martes, 24 de enero de 2023

Guillaume Chappot de La Chanonie: Palabras a Baudelaire

ADRESSE À BAUDELAIRE

 

Prince ténébreux,

 

Toi qui as “vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,

Terrasser l’énorme Satan”,

Pourquoi t’es-tu arrêté là ?

Pourquoi n’est tu pas allé au-delà ?

Prince des poètes blessés et meurtris,

Toi qui maudis le Temps, ce bourreau sans merci,

Pourquoi avoir refusé Dieu au profit de Satan ?

Dis, pourquoi cette fascination pour le Néant ?

Tu as préféré le Spleen et les Fleurs du Mal,

Les trouvant plus fascinantes et moins banales ;

A l’air supérieur, au feu clair, aux espaces limpides

Tu préféras la noirceur des profondeurs, le vide…

Mais qui sait ? Peut-être à l’heure du jugement dernier,

Au moment de passer dans l’autre vie,

Ce fut à l’appel d’en-haut que tu répondis,

Délaissant l’Infâme et ses ruses à tout jamais.

Esprit lucide, trop peut-être, j’aime ces poèmes

Dans lesquels tu loue la vie de bohème,

J’aime lorsque tu me parles des anges, de lumière ;

Ta plume est si leste, elle est si légère…

Si le poète trop souvent ressemble quelquefois

A un pauvre Albatros que l’on pointe du doigt,

Si le poète est raillé, s’il est maudit,

Il procure aussi joie, et volupté ; on le bénit

De donner aux hommes de quoi nourrir leurs âmes

Tant assoiffées ;

Et toi pour qui la poésie compta tant,

A travers elle tu nous fait voir tes sentiments,

Des sentiments, hélas ! Trop souvent chargés d’ennui,

Qui sombrent dans des abîmes noirs comme la nuit...

Je ne retiendrai ni la haine, ni les frissons,

Ni l’horreur, ni le labeur dur et forcé.

Je retiendrai les rimes, les notes de violon,

Les paysages lointains emplis de beauté,

D’ordre, de luxe, de calme et de volupté ;

Les notes et les chants vers en haut élevés,

Les amours enfantines, les courses, les chansons, les baisers ;

Tout cela je le garderai précieusement,

Pour ne pas oublier que tu fus un voyant.

Le jour décline, il se fait tard,

Le soleil dans la mer se reflète en un miroir,

Et je songe qu’il me faut ici achever.

Je te remercie donc, pour tout ce que tu m’as légué.

Puissions-nous, dans l’avenir et dans la gloire,

Parler de coeur à coeur, au milieu des nuées…

GUILLAUME CHAPPOT DE LA CHANONIE


PALABRAS A BAUDELAIRE

 

Príncipe tenebroso,

 

Tú que “viste a veces en el fondo de un teatro vulgar

Un ser hecho sólo de luz, de oro y de gasa,

Derrotar al enorme Satán”,

¿Por qué te detuviste ahí?

¿Por qué no fuiste más allá?

Príncipe de los poetas heridos y maltrechos,

Tú que maldijiste el Tiempo, ese verdugo sin piedad,

¿Por qué rechazaste a Dios en favor de Satán?

Dime, ¿por qué esa fascinación por la Nada?

Preferiste el esplín y las Flores del Mal,

Como más fascinantes y menos vulgares;

Al aire superior, al fuego claro, a los espacios límpidos

Preferiste la negrura de las profundidades, el vacío...

Pero, ¿quién sabe? Quizás en la hora del juicio último,

En el momento de pasar a la otra vida,

Fue a la llamada de lo alto a la que respondiste,

Abandonando al Infame y sus artimañas para siempre.

Mente lúcida, demasiado quizás, me gustan esos poemas

En los que alabas la vida bohemia,

Me gusta cuando me hablas de ángeles, de luz;

Tu pluma es tan rauda, tan ligera...

Si el poeta demasiado a menudo se parece

A un pobre Albatros al que lo señalan con el dedo,

Si se burlan del poeta, si lo maldicen,

También nos procura alegría y placer; lo bendecimos

Por darles a los hombres alimento para sus almas

Tan sedientas;

Y tú para quien la poesía importaba tanto,

A través de ella nos dejas ver tus sentimientos,

Sentimientos, ¡ay!, demasiado a menudo llenos de hastío,

Que se hunden en abismos negros como la noche...

No me quedaré con el odio, ni con los escalofríos,

Ni con el horror, ni con el trabajo duro y forzado.

Me quedaré con las rimas, las notas de violín,

Con los paisajes lejanos llenos de belleza,

De orden, de lujo, de calma y voluptuosidad;

Con las notas y las canciones dirigidas a lo alto,

Con los amores de infancia, las corridas, las canciones, los besos;

Todo eso lo guardaré como un tesoro,

Para no olvidarme de que fuiste un vidente.

El día declina, se hace tarde,

El sol en el mar se refleja en un espejo,

Y creo que debo terminar aquí.

Te doy las gracias, pues, por todo lo que me dejaste.

Que ambos, en el futuro y en la gloria, podamos

Hablar de corazón a corazón, en medio de las nubes...

Traducción de Miguel ÁngelFrontán