MALDOROR
¡Ay!
¿Qué son pues el bien y el mal? ¿Son una misma cosa por la que testimoniamos
con rabia nuestra impotencia y la pasión de alcanzar el infinito hasta por los
medios más insensatos?
Lautréamont, Los cantos de Maldoror
Tú, para quien la sed cabe en el cuenco exacto de la
mano,
no mires hacia aquí.
No te detengas.
Porque hay alguien cuyo poder corromperá tu dicha,
ese trozo de espejo en que te encierras envuelto en
un harapo deslumbrante del cielo.
Se llamó Maldoror
y desertó de Dios y de los hombres.
Entre todos los hombres fue elegido para infierno de
Dios
y entre todos los dioses para condenación de cada
hombre.
Él estuvo más solo que alguien a quien devuelven de
la muerte para ser inmortal entre los vivos.
¿Qué fue de aquel a cuyo corazón se enlazaron las
furias con brazos de serpiente,
del que saltó los muros para acatar las leyes de las
bestias,
del que bebió en la sangre un veneno sediento,
del que no durmió nunca para impedir que un prado
celeste le invadiera la mirada maldita,
del que quiso aspirar el universo como una bocanada
de cenizas ardiendo?
No es castigo,
ni es sueño,
ni puñado de polvo arrepentido.
Del vaho de mi sombra se alza a veces la
centelleante máscara
de un ángel que vuelve en su caballo alucinado a
disputar un reino.
Él sacude mi casa,
me desgarra la luz como antaño la piel de los
adolescentes,
y roe con su lepra la tela de mis sueños.
Es Maldoror que pasa.
Hasta el fin de los siglos levantará su canto
rebelde contra el mundo.
Su paso es una llaga sobre el rostro del tiempo.
Las
muertes,
1952
MALDOROR
Hélas
! qu’est-ce donc que le bien et le mal ? Est-ce une même chose par laquelle
nous témoignons avec rage notre impuissance, et la passion d’atteindre à
l’infini par les moyens même les plus insensés ?
Lautréamont, Les Chants de Maldoror
Toi, pour qui la soif tient dans le creux exact de
la main,
ne regarde pas par ici.
Ne t’arrête pas.
Car il y a quelqu’un dont le pouvoir corrompra ton
bonheur,
ce fragment de miroir dans lequel tu t’enfermes,
enveloppé d’un lambeau éblouissant du ciel.
Il s’appelait Maldoror
et il déserta Dieu et il déserta les hommes.
Parmi tous les hommes, il fut choisi pour être l’enfer
de Dieu
et parmi tous les dieux, pour être la condamnation
de chaque homme.
Il fut plus seul que celui que l’on ramène de la
mort pour qu’il soit immortel parmi les vivants.
Qu’est-il advenu de celui au cœur duquel les Furies
s’enroulèrent de leurs bras de serpent,
de celui qui franchit les murs pour se soumettre aux
lois des bêtes,
de celui qui but dans le sang un poison assoiffé,
de celui qui n’a jamais dormi pour empêcher qu’une
prairie céleste n’envahisse son regard maudit,
de celui qui a voulu aspirer l’univers comme une
bouffée de cendres ardentes ?
Ce n’est ni un châtiment,
ni un rêve,
ni une poignée de poussière repentante.
De la brume de mon ombre s’élève parfois le masque coruscant
d’un ange qui revient sur son cheval halluciné pour
disputer un royaume.
Il secoue ma maison,
il déchire la lumière comme jadis la peau des
adolescents,
et ronge de sa lèpre la trame de mes rêves.
C’est Maldoror qui passe.
Jusqu’à la fin des siècles, il élèvera son chant
rebelle contre le monde.
Son passage est une plaie sur le visage du temps.
Version française de
Miguel Ángel Frontán


