martes, 4 de mayo de 2010

Baudelaire, Roy Campbell y Ángel José Battistessa


Le Voyage

À Maxime du Camp

I

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers:

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir; coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons!

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom!

II

Nous imitons, horreur! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où!
Où l'Homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou!

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie;
Une voix retentit sur le pont: «Ouvre l'oeil!»
Une voix de la hune, ardente et folle, crie:
«Amour... gloire... bonheur!» Enfer! c'est un écueil!

Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin;
L'Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.

Ô le pauvre amoureux des pays chimériques!
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

III

Etonnants voyageurs! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

Dites, qu'avez-vous vu?

IV

«Nous avons vu des astres
Et des flots, nous avons vu des sables aussi;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux!

— La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près!

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès? — Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin!

Nous avons salué des idoles à trompe;
Des trônes constellés de joyaux lumineux;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux;

Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse.»

V

Et puis, et puis encore?

VI

«Ô cerveaux enfantins!

Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché:

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté;

L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
»Ô mon semblable, mon maître, je te maudis!«

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense!
— Tel est du globe entier l'éternel bulletin.»

VII

Amer savoir, celui qu'on tire du voyage!
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image:
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui!

Faut-il partir? rester? Si tu peux rester, reste;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps! Il est, hélas! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme; il en est d'autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier: En avant!
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
Entendez-vous ces voix charmantes et funèbres,
Qui chantent: «Par ici vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin!»

À l'accent familier nous devinons le spectre;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
«Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre!»
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre!
Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte!
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!

CHARLES BAUDELAIRE

The Voyage

To Maxime du Camp

I

For children crazed with postcards, prints, and stamps
All space can scarce suffice their appetite.
How vast the world seems by the light of lamps,
But in the eyes of memory how slight!

One morning we set sail, with brains on fire,
And hearts swelled up with rancorous emotion,
Balancing, to the rhythm of its lyre,
Our infinite upon the finite ocean.

Some wish to leave their venal native skies,
Some flee their birthplace, others change their ways,
Astrologers who've drowned in Beauty's eyes,
Tyrannic Circe with the scent that slays.

Not to be changed to beasts, they have their fling
With space, and splendour, and the burning sky,
The suns that bronze them and the frosts that sting
Efface the mark of kisses by and by.

But the true travellers are those who go
Only to get away: hearts like balloons
Unballasted, with their own fate aglow,
Who know not why they fly with the monsoons:

Those whose desires are in the shape of clouds.
And dream, as raw recruits of shot and shell,
Of mighty raptures in strange, transient crowds
Of which no human soul the name can tell.

II

Horror! We imitate the top and bowl
In swerve and bias. Through our sleep it runs.
It's Curiosity that makes us roll
As the fierce Angel whips the whirling suns.

Singular game! where the goal changes places;
The winning-post is nowhere, yet all round;
Where Man tires not of the mad hope he races
Thinking, some day, that respite will be found.

Our soul's like a three-master, where one hears
A voice that from the bridge would warn all hands.
Another from the foretop madly cheers
"Love, joy, and glory" ... Hell! we're on the sands!

The watchmen think each isle that heaves in view
An Eldorado, shouting their belief.
Imagination riots in the crew
Who in the morning only find a reef.

The fool that dotes on far, chimeric lands —
Put him in irons, or feed him to the shark!
The drunken sailor's visionary lands
Can only leave the bitter truth more stark.

So some old vagabond, in mud who grovels,
Dreams, nose in air, of Edens sweet to roam.
Wherever smoky wicks illumine hovels
He sees another Capua or Rome.

III

Amazing travellers, what noble stories
We read in the deep oceans of your gaze!
Show us your memory's casket, and the glories
Streaming from gems made out of stars and rays!

We, too, would roam without a sail or steam,
And to combat the boredom of our jail,
Would stretch, like canvas on our souls, a dream,
Framed in horizons, of the seas you sail.

What have you seen?

IV

"We have seen stars and waves.
We have seen sands and shores and oceans too,
In spite of shocks and unexpected graves,
We have been bored, at times, the same as you.

The solar glories on the violet ocean
And those of spires that in the sunset rise,
Lit, in our hearts, a yearning, fierce emotion
To plunge into those ever-luring skies.

The richest cities and the scenes most proud
In nature, have no magic to enamour
Like those which hazard traces in the cloud
While wistful longing magnifies their glamour.

Enjoyment adds more fuel for desire,
Old tree, to which all pleasure is manure;
As the bark hardens, so the boughs shoot higher,
And nearer to the sun would grow mature.

Tree, will you always flourish, more vivacious
Than cypress? — None the less, these views are yours:
We took some photographs for your voracious
Album, who only care for distant shores.

We have seen idols elephantine-snouted,
And thrones with living gems bestarred and pearled,
And palaces whose riches would have routed
The dreams of all the bankers in the world.

We have seen wonder-striking robes and dresses,
Women whose nails and teeth the betel stains
And jugglers whom the rearing snake caresses."

V

What then? What then?

VI

"O childish little brains,
Not to forget the greatest wonder there —
We've seen in every country, without searching,
From top to bottom of the fatal stair
Immortal sin ubiquitously lurching:

Woman, a vile slave, proud in her stupidity,
Self-worshipping, without the least disgust:
Man, greedy, lustful, ruthless in cupidity,
Slave to a slave, and sewer to her lust:

The torturer's delight, the martyr's sobs,
The feasts where blood perfumes the giddy rout:
Power sapping its own tyrants: servile mobs
In amorous obeisance to the knout:

Some similar religions to our own,
All climbing skywards: Sanctity who treasures,
As in his downy couch some dainty drone, i
In horsehair, nails, and whips, his dearest pleasures.

Prating Humanity, with genius raving,
As mad today as ever from the first,
Cries in fierce agony, its Maker braving,
'O God, my Lord and likeness, be thou cursed!'

But those less dull, the lovers of Dementia,
Fleeing the herd which fate has safe impounded,
In opium seek for limitless adventure.
— That's all the record of the globe we rounded."

VII

It's bitter knowledge that one learns from travel.
The world so small and drab, from day to day,
The horror of our image will unravel,
A pool of dread in deserts of dismay.

Must we depart, or stay? Stay if you can.
Go if you must. One runs: another hides
To baffle Time, that fatal foe to man.
And there are runners, whom no rest betides,

Like the Apostles or the Wandering Jew,
Whom neither ship nor waggon can enable
To cheat the retiary. But not a few
Have killed him without stirring from their cradle.

But when he sets his foot upon our nape
We still can hope and cry "Leave all behind!"
As in old times to China we'll escape
With eyes turned seawards, hair that fans the wind,

We'll sail once more upon the sea of Shades
With heart like that of a young sailor beating.
I hear the rich, sad voices of the Trades
Who cry "This Way! all you who would be eating

The scented Lotus. Here it is they range
The piles of magic fruit. O hungry friend,
Come here and swoon away into the strange
Trance of an afternoon that has no end."

In the familiar tones we sense the spectre.
Our Pylades stretch arms across the seas,
"To salve your heart, now swim to your Electra"
She cries, of whom we used to kiss the knees.

VIII

O Death, old Captain, it is time. Weigh anchor!
To sail beyond the doldrums of our days.
Though black as pitch the sea and sky, we hanker
For space; you know our hearts are full of rays.

Pour us your poison to revive our soul!
It cheers the burning quest that we pursue,
Careless if Hell or Heaven be our goal,
Beyond the known world to seek out the New!

Traducción de ROY CAMPBELL

El viaje

I

Para el niño entusiasta de mapas y de estampas
Se iguala el universo con su vasto deseo.
¡Ah qué grande es el mundo a la luz de las lámparas!
¡Visto por el recuerdo, cómo el mundo es pequeño!

Partimos un buen día, afiebrada la frente,
De rencores y de ansias el corazón henchido,
Y vamos balanceando, en un ritmo de olas,
La infinitud del alma sobre mares finitos.

Alegres huyen unos de una nación infame;
Otros, de los horrores natales, y no pocos,
Astrólogos ahogados en ojos femeninos,
De la Circe tiránica de aromas peligrosos.

Para no ser trocados en bestias se emborrachan
De claridad y espacio, de cielos refulgentes;
La escarcha que los muerde, el sol que los broncea,
La marca de los besos les borra y hace leve.

Mas los buenos viajeros son aquellos que parten
Por partir; corazones, como globos, ligeros,
De su fatal designio no se separan nunca,
Y, sin saber por qué, dicen siempre: ¡Marchemos!

¡Aquellos cuyas ansias tienen forma de nubes,
Que sueñan, como sueña batallas un conscripto,
Anchurosas fruiciones, cambiantes, ignoradas,
Cuyo nombre en la tierra jamás fue conocido!

II

Imitamos —¡horror!— a trompos y bolillas
En sus valses y saltos; y, hasta en nuestro descanso,
La curiosidad inquieta nos acosa y empuja,
Como un Ángel perverso que fustiga a los astros.

¡Oh singular fortuna cuyo fin es mudable,
Que ni está en estos sitios, ni se fija en los otros,
Donde el Hombre, animado de incansable esperanza,
Para encontrar la calma se agita como un loco!

Nuestra alma es un velero que busca su isla Icaria;
“¡Atención!”, sobre el puente truena una voz de pronto,
Una voz de la cofa grita alocada, ardiente:
“¡Ventura... gloria... amor!” ¡Infierno! ¡Es un escollo!

Cada islote que anuncia el vigía en lo alto
Es un nuevo Eldorado que prometió el Destino!
La imaginación vana, entregada a su orgía,
Sólo una roca encuentra no bien ha amanecido.

¡Oh pobre enamorado de países quiméricos!
¿Engrillar o arrojar al mar será preciso
Al marinero ebrio suscitador de Américas
Cuyo espejismo torna más amargo al abismo?

El viejo vagabundo así sueña, entre el barro,
Con la mirada en alto, brillantes paraísos;
Sus ojos encantados una Capua descubren
Si una bujía alumbra cualquier desván mezquino.

III

¡Sorprendentes viajeros! ¡Cuántas nobles historias
En la hondura marina de las miradas vuestras!
Mostrad el relicario de ricas remembranzas,
Las fantásticas joyas que son de éter y estrellas.

¡Viajar es vuestro intento sin vapor ni velamen!
Para atenuar el tedio sin fin de estas prisiones,
Descorred en nuestras almas, tendidas como telas,
Vuestros vastos recuerdos, con marcos de horizontes.

Decidnos, ¿qué habéis visto?

IV

“Hemos visto los astros,
Las olas; las arenas hemos visto asimismo;
Y, a despecho de choques e imprevistos percances,
Como aquí, con frecuencia, nos hemos aburrido.

“La áurea gloria del sol sobre la mar violeta,
La gloria de las urbes, bajo el sol en su ocaso,
El ardor encendían en nuestros corazones
De hundirnos en un cielo de resplandores mágicos.

“Las más ricas ciudades, los más amplios paisajes,
No contenían nunca el misterioso encanto
De aquellos que el azar construía con las nubes,
¡Y constantes deseos siempre nos preocuparon!

“El goce, del deseo la intensidad acrece.
¡Deseo, viejo árbol que el placer alimenta,
En tanto tu corteza se endurece y ensancha,
Al sol quieren tus ramas contemplar desde cerca!

“¿Y seguirás creciendo, más vivaz todavía
Que el ciprés? —Sin embrago, cuidadosos diseños
Tomamos para vuestro álbum tan insaciable,
¡Oh hermanos que admiráis cuanto viene de lejos!

“Los ídolos monstruosos ya hemos saludado;
Constelados de gemas, hemos visto los tronos;
Los palacios labrados cuya suntuosa pompa
Para nuestros banqueros sería sueño ruinoso.

“Los trajes que a los ojos una embriaguez procuran;
Las mujeres con uñas y con dientes teñidos,
Y los sabios juglares que acaricia una sierpe.

V

¿Y después, y después?

VI

“¡Oh cerebros de niños!

“Para que no olvidemos lo que aquí más importa,
Sin haberlo buscado, dondequiera encontramos,
En todos los peldaños de la fatal escala,
El tedioso espectáculo del inmortal pecado:

“La mujer, vil esclava, orgullosa y estúpida,
Que sin asco se ama y se adora sin risa,
El hombre licencioso, autoritario, duro,
Esclavo de la esclava y cieno en la inmundicia.

“El verdugo que goza, el mártir que padece;
La fiesta que sazona y perfuma la sangre;
El virus del poder, que enerva a los tiranos,
Y el pueblo enamorado del látigo infamante;

“Múltiples religiones que la nuestra parecen,
Pues todas piden cielo; y, como un delicado
Se revuelca entre plumas, la Santidad que busca
Entre púas y crines voluptuosos halagos.

“La humanidad parlera, embriagada en su orgullo,
Y, loca en nuestros días tal como siempre ha sido,
Gritando a Dios, en medio de furiosa agonía:
¡Oh mi igual, oh mi amo, Señor, yo te maldigo!

“¡Los hombre menos tontos, a la Demencia fieles,
Huyendo del rebaño que acorraló el Destino,
Y encontrando refugio en el opio insondable!
—Tal es del orbe entero el informe suscinto.”

VII

¡Sabiduría amarga la que nos da el viaje!
El mundo tan monótono, el mundo tan pequeño,
Hoy, ayer y mañana nuestra imagen nos muestra:
¡Un oasis de horrores, un desierto de tedio!

¿Hay que partir? ¿Quedarse? Si puedes, permanece;
Parte, si es necesario. ¡Quién marcha, quién se esconde
Para engañar al grande enemigo funesto
Y vigilante, el Tiempo! No faltan corredores

Como el Judío errante y como los apóstoles,
Para quienes no hay barcos, ni vagones, ni rutas,
Con qué evitar a ese reciario miserable,
Mientras que otros lo matan sin salir de sus cunas.

Cuando por fin nos doble, con el pie, las espaldas,
Podremos anhelosos exclamar: ¡Adelante!
A igual que en otro tiempo nos íbamos a China,
La cabellera al viento, contemplando el oleaje.

Embarcaremos sobre el mar de las Tinieblas
Con el ánimo alegre de un joven pasajero.
Escuchad esas voces, atractivas y fúnebres,
Que cantan: “¡Acercaos, vosotros los hambrientos

“Del loto perfumado! Aquí es donde se acopia,
Colmo de corazones, la milagrosa fruta,
¡Venid, pues , a embriagaros en el dulzor extraño
De esta siesta morosa que no termina nunca!”

El familiar acento al fantasma descubre;
Nos tienden nuestros Pílades sus brazos desde lejos.
“¡Para apagar tu ardor nada en busca de Electra!”
Dice aquella que antaño recibió nuestro beso.

VIII

¡Oh Muerte, oh capitana, ya es tiempo! ¡Arriba el ancla!
¡Nos hastía esta tierra, oh Muerte! ¡Aparejemos!
¡Si el mar y el cielo muestran oscuridad de tinta,
El corazón irradia espléndidos reflejos!

¡Vierte ya tu veneno para que nos conforte!
Deseamos, pues es tanta la fiebre del cerebro,
Zambullir en la sima. —¿Cielo, Infierno, qué importa?—
¡En lo Desconocido ir a buscar lo nuevo!

Traducción de ÁNGEL JOSÉ BATTISTESSA

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