acaso, no blandió la tajante,

supo alzar cual clamor inmenso y resonante

de Ulises y de Héctor y de Aquiles la gloria

que la posteridad llenan con su memoria.

Los héroes, a su vez, tras de las luchas vastas,

sacrificaban a las nueve Diosas castas.

Como el arte de Ares, adoraban igual

el arte cuyo premio es la palma inmortal.

Sobre todos Aquiles, el de los luminosos

eternos ritmos de oro, el gran encantador

de almas, que de los siglos fue inmortal domador,

como Orfeo domara los tigres y los osos.

 

Después, en eras bárbaras, a la luz de otros cielos,

entre los Francos tumultuosos, nuestros abuelos,

los dulces trovadores y los pobres juglares

su sangre derramaron junto a los nobles Pares.

Y Teroldo luchó cerca de Carlomagno

y de Rolando en más de un episodio magno.

Y al lado de Turpin, el gallardo Oliveros

hizo trovas ardientes con conceptos guerreros.

Cincuenta años más tarde, los duros y esforzados

Leudes, por infinitas heridas desangrados,

en sus cantos de gesta dijeron la epopeya

de Rolando, y de cuantos presenciaron aquella

de Roncesvalles, donde se segó tanta vida,

cuando el Emperador de la barba florida.

 

Hoy, la Acción y el Ensueño, su pacto han quebrantado,

el pacto por los viejos siglos santificado,

y algunos se conduelen del divorcio fatal

de la Fuerza y la azul Armonía inmortal.

La Fuerza a quien antaño dominaba el poeta

como a un corcel alado, de brava sangre inquieta.

La Fuerza, ahora, la Fuerza, es la Bestia indomable,

de los más espantosos estragos insaciable.

La Acción que inspiró antaño el canto de la lira

hoy, borracha de sangre y estupidez, delira

en el mar de este turbio siglo en ebullición.

La Acción ahora— oh, piedad para todos— la Acción

es huracán terrible, es la tromba marina,

a ciega tempestad y el rayo que fulmina.

 

Mientras dulces y altivos, lejos de las alarmas

de la vida, y del choque violento de las armas

mercenarias, mirad lleno de resplandores

inefables el noble grupo de los Cantores

con luz de apoteosis y de blancos vestidos,

dulces en la altivez serena de sus poses,

sus ojos en radiantes visiones abstraídos

e infinito, en sus frentes, el sueño de los Dioses.

Si el mundo a quien turbaban con su verbo profundo

les destierra, a su vez han desterrado al mundo,

que al cabo han comprendido que no vale la pena

mezclar su nota pura con el grito banal

de la turba feroz, violenta y obscena,

y que la soledad es su ambiente ideal.

Para el Poeta que ama la Belleza y el Arte,

el Ideal es su fe y el Azul su estandarte.

No les preguntéis nada, su pupila vidente

de las cosas eternas tiene el deslumbramiento;

y encantado en el éxtasis de su visión fulgente

no podría bajar los ojos ni un momento

a mirar las vergüenzas del humano rebaño

ni vuestras vanidades vulgares, y si antaño

se les vio entre los hombres, con sus cuitas llorando,

levantando su espíritu y acaso predicando

las guerras, o el orgullo de las claras Repúblicas

loando, o su esplendor militar, o las públicas

virtudes, en la cítara o en el arpa doliente,

es que con su saludo honraban el presente

y aceptaban el alto papel sacerdotal

de amar y bendecir; su espíritu inmortal

descendía hasta el alma humana y su alegría

cantaba, o era el bardo de su melancolía

como un dios que a la tierra se ha dignado bajar.

 

Y ahora, ve, libro mío, donde quiera el azar.

Versión de EMILIO CARRERE