SUR LA
DICTATURE
Discours prononcé par M. Juan Donoso Cortés, marquis
de Valdegamas, lors de la séance du 4 courant, au Congrès des députés.
Messieurs : le long discours prononcé hier par M.
Cortina, auquel je vais répondre, et que je considère, d’un point de vue
restreint, malgré son ampleur, n’était rien d’autre qu’un épilogue ; l’épilogue
des erreurs du parti progressiste, qui ne sont elles-mêmes qu’un autre épilogue
; l’épilogue de toutes les erreurs inventées depuis trois siècles, et qui
troublent aujourd’hui, à des degrés divers, toutes les sociétés humaines.
M. Cortina, au début de son discours, a déclaré avec
la bonne foi qui le caractérise et qui met tant en valeur son talent, qu’il lui
était parfois arrivé de se demander si ses principes n’étaient pas faux, si ses
idées n’étaient pas désastreuses, en voyant qu’ils n’étaient jamais au pouvoir,
mais toujours dans l’opposition. Je dirai à M. Cortina que s’il y réfléchit un
tant soit peu, son doute se transformera en certitude. Ses idées ne sont pas au
pouvoir, et elles sont dans l’opposition précisément parce que ce sont des
idées d’opposition ; messieurs, ce sont des idées infructueuses, des idées
stériles, des idées désastreuses, qu’il faut combattre jusqu’à ce qu’elles
meurent, qu’il faut combattre jusqu’à ce qu’elles soient enterrées ici, dans
leur cimetière naturel, sous ces voûtes, au pied de cette tribune.
M. Cortina, suivant les traditions du parti qu’il
dirige et représente ; suivant, dis-je, les traditions de ce parti depuis la
révolution de février, a prononcé un discours divisé en trois parties, que j’appellerai
inévitables. Premièrement, un éloge du parti, fondé sur un exposé de ses
mérites passés. Deuxièmement, l’énumération des griefs actuels du parti.
Troisièmement, un programme, c’est-à-dire une énumération des mérites futurs.
Messieurs de la majorité, je viens ici pour défendre vos principes, mais n’attendez
pas de moi le moindre éloge : vous êtes les vainqueurs, et rien ne sied mieux
au front du vainqueur qu’une couronne de modestie.
N’attendez pas de moi, messieurs, que je parle de vos
griefs : vous n’avez pas de griefs personnels à venger, mais les griefs causés
à la société et au trône par les traîtres à leur reine et à leur patrie. Je ne
parlerai pas de votre énumération de mérites. À quoi cela servirait-il d’en
parler ? Pour que la nation les connaisse ? La nation les connaît par cœur.
M. Cortina, messieurs, a divisé son discours en deux
questions, qui se présentent bien sûr à la portée de tous les députés. Son
Excellence a traité de la politique étrangère, de la politique intérieure du
gouvernement, et a qualifié de politique étrangère importante pour l’Espagne la
politique ou les événements survenus à Paris, à Londres et à Rome. J’aborderai
également ces questions.
Son Excellence est ensuite passée à la politique
intérieure, et la politique intérieure, telle que l’a traitée M. Cortina, se
divise en deux parties : l’une, question de principes, et l’autre, question de
faits ; l’une, question de système, et l’autre, question de conduite. À la
question des faits, à la question de la conduite, le ministère a déjà répondu,
lui qui était chargé de répondre, lui qui dispose des données nécessaires, par
l’intermédiaire des ministres d’État et de l’Intérieur, qui ont rempli cette
mission avec l’éloquence qui les caractérise. Il me reste, quant à moi, la
question des principes, qui reste pratiquement intacte : c’est cette question
que j’aborderai uniquement ; mais je l’aborderai, si le Congrès me le permet, sans
détour.
Messieurs : quel est le principe de M. Cortina ? Le
principe de Son Excellence, si l’on analyse bien son discours, est le suivant
en matière de politique intérieure : la légalité, tout pour la légalité, tout
pour la légalité, la légalité toujours, la légalité en toutes circonstances, la
légalité en toutes occasions : et moi, messieurs, qui crois que les lois ont
été faites pour les sociétés, et non les sociétés pour les lois, je dis : la
société, tout pour la société, tout par la société, la société toujours, la
société en toutes circonstances, la société en toutes occasions.
Quand la légalité suffit à sauver la société, la
légalité ; quand elle ne suffit pas, la dictature. Messieurs, ce mot terrible,
qui est terrible, bien que pas autant que le mot révolution, qui est le plus
terrible de tous ; je dis que ce mot terrible a été prononcé ici par un homme
que vous connaissez tous : il n’est certainement pas fait de la même étoffe que
les dictateurs. Je suis né pour les comprendre, je ne suis pas né pour les
imiter. Deux choses m’ont sont impossibles : condamner la dictature et l’exercer.
C’est pourquoi je le déclare ici haut, noble et franchement. Je suis incapable
de gouverner : je ne peux accepter le gouvernement en conscience : je ne
pourrais l’accepter sans mettre la moitié de moi-même en guerre contre l’autre
moitié, sans mettre en guerre mon instinct contre ma raison, sans mettre en
guerre ma raison contre mon instinct.
C’est pourquoi, messieurs, et j’en appelle au
témoignage de tous ceux qui me connaissent, personne ne peut se lever, ni ici
ni ailleurs, qui m’ait croisé sur le chemin de l’ambition, si fréquenté ;
personne. Mais tous me trouveront, tous m’ont trouvé sur le chemin modeste des
bons citoyens. Ce n’est qu’ainsi, messieurs, que lorsque mes jours seront
comptés, lorsque je descendrai dans la tombe, je descendrai sans le remords d’avoir
laissé sans défense la société sauvagement attaquée, et en même temps sans la
douleur amère, et pour moi insupportable, d’avoir fait du mal à un homme.
Je dis, messieurs, que la dictature, dans certaines
circonstances, dans des circonstances données, dans des circonstances telles
que celles que nous connaissons actuellement, est un gouvernement légitime, c’est
un bon gouvernement, c’est un gouvernement utile comme n’importe quel autre
gouvernement, c’est un gouvernement rationnel, qui peut se défendre en théorie,
tout comme il peut se défendre dans la pratique. Et sinon, messieurs, voyez ce
qu’est la vie sociale. La vie sociale, messieurs, tout comme la vie humaine, se
compose d’action et de réaction, du flux et du reflux de certaines forces
envahissantes et de certaines forces résistantes.
Telle est la vie sociale, tout comme telle est aussi
la vie humaine. Eh bien : les forces envahissantes, appelées maladies dans le
corps humain, et autrement dans le corps social, mais étant essentiellement la
même chose, ont deux états : il y en a un où elles sont répandues dans toute la
société, où ces forces envahissantes sont concentrées uniquement chez des
individus ; il y a un autre état de maladie très aigu, où elles se concentrent
davantage, et sont représentées par des associations politiques. Or, je dis que
les forces de résistance n’existant, tant dans le corps humain que dans le
corps social, que pour repousser les forces envahissantes, elles doivent
nécessairement s’adapter à leur état. Lorsque les forces envahissantes sont
dispersées, les forces de résistance le sont aussi ; elles le sont par le
gouvernement, par les autorités et par les tribunaux, et en un mot, par l’ensemble
du corps social ; mais lorsque les forces envahissantes se concentrent dans des
associations politiques, alors nécessairement, sans que personne ne puisse l’empêcher,
sans que personne n’ait le droit de l’empêcher, les forces de résistance se
concentrent d’elles-mêmes entre une seule main. Telle est la théorie claire,
lumineuse, indestructible de la dictature.
Et cette théorie, messieurs, qui est une vérité dans l’ordre
rationnel, est un fait constant dans l’ordre historique. Citez-moi une société
qui n’ait pas connu la dictature, citez-la-moi. Voyez, sinon, ce qui se passait
dans l’Athènes démocratique, ce qui se passait dans la Rome aristocratique. À
Athènes, ce pouvoir omnipotent était entre les mains du peuple, et on l’appelait
ostracisme ; à Rome, ce pouvoir omnipotent était entre les mains du Sénat, qui
le déléguait à un consul, et on l’appelait, comme chez nous, dictature.
Regardez les sociétés modernes, messieurs ; regardez la France dans toutes ses
vicissitudes. Je ne parlerai pas de la Première République, qui fut une
gigantesque dictature sans fin, pleine de sang et d’horreurs. Je parle de l’époque
postérieure. Dans la Charte de la Restauration, la dictature s’était réfugiée
ou avait trouvé asile à l’article 14 ; dans la Charte de 1830, on la trouvait
dans le préambule ; et dans la République actuelle ? N’en parlons pas. Qu’est-ce
que c’est, sinon la dictature sous le nom de République ?
Ici, M. Gálvez Cañero a cité, et à mauvais escient, la
Constitution anglaise. Messieurs, la Constitution anglaise est en effet la
seule au monde, tant les Anglais sont sages, où la dictature n’est pas un droit
d’exception mais un droit commun, et la chose est claire. Le Parlement dispose
en toutes occasions, à toutes les époques, quand il le souhaite, car il n’a d’autre
limite que celle de tous les pouvoirs humains, la prudence, de ce pouvoir.
Il dispose de toutes les facultés, et celles-ci
constituent le pouvoir dictatorial, de faire tout ce qui n’est pas de faire d’une
femme un homme, ou d’un homme une femme, comme le disent ses jurisconsultes. Il
a le pouvoir de suspendre l’habeas corpus, de proscrire par un bill of attainder : il peut changer de
constitution, il peut changer de dynastie, et non seulement de dynastie, mais
même de religion, et opprimer les consciences ; en un mot, il peut tout. Qui a
vu, messieurs, une dictature plus monstrueuse ?
J’ai prouvé que la dictature est une vérité dans l’ordre
théorique, qu’elle est un fait dans l’ordre historique. Eh bien, je vais
maintenant aller plus loin : la dictature est un autre fait dans l’ordre divin.
Messieurs, Dieu a laissé dans une certaine mesure aux hommes le gouvernement
des sociétés humaines, et s’est réservé exclusivement le gouvernement de l’univers.
L’univers est gouverné par Dieu, si l’on peut s’exprimer ainsi ; et si l’on
pouvait appliquer les expressions du langage parlementaire à des choses aussi
élevées, je dirais que Dieu gouverne le monde constitutionnellement. Et,
messieurs, cela me semble de la plus grande clarté, et surtout de la plus
grande évidence. Il est gouverné par certaines lois précises, indispensables,
que l’on appelle causes secondaires. Que sont ces lois, sinon des lois
analogues à celles que l’on appelle fondamentales en ce qui concerne les
sociétés humaines ?
Eh bien, messieurs, si, en ce qui concerne le monde
physique, Dieu est le législateur, comme le sont les législateurs pour les
sociétés humaines, Dieu gouverne-t-il toujours selon ces mêmes lois qu’il s’est
lui-même imposées dans son éternelle sagesse, et auxquelles il nous a tous
soumis ? Non, messieurs, car parfois, il manifeste directement, clairement et
explicitement sa volonté souveraine, enfreignant ces mêmes lois qu’il s’est
lui-même imposées, et détournant le cours naturel des choses. Et bien,
messieurs, lorsqu’il agit ainsi, ne pourrait-on pas dire, si le langage humain
pouvait s’appliquer aux choses divines, qu’il agit de manière dictatoriale ?
Cela prouve, messieurs, l’ampleur du délire d’un parti
qui croit pouvoir gouverner avec moins de moyens que Dieu, en se privant
lui-même du moyen, parfois nécessaire, de la dictature. Messieurs, cela étant,
la question, ramenée à ses véritables termes, ne consiste plus à déterminer si
la dictature est tenable, si elle est bonne dans certaines circonstances : la
question consiste à déterminer si ces circonstances sont survenues ou ont
existé en Espagne. C’est là le point le plus important, et c’est à celui-ci que
je vais me consacrer exclusivement à présent. Pour cela, je devrai jeter un
coup d’œil, et en cela je ne ferai que suivre les traces de tous les orateurs
qui m’ont précédé ; un coup d’œil sur l’Europe et un autre sur l’Espagne.
Messieurs, la révolution de février est venue comme
vient la mort, à l’improviste. Dieu, messieurs, avait condamné la monarchie
française. En vain cette institution s’était-elle profondément transformée pour
s’adapter aux circonstances et à l’époque ; même cela ne lui a pas suffi : sa
condamnation était sans appel, et sa perte inéluctable. La monarchie de droit
divin a pris fin avec Louis XVI sur l’échafaud ; la monarchie de la gloire a
pris fin avec Napoléon sur une île ; la monarchie héréditaire a pris fin avec
Charles X en exil ; et avec Louis-Philippe a pris fin la dernière de toutes les
monarchies possibles, la monarchie de la prudence. Triste et lamentable
spectacle, messieurs, que celui d’une institution vénérable, très ancienne,
très glorieuse, à qui ne servent à rien ni le droit divin, ni la légitimité, ni
la prudence, ni la gloire !
Messieurs, lorsque la grande nouvelle de cette grande
révolution est parvenue en Espagne, nous sommes tous restés consternés et
stupéfaits. Rien n’était comparable à notre étonnement et à notre
consternation, si ce n’est la consternation et l’étonnement de la monarchie
vaincue. J’en dis plus : il y avait un étonnement plus grand, une consternation
plus grande que celle de la monarchie vaincue, et c’était celle de la
république victorieuse. Même aujourd’hui encore : dix mois se sont déjà écoulés
depuis son triomphe ; demandez-lui comment elle a vaincu ; demandez-lui
pourquoi elle a vaincu ; demandez-lui avec quelles forces elle a vaincu, et
elle ne saura que vous répondre. Cela tient au fait que la République n’a pas
vaincu, la République a été l’instrument de la victoire d’un pouvoir supérieur.
Ce pouvoir, messieurs, lorsque son œuvre sera achevée,
tout comme il a été assez fort pour détruire la monarchie sous le couvert d’une
république, sera également assez fort, si cela s’avère nécessaire et conforme à
ses fins, pour renverser la république sous le couvert d’un empire, ou sous le
couvert d’une monarchie. Cette révolution, messieurs, a fait l’objet de
nombreux commentaires sur ses causes et ses effets, dans toutes les tribunes d’Europe,
et notamment dans la tribune espagnole. J’ai constaté ici et là la regrettable
légèreté avec laquelle on traite des causes profondes des révolutions.
Messieurs, ici comme ailleurs, on n’attribue les révolutions qu’aux défauts des
gouvernements. Lorsque les catastrophes sont universelles, imprévues,
simultanées, elles sont toujours l’œuvre de la Providence ; car, messieurs, ce
sont là, et non d’autres, les caractéristiques qui distinguent les œuvres de
Dieu des œuvres des hommes.
Lorsque les révolutions présentent ces symptômes,
soyez assurés qu’elles viennent du ciel, et qu’elles viennent par la faute et
pour le châtiment de tous. Voulez-vous, messieurs, connaître la vérité, et
toute la vérité concernant les causes de la dernière révolution française ? Eh
bien, la vérité est apparue le jour du grand règlement de comptes de toutes les
classes de la société avec la Providence, jour où toutes se sont retrouvées en
défaut. Ce jour-là, elles ont été appelées à rendre des comptes à la
Providence, et je répète que toutes se sont retrouvées en défaut lors de ce
règlement de comptes. J’en dis plus, messieurs : la République elle-même, le
jour même de sa victoire, s’est également déclarée en faillite. La République
avait dit d’elle-même qu’elle venait établir dans le monde la domination de la
liberté, de l’égalité, de la fraternité, ces trois dogmes qui ne viennent pas
de la République, mais qui viennent du Calvaire. Et bien, messieurs, qu’a-t-elle
fait ensuite ? Au nom de la liberté, elle a rendu nécessaire, proclamé et
accepté la dictature ; au nom de l’égalité, sous le titre de républicains de la
veille, de républicains du lendemain, de républicains de naissance, elle a
inventé je ne sais quelle sorte de démocratie aristocratique, et je ne sais
quel genre de blasons ridicules ; enfin, messieurs, au nom de la fraternité, il
a rétabli la fraternité païenne, la fraternité d’Étéocle et de Polynice ; et
les frères se sont dévorés les uns les autres dans les rues de Paris, dans la
bataille la plus gigantesque que les siècles aient jamais vue à l’intérieur des
murs d’une ville. Cette république qu’on a appelée celle des trois vérités, je
la réfute ; c’est la république des trois blasphèmes, c’est la république des
trois mensonges.
Venons-en maintenant aux causes de cette révolution :
le parti progressiste a les mêmes causes pour tout. M. Cortina nous a dit hier
qu’il y a des révolutions parce qu’il y a des illégalités, et parce que l’instinct
des peuples les soulève uniformément et spontanément contre les tyrans.
Auparavant, M. Ordaz Avecilla nous avait dit : « Voulez-vous éviter les
révolutions ? Donnez à manger aux affamés. » Voici donc la théorie du parti
progressiste dans toute son étendue : les causes de la révolution sont, d’une
part, la misère, et, d’autre part, la tyrannie. Messieurs, cette théorie est
contraire, totalement contraire à l’histoire. Je demande qu’on me cite un
exemple de révolution menée et menée à bien par des peuples esclaves ou par des
peuples affamés. Les révolutions sont des maladies des peuples riches ; les
révolutions sont des maladies des peuples libres. Le monde antique était un
monde où les esclaves constituaient la majeure partie du genre humain ;
citez-moi une seule révolution qui ait été menée par ces esclaves.
Tout ce qu’ils ont pu faire, c’est fomenter quelques
guerres civiles ; mais les révolutions profondes ont toujours été le fait d’aristocrates
extrêmement riches. Non, messieurs ; ce n’est pas dans l’esclavage, ce n’est
pas dans la misère que réside le germe des révolutions : le germe des
révolutions réside dans les désirs surexcités de la foule par les tribuns qui l’exploitent
et en tirent profit. Et vous serez comme
les riches : voilà la formule des révolutions socialistes contre les
classes moyennes ; et vous serez comme
les nobles : voilà la formule des révolutions des classes moyennes contre
les classes nobles ; et vous serez comme
les rois ; voici la formule des révolutions des classes nobles contre les
rois ; enfin, messieurs, vous serez à la
manière des dieux : voici la formule de la première rébellion du premier
homme contre Dieu. D’Adam, le premier rebelle, à Proudhon, le dernier impie,
telle est la formule de toutes les révolutions.
Le gouvernement espagnol, comme il était de son
devoir, ne voulait pas que cette formule s’applique en Espagne ; il le voulait
d’autant moins que la situation intérieure n’était pas des plus flatteuses ; et
il fallait se prémunir ainsi contre les éventualités intérieures comme contre
les éventualités extérieures. Pour ne pas avoir agi ainsi, il aurait fallu
ignorer totalement la marche d’un courant magnétique qui se dégage des foyers d’action
révolutionnaire et qui contamine tout à travers le monde.
La situation intérieure, en quelques mots, était la
suivante. La question politique n’était pas, n’a jamais été, n’est pas du tout
résolue : les questions politiques ne se résolvent pas si facilement dans des
sociétés aussi agitées par les passions. La question dynastique n’était pas
réglée, car s’il est vrai que nous en sommes les vainqueurs, nous n’avions pas
la résignation du vaincu, qui est le complément de la victoire. La question
religieuse était dans un très mauvais état. La question des mariages, vous le
savez tous, était exacerbée. Je vous demande, messieurs, en supposant, comme je
l’ai déjà prouvé, que la dictature soit, dans certaines circonstances,
légitime, dans certaines circonstances, utile, étions-nous ou non dans ces
circonstances ? Si elles n’étaient pas encore survenues, dites-moi quelles
autres circonstances plus graves sont apparues dans le monde. L’expérience a
démontré que les calculs du gouvernement et les prévisions de cette Chambre n’étaient
pas infondés. Vous le savez tous, messieurs : je n’en parlerai qu’en passant,
car je déteste tout ce qui alimente les passions ; je ne suis pas né pour cela
; vous savez tous que la république a été proclamée à coups de fusil dans les
rues de Madrid ; vous savez tous qu’une partie de la garnison de Madrid et de
Séville a été ralliée ; vous savez tous que sans la résistance énergique et
active du gouvernement, toute l’Espagne, des colonnes d’Hercule aux Pyrénées, d’une
mer à l’autre, aurait été un lac de sang. Et pas seulement l’Espagne :
savez-vous quels maux, si la révolution avait triomphé, se seraient propagés à
travers le monde ? Ah, messieurs ! Quand on pense à ces choses, on ne peut s’empêcher
de s’exclamer que le ministère qui a su résister et qui a su vaincre a bien
mérité de sa patrie.
Cette question s’est compliquée avec la question
anglaise : je vais dire, avant d’y aborder, et j’annonce dès à présent que je n’y
aborderai que pour en sortir immédiatement, car je le juge convenable et
opportun ; mais avant d’y aborder, le Congrès me permettra d’exposer quelques
idées générales qui me semblent opportunes.
Messieurs, j’ai toujours cru que l’aveuglement est un
signe de perdition, tant chez les hommes que chez les gouvernements et les
nations. J’ai cru que Dieu commence toujours par aveugler ceux qu’il veut
perdre ; j’ai cru que, pour qu’ils ne voient pas l’abîme qu’il met à leurs
pieds, il commence par leur troubler l’esprit. En appliquant ces idées à la
politique générale suivie depuis quelques années par l’Angleterre et par la France,
messieurs, je le dirai ici, cela fait longtemps que j’ai prédit de grands
malheurs et des catastrophes : un fait historique, un fait avéré, un fait
incontestable est que la mission providentielle de la France est d’être l’instrument
de la Providence dans la propagation des idées nouvelles, tant politiques que
religieuses et sociales. À l’époque moderne, trois grandes idées ont envahi l’Europe
: l’idée catholique, l’idée philosophique, l’idée révolutionnaire.
Eh bien, messieurs, au cours de ces trois périodes, la
France a toujours incarné la propagation de ces idées. Charlemagne était la
France incarnée pour propager l’idée catholique ; Voltaire était la France
incarnée pour propager l’idée philosophique ; Napoléon a été la France incarnée
pour propager l’idée révolutionnaire. De la même manière, je crois que la
mission providentielle de l’Angleterre est de maintenir le juste équilibre
moral du monde, en formant un contraste perpétuel avec la France. La France est
comme le flux, l’Angleterre comme le reflux de la mer.
Imaginez un instant le flux sans le reflux ; les mers
s’étendraient sur tous les continents ; imaginez le reflux sans le flux, les
mers disparaîtraient de la terre. Imaginez la France sans l’Angleterre ; le
monde ne connaîtrait que des bouleversements, chaque jour aurait une nouvelle
constitution, chaque heure une nouvelle forme de gouvernement. Imaginez l’Angleterre
sans la France : le monde végéterait éternellement sous la charte du vénérable
Jean sans Terre, qui est le modèle permanent de toutes les constitutions
britanniques. Que signifie donc, messieurs, la coexistence de ces deux nations
puissantes ? Elle signifie, messieurs, le progrès limité par la stabilité, la
stabilité vivifiée par le progrès.
Eh bien, messieurs ; depuis quelques années, et j’en
appelle à l’histoire contemporaine et à vos souvenirs, ces deux grandes nations
ont perdu la mémoire de leurs exploits, elles ont perdu la mémoire de leur
mission providentielle dans le monde. La France, au lieu de répandre de
nouvelles idées à travers le monde, a prôné partout le statu quo : le statu quo
en France, le statu quo en Espagne, le statu quo en Italie, le statu quo en
Orient. Et l’Angleterre, au lieu de prêcher la stabilité, a prêché partout les
révoltes : en Espagne, au Portugal, en France, en Italie et en Grèce. Et qu’en
est-il résulté ? Ce qui devait nécessairement en résulter : que ces deux
nations, jouant un rôle qui n’avait jamais été le leur, l’ont joué très mal. La
France a voulu passer du diable au prêcheur ; l’Angleterre, du prêcheur au
diable.
Telle est, messieurs, l’histoire contemporaine ; mais
en ne parlant que de l’Angleterre, car c’est d’elle que je me propose de parler
très brièvement, je dirai que je demande au ciel, messieurs, que ne s’abattent
pas sur elle, comme elles se sont abattues sur la France, les catastrophes qu’elle
a méritées par ses erreurs ; car rien n’est comparable à l’erreur de l’Angleterre
qui consiste à soutenir partout les partis révolutionnaires. Malheureuse ! Ne
sait-elle pas que le jour du danger, ces partis, avec plus d’instinct qu’elle,
lui tourneront le dos ? Cela ne s’est-il pas déjà produit ? Et cela a dû se
produire, messieurs, car tous les révolutionnaires du monde savent que lorsque
les révolutions battent leur plein, que lorsque les nuages s’amoncellent, que
lorsque les horizons s’assombrissent, que lorsque les vagues s’élèvent haut, le
navire de la révolution n’a d’autre pilote que la France.
Messieurs, telle a été la politique suivie par l’Angleterre,
ou plutôt par son gouvernement et ses agents au cours de la dernière période. J’ai
dit, et je le répète, que je ne veux pas aborder cette question ; de grandes
considérations m’y poussent. Premièrement : la considération du bien public,
car je dois déclarer ici solennellement que je souhaite l’alliance la plus
intime, l’union la plus complète entre la nation espagnole et la nation
anglaise, que j’admire et respecte comme la nation peut-être la plus libre, la
plus forte et la plus digne de l’être sur terre. Je ne voudrais donc pas, par
mes paroles, exacerber cette question, et je ne voudrais pas non plus nuire ou
entraver de futures déclarations. Il y a une autre considération qui me pousse
à ne plus parler de cette affaire. Pour en parler, je devrais parler d’un homme
dont j’étais l’ami, plus ami que M. Cortina ; mais je ne peux l’aider autant
que M. Cortina l’aidait ; l’honneur ne me permet pas d’autre aide que le
silence.
M. Cortina, en abordant cette question, permettez-moi
de vous le dire franchement, a eu une sorte de vertige, et il a oublié qui il
était, où il se trouvait et qui nous sommes. Son Excellence a cru qu’il était
un avocat, alors qu’il n’était pas un avocat, qu’il était un orateur du
Parlement. Votre Excellence a cru qu’il s’adressait à des juges, alors qu’il s’adressait
à des députés. Votre Excellence a cru qu’il s’exprimait devant un tribunal,
alors qu’il s’exprimait devant une assemblée délibérante ; il a cru qu’il
parlait d’un litige, alors qu’il parlait d’une affaire politique, importante,
nationale, qui, si c’était un litige, était un litige entre deux nations. Or,
messieurs, M. Cortina doit-il être profondément peiné d’avoir été l’avocat de
la partie adverse à la nation espagnole ? Et alors, messieurs ! Est-ce là du
patriotisme, par hasard ? Est-ce cela, être patriote ? Ah ! non. Savez-vous ce
qu’est être patriote ? Être patriote, messieurs, c’est aimer, c’est haïr, c’est
ressentir ce que notre patrie aime et ce qu’elle hait.
J’ai dit, messieurs, que je ne m’attarderais que très
brièvement sur cette question, et je l’ai déjà fait.
M. le secrétaire Lafuente Alcántara : Le temps
réglementaire étant écoulé, on demande au Congrès s’il souhaite prolonger la
séance. (De nombreuses voix : Oui, oui.) Il en a été décidé ainsi.
M. le marquis de Valdegamas : Mais, messieurs, ni les
circonstances intérieures, qui étaient si graves, ni les circonstances
extérieures, qui étaient si compliquées et dangereuses, ne suffisent à diminuer
l’opposition de ceux qui siègent sur ces bancs. « Et la liberté ! » nous
disent-ils. Eh bien quoi ! La liberté, n’est-ce pas l’essentiel ? Et la
liberté, du moins la liberté individuelle, n’a-t-elle pas été sacrifiée ? La
liberté, messieurs ! Connaissez-vous le principe que proclament et le nom que
prononcent ceux qui prononcent ce mot sacré ? Connaissez-vous l’époque dans
laquelle vous vivez ? Le bruit des dernières catastrophes ne nous est-il pas
parvenu, messieurs ? Quoi ! Ne savez-vous pas à cette heure que la liberté a
pris fin ? Eh bien, n’avez-vous pas assisté, comme j’y ai assisté de mes yeux
de l’esprit, à sa douloureuse passion ? Eh bien, messieurs, ne l’avez-vous pas
vue maltraitée, raillée, légèrement blessée par tous les démagogues du monde ?
Ne l’avez-vous pas vue porter son angoisse à travers les montagnes de Suisse,
sur les rives de la Seine, sur les rives du Rhin et du Danube, sur les rives du
Tibre ? Ne l’avez-vous pas vue monter au Quirinal, qui a été son calvaire ?
Messieurs, le mot est terrible ; mais nous ne devons
pas nous abstenir de prononcer des mots terribles s’ils disent la vérité, et je
suis résolu à la dire. La liberté est finie ! Elle ne prendra pas fin,
messieurs, ni au troisième jour, ni au troisième an, ni peut-être au troisième
siècle. Aimez-vous, messieurs, la tyrannie que nous subissons ? Vous vous
effrayez pour peu ; vous verrez des choses plus grandes. Et ici, je vous prie,
messieurs, de garder mes paroles en mémoire, car ce que je vais dire, les
événements que je vais annoncer dans un avenir plus proche ou plus lointain,
mais jamais très lointain, doivent s’accomplir à la lettre.
Le fondement, messieurs, de toutes vos erreurs (s’adressant
aux bancs de gauche) réside dans le fait de ne pas savoir quelle est la
direction de la civilisation et du monde. Vous croyez que la civilisation et le
monde vont de l’avant, alors que la civilisation et le monde reviennent en
arrière. Le monde, messieurs, avance à pas de géant vers l’instauration d’un
despotisme des plus gigantesques et des plus dévastateurs dont l’humanité ait
mémoire. C’est vers cela que se dirige la civilisation, et c’est vers cela que
se dirige le monde. Pour annoncer ces choses, je n’ai pas besoin d’être
prophète. Il me suffit de considérer la combinaison effrayante des événements
humains sous leur seul point de vue véritable, depuis les hauteurs catholiques.
Messieurs, il n’y a que deux répressions possibles, l’une
intérieure et l’autre extérieure ; la répression religieuse et la répression
politique. Celles-ci sont de telle nature que, lorsque le thermomètre religieux
est haut, le thermomètre de la répression politique est bas ; et lorsque le
thermomètre religieux est bas, le thermomètre politique, la répression
politique, la tyrannie est haute. C’est une loi de l’humanité, une loi de l’histoire.
Et sinon, messieurs, voyez ce qu’était le monde, voyez ce qu’était la société
qui se trouve de l’autre côté de la Croix, voyez ce qu’elle était quand il n’y
avait pas de répression intérieure, quand il n’y avait pas de répression
religieuse. Alors, c’était une société de tyrannies et d’esclaves. Citez-moi un
seul peuple où il n’y a pas d’esclaves et où il n’y a pas de tyrannie. C’est un
fait incontestable, c’est un fait incontesté, c’est un fait évident. La
liberté, la vraie liberté, la liberté de tous et pour tous, n’est venue au
monde qu’avec le Sauveur du monde. C’est là aussi un fait incontestable, c’est
un fait avoué même par les socialistes eux-mêmes qui l’avouent. Les socialistes
appellent Jésus un homme divin, et les socialistes font plus encore, ils se
disent ses continuateurs. Ses continuateurs, Dieu saint ! Eux, ces hommes de
sang et de vengeance, héritiers de celui qui n’a vécu que pour faire le bien ;
de celui qui n’a ouvert la bouche que pour bénir ; de celui qui n’a accompli de
prodiges que pour délivrer les pécheurs du péché, les morts de la mort ; de
celui qui, en l’espace de trois ans, a accompli la plus grande révolution que
les siècles aient connue, et l’a menée à bien sans avoir versé d’autre sang que
le sien ?
Messieurs, je vous prie de m’écouter ; je vais vous
présenter le parallèle le plus merveilleux que l’histoire puisse offrir. Vous
avez vu que dans le monde antique, alors que la répression religieuse ne
pouvait descendre plus bas puisqu’elle n’existait pas, la répression politique
s’est élevée jusqu’à l’extrême, car elle a atteint la tyrannie. Eh bien, avec
Jésus-Christ, là où naît la répression religieuse, la répression politique
disparaît complètement. Cela est si vrai que, Jésus-Christ ayant fondé une
communauté avec ses disciples, ce fut la seule communauté qui ait jamais existé
sans gouvernement. Entre Jésus et ses disciples, il n’y avait d’autre
gouvernement que l’amour du Maître pour ses disciples et l’amour des disciples
pour le Maître. Autrement dit, alors que la répression était totale, la liberté
était absolue.
Poursuivons ce parallèle. Viennent les temps
apostoliques, que je vais prolonger, car cela convient maintenant à mon propos,
depuis les temps apostoliques proprement dits jusqu’à l’ascension du
christianisme au Capitole à l’époque de Constantin le Grand. À cette époque,
messieurs, la religion chrétienne, c’est-à-dire la répression religieuse
intérieure, était à son apogée ; mais bien qu’elle fût à son apogée, il se
produisit ce qui se produit dans toutes les sociétés composées d’hommes : un
germe, rien de plus qu’un germe de licence et de liberté religieuse, commença à
se développer. Eh bien, messieurs, observez le parallèle : à ce début de baisse
du thermomètre religieux correspond un début de hausse du thermomètre
politique. Il n’y a pas encore de gouvernement, le gouvernement n’est pas nécessaire,
mais un germe de gouvernement est déjà nécessaire. Ainsi, dans la société
chrétienne de l’époque, il n’y avait en fait pas de véritables magistrats, mais
des juges arbitres et des conciliateurs, qui sont l’embryon du gouvernement. Il
n’y avait en réalité rien de plus que cela ; les chrétiens de l’époque
apostolique n’avaient pas de litiges, n’allaient pas devant les tribunaux, ils
réglaient leurs différends par le biais d’arbitres. Observez, messieurs,
comment le gouvernement se développe avec la corruption.
Arrivent les temps féodaux, et à cette époque, la
religion est encore à son apogée, mais viciée dans une certaine mesure par les
passions humaines. Que se passe-t-il, messieurs, à cette époque dans le monde
politique ? Qu’un gouvernement réel et effectif est désormais nécessaire, mais
que le plus faible de tous suffit, et c’est ainsi que s’établit la monarchie
féodale, la plus faible des monarchies.
Continuez à observer le parallèle. Le XVIe siècle
arrive, messieurs. À cette époque, avec la grande Réforme luthérienne, ce grand
scandale tant politique et social que religieux, cet acte d’émancipation
intellectuelle et morale des peuples, coïncident les institutions suivantes.
Tout d’abord, à cet instant, les monarchies, de féodales, deviennent absolues.
Vous croirez, messieurs, qu’une monarchie ne peut être plus qu’absolue : un
gouvernement, que peut-il y avoir de plus absolu ? Mais il fallait, messieurs,
que le thermomètre de la répression politique monte davantage, car le
thermomètre religieux continuait de baisser ; et en effet, il monta davantage.
Et quelle nouvelle institution fut créée ? Celle des armées permanentes. Et
savez-vous, messieurs, ce que sont les armées permanentes ? Pour le savoir, il
suffit de savoir ce qu’est un soldat : un soldat est un esclave en uniforme.
Ainsi, vous voyez qu’au moment où la répression religieuse baisse, la
répression politique monte vers l’absolutisme, et va encore plus loin. Il ne
suffisait pas aux gouvernements d’être absolus ; ils ont demandé et obtenu le
privilège d’être absolus et d’avoir un million de bras.
Malgré cela, messieurs, il fallait que le thermomètre
politique monte encore, car le thermomètre religieux continuait de baisser ; et
il monta encore. Quelle nouvelle institution, messieurs, a donc été créée alors
? Les gouvernements ont dit : nous avons un million de bras et cela ne nous
suffit pas ; nous en avons besoin de plus, nous avons besoin d’un million d’yeux
; et ils ont eu la police, et avec la police un million d’yeux. Malgré cela,
messieurs, le thermomètre politique et la répression politique devaient encore
monter, car malgré tout, le thermomètre religieux continuait de baisser ; et
ils ont monté.
Aux gouvernements, messieurs, un million de bras ne
suffisait pas ; un million d’yeux ne leur suffisait pas ; ils voulaient un
million d’oreilles, et ils les ont eues grâce à la centralisation
administrative, par laquelle toutes les réclamations et toutes les plaintes
aboutissent au gouvernement.
Et bien, messieurs, cela ne suffisait pas, car le thermomètre
religieux continuait de baisser, et il fallait que le thermomètre politique
monte davantage. Messieurs, jusqu’où ! Eh bien, il a encore monté.
Les gouvernements ont dit : un million de bras ne me
suffisent pas pour réprimer ; un million d’yeux ne me suffisent pas pour
réprimer ; un million d’oreilles ne me suffisent pas pour réprimer ; nous avons
besoin de plus : nous avons besoin d’avoir le privilège d’être partout en même
temps. Et ils l’ont eu ; et le télégraphe a été inventé.
Messieurs, tel était l’état de l’Europe et du monde
lorsque la première flambée de la dernière révolution vint nous annoncer, nous
annoncer à tous, qu’il n’y avait pas assez de despotisme dans le monde ; car le
thermomètre religieux était en dessous de zéro. Or, messieurs, l’une ou l’autre...
J’ai promis, et je tiendrai parole, de parler aujourd’hui
en toute franchise.
Eh bien, l’une ou l’autre : soit la réaction
religieuse vient, soit elle ne vient pas ; s’il y a réaction religieuse, vous
verrez, messieurs, qu’à mesure que le thermomètre religieux remonte, le
thermomètre politique commence à baisser naturellement, spontanément, sans
aucun effort de la part des peuples, ni des gouvernements, ni des hommes, jusqu’à
indiquer le jour tempéré de la liberté des peuples ; mais si, au contraire,
messieurs, et c’est grave (il n’est pas d’usage d’attirer l’attention des
assemblées délibérantes sur les questions vers lesquelles je l’ai attirée
aujourd’hui ; mais la gravité des événements du monde m’en dispense, et je
crois que votre bienveillance saura aussi m’en dispenser) ; eh bien, messieurs,
je dis que si le thermomètre religieux continue de baisser, je ne sais pas où
nous allons finir. Moi, messieurs, je ne le sais pas, et je tremble quand j’y
pense. Contemplez les analogies que j’ai mises sous vos yeux ; et si, lorsque
la répression religieuse était à son apogée, aucun gouvernement n’était
nécessaire, alors que la répression religieuse n’existera plus, aucun type de
gouvernement ne suffira, tous les despotismes seront insuffisants.
Messieurs, c’est là mettre le doigt sur la plaie, c’est
là la question de l’Espagne, la question de l’Europe, la question de l’humanité,
la question du monde.
Considérez une chose, messieurs. Dans le monde
antique, la tyrannie était féroce et dévastatrice, et pourtant cette tyrannie
était physiquement limitée, car tous les États étaient petits, et parce que les
relations internationales étaient tout à fait impossibles ; par conséquent,
dans l’Antiquité, il ne pouvait y avoir de tyrannies à grande échelle, mais une
seule, celle de Rome. Mais aujourd’hui, messieurs, comme les choses ont changé
! Messieurs, la voie est toute tracée pour un tyran gigantesque, colossal,
universel, immense ; tout est prêt pour cela : messieurs, regardez bien ; il n’y
a plus de résistances ni physiques ni morales : il n’y a pas de résistances
physiques, car avec les bateaux à vapeur et les chemins de fer, il n’y a plus
de frontières ; il n’y a pas de résistances physiques, car avec le télégraphe
électrique, il n’y a plus de distances ; et il n’y a pas de résistances
morales, car tous les esprits sont divisés et tous les patriotismes sont morts.
Dites-moi donc si j’ai raison ou non de m’inquiéter pour l’avenir proche du
monde : dites-moi si, en abordant cette question, je ne traite pas de la
véritable question.
Une seule chose peut éviter la catastrophe, une seule
et rien d’autre : on n’y parvient pas en accordant plus de liberté, plus de
garanties, de nouvelles constitutions ; on y parvient en cherchant tous, dans
la mesure de nos forces, à provoquer une réaction salutaire, religieuse. Or,
messieurs : cette réaction est-elle possible ? Elle est possible : mais
est-elle probable ? Messieurs, c’est avec la plus profonde tristesse que je
vous le dis : je ne la crois pas probable. J’ai vu, messieurs, et connu de
nombreux individus qui se sont détournés de la foi et y sont revenus :
malheureusement, messieurs, je n’ai jamais vu aucun peuple revenir à la foi
après l’avoir perdue.
S’il me restait encore un peu d’espoir, les derniers
événements de Rome l’auraient dissipé, messieurs : et je vais dire ici quelques
mots sur cette question, également abordée par M. Cortina.
Messieurs, les événements de Rome n’ont pas de nom :
comment les appelleriez-vous, messieurs ? Les qualifieriez-vous de déplorables
? Déplorables, tous ceux que j’ai cités le sont ; ceux-là le sont bien
davantage. Les qualifieriez-vous d’horribles ? Messieurs, ces événements sont
avant tout de l’horreur.
Il y avait à Rome, il n’y a plus, sur le trône le plus
éminent, l’homme le plus juste, l’homme le plus évangélique de la terre. Qu’a
fait Rome de cet homme évangélique, de cet homme juste ? Qu’a fait cette ville
où ont régné les héros, les Césars et les pontifes ? Elle a troqué le trône des
pontifes contre le trône des démagogues. Rebelle à Dieu, elle est tombée sous l’idolâtrie
du poignard. Voilà ce qu’elle a fait. Le poignard, messieurs, le poignard
démagogique, le poignard sanglant, voilà l’idole de Rome. Voilà l’idole qui a
renversé Pie IX. Voilà l’idole que des troupes de Caraïbes promènent dans les
rues. Ai-je dit « Caraïbes » ? Je me suis mal exprimé, car les Caraïbes sont
féroces, mais les Caraïbes ne sont pas ingrats.
Messieurs, je me suis proposé de parler en toute
franchise, et je parlerai. Je dis qu’il est nécessaire que le roi de Rome
revienne à Rome, ou qu’il ne reste pas à Rome, même si cela déplaît à M.
Cortina, pierre après pierre.
Le monde catholique ne peut consentir, et ne
consentira pas à la destruction virtuelle du christianisme par une seule ville
livrée à la frénésie de la folie. L’Europe civilisée ne peut consentir, et ne
consentira pas, messieurs, à l’effondrement de la coupole de l’édifice de la
civilisation européenne. Le monde, messieurs, ne peut consentir, et ne
consentira pas à ce qu’à Rome, cette ville insensée, s’accomplisse l’avènement
sur le trône d’une nouvelle et étrange dynastie, la dynastie du crime. Et qu’on
ne dise pas, messieurs, comme le dit M. Cortina, comme le disent dans les
journaux et les discours les messieurs qui siègent sur ces bancs, qu’il y a là
deux questions, l’une temporelle et l’autre spirituelle, et que le conflit a
opposé le roi temporel à son peuple. Que le pontife a été respecté, que le
pontife existe encore. Deux mots sur cette question, deux mots, messieurs,
expliqueront tout.
Sans aucun doute, le pouvoir spirituel est l’essentiel
chez le pape, le temporel est accessoire ; mais cet accessoire est nécessaire :
le monde catholique a le droit d’exiger que l’oracle infaillible de ses dogmes
soit libre et indépendant ; le monde catholique ne peut avoir la certitude,
telle qu’il la nécessite, qu’il est indépendant et libre, que lorsqu’il est
souverain, car seul le souverain ne dépend de personne. Par conséquent,
messieurs, la question de la souveraineté, qui est partout une question politique,
est à Rome en outre une question religieuse ; le peuple, qui peut être
souverain partout, ne peut l’être à Rome ; les assemblées constituantes, qui
peuvent exister partout, ne peuvent exister à Rome ; à Rome, il ne peut y avoir
d’autre pouvoir constituant que le pouvoir constitué. Rome, messieurs, les
États pontificaux, n’appartiennent pas à l’État de Rome, n’appartiennent pas au
pape ; les États pontificaux appartiennent au monde catholique ; le monde
catholique les a reconnus au pape afin qu’il soit libre et indépendant, et le
pape lui-même ne peut se dépouiller de cette souveraineté, de cette
indépendance.
Messieurs, je vais conclure, car le Congrès est très
fatigué et je le suis aussi. (Plusieurs voix : Non, non.) Messieurs, je dois
franchement déclarer ici que je ne peux m’étendre davantage car j’ai la bouche
en mauvais état, et c’est un miracle que j’aie pu parler, mais j’ai déjà dit l’essentiel
de ce que j’avais à dire.
Après avoir abordé les trois questions extérieures
traitées par M. Cortina, je reviens, pour conclure, à la question intérieure.
Messieurs, depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui, la question de savoir
s’il valait mieux le système de la résistance ou celui des concessions pour
éviter les révolutions et les bouleversements a toujours été sujette à débat ;
mais heureusement, messieurs, cette question qui a été d’actualité depuis la
première année de la création jusqu’en 1848, en cette année de grâce 1848, n’est
plus un sujet de discussion, car elle est tranchée : moi, messieurs, si le mal
dont je souffre à la bouche me le permettait, je ferais ici un résumé de tous
les événements survenus depuis février jusqu’à aujourd’hui, qui prouvent ces
affirmations ; mais je me contenterai d’en rappeler deux : celui de la France,
messieurs : là-bas, la monarchie, qui n’a pas cédé, a été vaincue par la
république qui avait à peine la force de bouger ; et la république qui avait à
peine la force de bouger, parce qu’elle a résisté, a vaincu le socialisme.
À Rome, autre exemple que je souhaite citer, que s’est-il
passé ? N’y avait-il pas là votre modèle ? Dites-moi : si vous étiez peintres
et que vous vouliez peindre le portrait d’un roi, trouveriez-vous un autre
modèle que son original, Pie IX ? Messieurs, Pie IX a voulu être, comme son
divin Maître, magnifique et généreux : il a trouvé des proscrits dans son pays,
il leur a tendu la main et les a ramenés dans leur patrie ; il y avait des
réformistes, messieurs, et il leur a donné des réformes ; il y avait des
libéraux, messieurs, et il les a rendus libres ; chacune de ses paroles,
messieurs, fut un bienfait : et maintenant, messieurs, dites-moi, ses bienfaits
n’égalisent-ils pas, voire ne dépassent-ils pas, ses infamies ? Et au vu de
cela, messieurs, le système des concessions n’est-il pas une chose acquise ?
Messieurs, s’il s’agissait ici de choisir entre la
liberté d’un côté et la dictature de l’autre, il n’y aurait ici aucune
dissension ; car qui, pouvant embrasser la liberté, s’agenouillerait devant la
dictature ? Mais ce n’est pas là la question. La liberté n’existe pas de fait
en Europe ; les gouvernements constitutionnels qui la représentaient il y a des
années ne sont plus, presque partout, messieurs, qu’une armature d’un squelette
sans vie. Souvenez-vous d’une chose, souvenez-vous de la Rome impériale. Dans
la Rome impériale, toutes les institutions républicaines existent, les
dictateurs tout-puissants existent, les tribuns inviolables existent, les
familles sénatoriales existent, les éminents consuls existent ; tout cela,
messieurs, existe ; il ne manque qu’une chose, et il n’y a qu’une seule chose
en trop : il y a un homme en trop, et il
manque la république.
Car tels sont, messieurs, dans presque toute l’Europe,
les gouvernements constitutionnels ; sans y penser, sans le savoir, M. Cortina
nous l’a démontré l’autre jour. Ne nous disait-il pas, à juste titre, qu’il
préfère ce que dit l’histoire à ce que disent les théories ? C’est à l’histoire
que j’en appelle. Que sont donc, Monsieur Cortina, ces gouvernements avec leurs
majorités légitimes, toujours vaincues par des minorités turbulentes, avec
leurs ministres responsables qui ne répondent de rien, avec leurs rois
inviolables toujours violés ? Ainsi, messieurs, la question, comme je l’ai dit
précédemment, ne se pose pas entre la liberté et la dictature ; si c’était
entre la liberté et la dictature, je voterais pour la liberté, comme tous ceux
qui sont assis ici. Mais la question est la suivante, et j’en conclus : il s’agit
de choisir entre la dictature de l’insurrection et la dictature du gouvernement
; dans ce cas, je choisis la dictature du gouvernement, car elle est moins
pesante et moins humiliante : il s’agit de choisir entre la dictature qui vient
d’en bas et la dictature qui vient d’en haut ; je choisis celle qui vient d’en
haut, car elle provient de sphères plus pures et plus sereines : il s’agit
enfin de choisir entre la dictature du poignard et la dictature du sabre ; je
choisis la dictature du sabre, car elle est plus noble. Messieurs, lors du
vote, nous serons divisés sur cette question, et en nous divisant, nous serons
cohérents avec nous-mêmes. Vous, messieurs, voterez, comme toujours, pour ce
qui est le plus populaire ; nous, messieurs, comme toujours, voterons pour ce
qui est le plus salutaire.
Traduit en français, pour Literatura & Traducciones, par Miguel Ángel Frontán
SOBRE LA DICTADURA
Discurso pronunciado por el excmo. Sr. D. Juan Donoso
Cortés, marqués de Valdegamas, en la sesión de 4 del corriente, en el Congreso
de Diputados.
SEÑORES: el largo discurso que pronunció ayer el señor
Cortina, y a que voy a contestar, considerándole bajo un punto de vista
restringido, a pesar de sus largas dimensiones , no fue más que un epílogo; el
epilogo de los errores del partido progresista, los cuales a su vez no son más
que otro epilogo; el epilogo de todos los errores que se han inventado de tres
siglos a esta parte, y que traen conturbadas más o menos hoy día todas las
sociedades humanas.
El Sr. Cortina, al comenzar su discurso , manifestó
con la buena fe que a S. S. distingue, y que tanto realza su talento, que él
mismo algunas veces había llegado a sospechar si sus principios serian falsos,
si sus ideas serían desastrosas al ver que nunca estaban en el poder, y siempre
en la oposición. Yo diré a S. S. que por poco que reflexione , su duda se
cambiará en certidumbre. Sus ideas no están en el poder, y están en la
oposición cabalmente porque son ideas de oposición; señores, son ideas
infecundas, ideas estériles, ideas desastrosas, que es necesario combatir hasta
que mueran, que es necesario combatir hasta que queden enterradas aquí, en su
cementerio natural, bajo de estas bóvedas, al pie de esa tribuna.
El Sr. Cortina, siguiendo las tradiciones del partido
a quien capitanea y representa; siguiendo, digo, las tradiciones de este
partido desde la revolución de febrero, ha pronunciado un discurso dividido en
tres partes, que yo llamaré inevitables. Primera, un elogio del partido,
fundado en una relación de sus méritos pasados. Segunda, el memorial de
agravios presentes del partido. Tercera, un programa o sea una relación de
méritos futuros. Señores de la mayoría, yo vengo aquí a defender vuestros
principios, pero no esperéis de mi ni un solo elogio: sois los vencedores, y
nada sienta en la frente del vencedor como una corona de modestia.
No esperéis de mí, señores, que hable de vuestros
agravios: no tenéis agravios personales que vengar, sino los agravios hechos a la
sociedad y al trono por los traidores a su Reina y a su patria. No hablaré de
vuestra relación de méritos ¿Para qué fin hablaría de ellos? ¿Para que la
nación los sepa? La nación se los sabe de memoria.
El Sr. Cortina, señores, dividió su discurso en dos
cuestiones, que desde luego se presentan al alcance de todos los señores
diputados. S. S. trató de la política exterior, de la política interior del
Gobierno, y llamó política exterior importante para España la política o los
acontecimientos ocurridos en París, en Londres y en Roma. Yo tocaré también
esas cuestiones.
Después descendió S. S. a la política interior, y la
política interior, tal como la ha tratado el Sr. Cortina, se divide en dos
partes: una, cuestión de principios, y otra, cuestión de hechos: una, cuestión
de sistema, y otra, cuestión de conducta. A la cuestión de hechos , a la
cuestión de conducta, ya ha contestado el Ministerio, que esa quien
correspondía contestar, que es quien tiene los datos para ello, por el órgano
de los señores ministros de Estado y Gobernación, que han desempeñado este
encargo con la elocuencia que acostumbran. Me queda para mi casi intacta la
cuestión de principios: esta cuestión solamente abordaré; pero la abordaré, si
el Congreso me lo permite , de lleno.
Señores: ¿cuál es el principio del Sr. Cortina? El
principio de S. S., bien analizado su discurso, es el siguiente en la política
interior: la legalidad, todo por la legalidad, todo para la legalidad, la
legalidad siempre, la legalidad en todas circunstancias, la legalidad en todas
ocasiones: y yo, señores, que creo que las leyes se han hecho para las
sociedades, y no las sociedades para las leyes, digo: la sociedad, todo para la
sociedad, todo por la sociedad, la sociedad siempre, la sociedad en todas
circunstancias, la sociedad en todas ocasiones.
Cuando la legalidad basta para salvar a la sociedad,
la legalidad; cuando no basta, la dictadura. Señores, esta palabra tremenda,
que tremenda es, aunque no tanto como la palabra revolución, que es la más
tremenda de todas; digo que esta palabra tremenda ha sido pronunciada aquí por
un hombre que todos conocen: no ha sido hecho por cierto de la madera de los
dictadores. Yo he nacido para comprenderlos, no he nacido para imitarlos. Dos
cosas me son imposibles: condenar la dictadura y ejercerla. Por eso lo declaro
aquí alta, noble y francamente. Estoy incapacitado de gobernar: no puedo
aceptar el gobierno en conciencia: yo no podría aceptarle sin poner la mitad de
mí mismo en guerra con la otra mitad, sin poner en guerra mi instinto contra mi
razón, sin poner en guerra mi razón contra mi instinto.
Por esto, señores, y yo apelo al testimonio de todos
los que me conocen, ninguno puede levantarse ni aquí ni fuera de aquí, que haya
tropezado conmigo en el camino de la ambición, tan lleno de gentes; ninguno.
Pero todos me encontrarán, todos me han encontrado en el camino modesto de los
buenos ciudadanos. Solo así, señores, cuando mis días estén contados, cuando
baje al sepulcro, bajaré sin el remordimiento de haber dejado sin defensa a la
sociedad bárbaramente atacada, y al mismo tiempo sin el amarguísimo, y para mí
insoportable dolor, de haber hecho mal a un hombre.
Digo, señores, que la dictadura en ciertas
circunstancias, en circunstancias dadas, en circunstancias como las presentes,
es un gobierno legítimo, es un gobierno bueno, es un gobierno provechoso como
cualquier otro gobierno, es un gobierno racional, que puede defenderse en la
teoría, como puede defenderse en la práctica. Y si no, señores, ved lo que es
la vida social. La vida social, señores, como la vida humana, se compone de la
acción y de la reacción, del flujo y reflujo de ciertas fuerzas invasoras y de
ciertas fuerzas resistentes.
Esta es la vida social, así como esta es también la
vida humana. Pues bien: las fuerzas invasoras, llamadas enfermedades en el
cuerpo humano, y de otra manera en el cuerpo social, pero siendo esencialmente
la misma cosa, tienen dos estados: hay uno en que están derramadas por toda la
sociedad, en el que estas fuerzas invasoras están reconcentradas solo en
individuos: hay otro estado agudísimo de enfermedad, en que se reconcentran
mas, y están representadas por asociaciones políticas. Pues bien: yo digo que
no existiendo las fuerzas resistentes, lo mismo en el cuerpo humano que en el
cuerpo social, sino para rechazar las fuerzas invasoras, tienen que
proporcionarse necesariamente a su estado. Cuando las fuerzas invasoras están
derramadas, las resistentes lo están también; lo están por el Gobierno, por las
autoridades y por los tribunales, y en una palabra, por todo el cuerpo social;
pero cuando las fuerzas invasoras se reconcentran en asociaciones políticas ,
entonces necesariamente, sin que nadie lo pueda impedir, sin que nadie tenga
derecho a impedirlo , las fuerzas resistentes por sí mismas se reconcentran en
una mano. Esta es la teoría clara, luminosa, indestructible de la dictadura.
Y esta teoría, señores , que es una verdad en el orden
racional, es un hecho constante en el orden histórico. Citadme una sociedad que
no haya tenido la dictadura, citádmela. Ved, sino, qué pasaba en la democrática
Atenas, lo que pasaba en la aristocrática Roma, En Atenas, ese poder
omnipotente estaba en las manos del pueblo, y se llamaba ostracismo ; en Roma,
ese poder omnipotente estaba en manos del Senado, que le delegaba en un barón
consular, y se llamaba como entre nosotros dictadura. Ved las sociedades
modernas, señores; ved la Francia en todas sus vicisitudes. No hablaré de la
primera república, que fue una dictadura gigantesca sin fin, llena de sangre y
de horrores. Hablo de época posterior. En la Carta de la Restauración la
dictadura se había refugiado o buscado un asilo en el artículo 14: en la Carta
de i 830 se encontró en el preámbulo; ¿ y en la república actual ? De esta no
digamos nada. ¿Qué es sino la dictadura con el mote de República?
Aquí se ha citado, y en mala hora, por el Sr. Gálvez
Cañero la Constitución inglesa. Señores, la Constitución inglesa cabalmente es
la única en el mundo, tan sabios son los ingleses, en que la dictadura no es de
derecho excepcional sino de derecho común, y la cosa es clara. El Parlamento
tiene en todas ocasiones, en todas épocas, cuando quiere, pues no tiene más
límite que el de todos los poderes humanos, la prudencia, este poder.
Tiene todas las facultades, y estas constituyen el
poder dictatorial, de hacer todo lo que no sea hacer de una mujer un hombre, o de
un hombre una mujer, como dicen sus jurisconsultos. Tiene facultades para
suspender el habeas corpus, para proscribir por medio de un bill of attainder: puede cambiar de
constitución, puede variar hasta de dinastía, y no solo de dinastía, sino hasta
de religión, y oprimir las conciencias; en una palabra, lo puede todo. ¿Quién
ha visto, señores, una dictadura mas monstruosa?
He probado que la dictadura es una verdad en el orden
teórico, que es un hecho en el orden histórico. Pues ahora voy a decir más: la
dictadura es otro hecho en el orden divino. Señores, Dios ha dejado hasta
cierto punto a los hombres el gobierno de las sociedades humanas, y se ha
reservado para sí exclusivamente el gobierno del universo. El universo está
gobernado por Dios, si pudiera decirse así; y si en cosas tan altas pudieran
aplicarse las expresiones del lenguaje parlamentario, diría que Dios gobierna
el mundo constitucionalmente. Y, señores, la cosa me parece de la mayor
claridad, y sobre todo de la mayor evidencia. Está gobernado por ciertas leyes
precisas, indispensables, a que se llama causas secundarias. ¿Qué son estas
leyes sino leyes análogas a las que se llaman fundamentales respecto de las
sociedades humanas?
Pues bien, señores, si con respecto al mundo físico
Dios es el legislador, como respecto a las sociedades humanas lo son los
legisladores, ¿ gobierna Dios siempre con esas mismas leyes que él a sí mismo
se impuso en su eterna sabiduría, y a las que nos sujetó a todos? No, señores,
pues algunas veces, directa, clara y explícitamente manifiesta su voluntad
soberana, quebrantando esas mismas leyes que él mismo se impuso, y torciendo el
curso natural de las cosas. Y bien , señores, cuando obra así, ¿no podría
decirse, si el lenguaje humano pudiera aplicarse a las cosas divinas, que obra
dictatorialmente?
Esto prueba, señores, cuan grande es el delirio de un
partido que cree poder gobernar con menos medios que Dios, quitándose a sí
propio el medio, algunas veces necesario , de la dictadura. Señores, siendo
esto así, la cuestión, reducida a sus verdaderos términos, no consiste ya en
averiguar si la dictadura es sostenible, si en ciertas circunstancias es buena:
la cuestión consiste en averiguar si han llegado o pasado por España estas
circunstancias. Este es el punto más importante, y es al que voy a contraerme
exclusivamente ahora. Para esto tendré que echar una ojeada, y en esto no haré
más que seguir las pisadas de todos los oradores que me han precedido; una
ojeada por Europa y otra ojeada por España.
Señores, la revolución de febrero vino como viene la
muerte, de improviso. Dios, señores, habia condenado a la monarquía francesa.
En vano esta institución se había trasformado hondamente para acomodarse a las
circunstancias y a los tiempos ; ni aun esto la valió: su condenación fue
inapelable, y su pérdida infalible. La monarquía de derecho divino concluyó con
Luis XVI en un cadalso: la monarquía de la gloria concluyó con Napoleón en una
isla: la monarquía hereditaria concluyó con Carlos X en el destierro ; y con
Luis Felipe ha concluido la última de todas las monarquías posibles, la
monarquía de la prudencia. ¡Triste y lamentable espectáculo, señores, el de una
institución venerabilísima, antiquísima, gloriosísima, a quien de nada vale, ni
el derecho divino, ni la legitimidad, ni la prudencia ni la gloria!
Señores, cuando vino a España la grande nueva de esa
grande revolución, todos nos quedamos consternados y atónitos. Nada era
comparable a nuestro asombro y a nuestra consternación, sino la consternación y
el asombro de la monarquía vencida. Digo más: había un asombro mayor, una
consternación mas grande que la de la monarquía vencida, y era la de la
república vencedora. Aun ahora mismo: diez meses van pasados ya desde su
triunfo ; preguntadla cómo venció; preguntadla por qué venció; preguntadla con
qué fuerzas venció, y no sabrá qué responderos. Esto consiste en que la
república no venció, la república fue el instrumento de victoria de un poder
más alto.
Ese poder, señores, cuando esté consumada su obra, así
como fue fuerte para destruir la monarquía con un escrúpulo de república, será
fuerte también, si necesario fuera y conveniente a sus fines, para derribar la
república con un escrúpulo de imperio, o con un escrúpulo de monarquía. Esta
revolución, señores, ha sido objeto de grandes comentarios en sus causas y en
sus efectos, en todas las tribunas de Europa, y entre otras en la tribuna
española. Yo he admirado aquí y allí la lamentable ligereza con que se trata de
las causas hondas de las revoluciones. Señores, aquí, como en otras partes, no
se atribuyen las revoluciones sino a los defectos de los gobiernos. Cuando las
catástrofes son universales, imprevistas, simultáneas, son siempre cosa
providencial; porque, señores, estos y no otros son los caracteres que
distinguen las obras de Dios de las obras de los hombres.
Cuando las revoluciones presentan esos síntomas, estad
seguros que vienen del cielo, y que vienen por culpa y para castigo de todos.¿
Queréis, señores, saber la verdad, y toda la verdad concerniente a las causas
de la revolución última francesa? Pues la verdad llegó el día de la gran
liquidación de todas las clases de la sociedad con la Providencia, que en ese
día tremendo todas se han encontrado fallidas. En ese día han venido a liquidación
con la Providencia, y repito que todas en esa liquidación se han encontrado
fallidas. Digo más, señores: la república misma, el día mismo de su victoria se
declaró también en quiebra. La república había dicho de sí, que venía a sentar
en el mundo la dominación de la libertad, de la igualdad, de la fraternidad,
esos tres dogmas que no vienen de la república, sino que vienen del Calvario. Y
bien, señores, ¿qué ha hecho después? En nombre de la libertad ha hecho
necesaria, ha proclamado, ha aceptado la dictadura; en nombre de la igualdad,
con el título de republicanos de la víspera, de republicanos del día siguiente,
de republicanos de nacimiento, ha inventado no sé qué especie de democracia
aristocrática, y no sé qué género de ridículos blasones; en fin, señores, en
nombre de la fraternidad ha restaurado la fraternidad pagana, la fraternidad de
Etéocles y Polinices; y los hermanos se han devorado unos a otros en las calles
de París, en la batalla más gigantesca que dentro de los muros de una ciudad
han presenciado los siglos. A esa república que se llamó de las tres verdades ,
yo la desmiento; es la república de las tres blasfemias, es la república de las
tres mentiras.
Viniendo ahora a las causas de esta revolución , el
partido progresista tiene unas mismas causas para todo. El Sr. Cortina nos dijo
ayer que hay revoluciones porque hay ilegalidades, y porque el instinto de los
pueblos los levanta uniforme y espontáneamente contra los tiranos. Antes nos había
dicho el Sr. Ordaz Avecilla: ¿Queréis evitar las revoluciones? dad de comer a los
hambrientos. Véase, pues, aquí la teoría del partido progresista en toda su
extensión: las causas de la revolución son por una parte la miseria, por otra
la tiranía. Señores, esa teoría es contraria, totalmente contraria a la
historia. Yo pido que se cite un ejemplo de una revolución hecha y llevada
a cabo por pueblos esclavos o por pueblos hambrientos. Las revoluciones son
enfermedades de los pueblos ricos; las revoluciones son enfermedades de los
pueblos libres. El mundo antiguo era un mando en que los esclavos componían la
mayor parte del género humano; citadme cuál revolución fue hecha por esos
esclavos.
Lo más que pudieron conseguir fue fomentar algunas
guerras civiles; pero, las revoluciones profundas fueron hechas siempre por
opulentísimos aristócratas. No, señores ; no está en la esclavitud, no está en
la miseria el germen de las revoluciones: el germen de las revoluciones está en
los deseos sobreexcitados de la muchedumbre por los tribunos que las explotan y
benefician. Y seréis como los ricos: ved
ahí la fórmula de las revoluciones socialistas contra las clases medias; y seréis
como los nobles: ved ahí la fórmula de las revoluciones de las clases
medias contra las clases nobiliarias: y seréis como los reyes; ved ahí la
fórmula de las revoluciones de las clases nobiliarias contra los reyes; por
último, señores; y seréis a manera de
Dioses: ved ahí la fórmula de la primera rebelión del primer hombre contra
Dios. Desde Adán, el primer rebelde, hasta Proudhon, el último impío, esa es la
fórmula de todas las revoluciones.
El gobierno español, como era su deber, no quiso que
esa fórmula tuviese su aplicación en España; tanto menos lo quiso cuanto la
situación interior no era la más lisonjera ; y era menester prevenirse así
contra las eventualidades del interior como contra las eventualidades
exteriores. Para no haberlo hecho así, era necesario haber desconocido de todo
punto la marcha de una corriente magnética que se desprende de los focos de
acción revolucionaria, y que va inficionándolo todo por el mundo.
La situación interior, en pocas palabras, era esta. La
cuestión política no estaba, no ha estado nunca, no está de todo punto
resuelta: no se resuelven así tan fácilmente cuestiones políticas en sociedades
tan soliviantadas por las pasiones. La cuestión dinástica no estaba concluida,
porque aunque es verdad que en ella somos nosotros los vencedores , no teníamos
la resignación del vencido , que es el complemento de la victoria. La cuestión
religiosa estaba en muy mal estado. La cuestión de las bodas, todos lo sabéis,
estaba exacerbada. Yo pregunto, señores, supuesto , como he probado ya, que la
dictadura sea en circunstancias dadas legítima, en circunstancias dadas
provechosa, ¿estábamos o no estábamos en esas circunstancias? Sino habían
llegado, decidme cuáles otras más graves han aparecido en el mundo. La
experiencia vino a demostrar que los cálculos del Gobierno y la previsión de
esta Cámara no habían sido infundados. Todos lo sabéis, señores: yo en esto
hablaré muy de paso, porque todo lo que es alimentar pasiones, lo detesto; no
he nacido para eso; todos sabéis que se proclamó la república a trabucazos por
las calles de Madrid; todos sabéis que se ganó parte de la guarnición de Madrid
y de Sevilla; todos sabéis que sin la resistencia enérgica, activa del
Gobierno, toda España, desde las columnas de Hércules al Pirineo, de un mar a otro
mar, hubiera sido un lago de sangre. Y no solo España: ¿sabéis qué males, si
hubiera triunfado la revolución, se habrían propagado por el mundo? ¡Ah
señores! Cuando se piensa en estas cosas, fuerza es exclamar que el Ministerio
que supo resistir y supo vencer, mereció bien de su patria.
Esta cuestión vino a complicarse con la cuestión
inglesa: voy a decir antes de entrar en ella, y desde ahora anuncio que no
entraré sino para salir de ella inmediatamente , porque así lo conceptúo
conveniente y oportuno ; pero antes de entrar en ella me permitirá el Congreso
que exponga algunas ideas generales que me parecen convenientes.
Señores, yo he creído siempre que la ceguedad es una
señal así en los hombres, como en los gobiernos, como en las naciones, de
perdición. Yo he creído que Dios comienza por cegar siempre a los que quiere
perder; yo he creído que para que no vean el abismo que pone a sus pies,
comienza por turbarles la cabeza. Aplicando estas ideas a la política general
seguida de algunos años a esta parte por la Inglaterra y por la Francia,
señores, lo diré aquí, hace mucho que yo he predicho grandes desventuras y
catástrofes: un hecho histórico, un hecho averiguado, un hecho incontrovertible
es que el encargo providencial de la Francia es ser el instrumento de la
Providencia en la propagación de las ideas nuevas, así políticas como
religiosas y sociales. En los tiempos modernos tres grandes ideas han invadido
la Europa: la idea católica, la idea filosófica, la idea revolucionaria.
Pues bien, señores, en esos tres períodos la Francia
se ha hecho siempre hombre para propagar esas ideas. Carlomagno fue la Francia
hecha hombre para propagar la idea católica; Voltaire fue la Francia hecha
hombre para propagar la idea filosófica; Napoleón ha sido la Francia hecha
hombre para propagar la idea revolucionaria. Del mismo modo creo que el encargo
providencial de la Inglaterra es mantener el justo equilibrio moral del mundo,
haciendo contraste perpetuo con la Francia. La Francia es lo que el flujo, la
Inglaterra lo que el reflujo del mar.
Suponed por un momento el flujo sin el reflujo; los
mares se extenderían por todos los continentes: suponed el reflujo sin el
flujo, los mares desaparecerían de la tierra. Suponed la Francia sin la
Inglaterra; el mundo no se movería sino en medio de convulsiones, cada día
tendría una nueva constitución, cada hora una nueva forma de gobierno. Suponed
la Inglaterra sin la Francia: el mundo vegetaría siempre bajo la carta del
venerable Juan sin Tierra, que es el tipo permanente de todas las
constituciones británicas. ¿Qué significa, pues, señores, la coexistencia de
estas dos naciones poderosas? Significa, señores, el progreso limitado por la
estabilidad, la estabilidad vivificada por el progreso.
Pues bien, señores; de algunos años a esta parte, y
apelo a la historia contemporánea y a vuestros recuerdos, esas dos grandes
naciones han perdido la memoria de sus hechos, han perdido la memoria de su
encargo providencial en el mundo. La Francia , en vez de derramar por la tierra
ideas nuevas, predicó por todas partes el statu quo: el statu quo en Francia,
el statu quo en España, el statu quo en Italia, el statu quo en el Oriente. Y
la Inglaterra en vez de predicar la estabilidad, predicó en todas partes las
revueltas: en España, en Portugal, en Francia, en Italia y en la Grecia. ¿Y qué
resultó de aquí? Lo que había de resultar forzosamente; que las dos naciones,
representando un papel que no había sido el suyo nunca, le han representado
pésimamente. La Francia quiso convertirse de diablo en predicador: la
Inglaterra de predicador en diablo.
Esta es, señores, la historia contemporánea; pero
hablando solamente de la Inglaterra, porque es de la que me propongo hablar muy
brevemente, diré que yo pido al cielo, señores, que no vengan sobre ella, como
han venido sobre la Francia, las catástrofes que ha merecido por sus errores;
porque nada es comparable al error de la Inglaterra de apoyar en todas partes
los partidos revolucionarios. ¡Desgraciada! ¿No sabe que el día del peligro
esos partidos con mas instinto que ella la habrán de volver las espaldas? ¿No
ha sucedido esto ya? Y ha debido suceder, señores, porque todos los
revolucionarios del mundo saben que cuando las revoluciones van de veras, que
cuando las nubes se agrupan , que cuando los horizontes se oscurecen, que
cuando las olas suben a lo alto, el navío de la revolución no tiene más piloto
que la Francia.
Señores, esta fue la política seguida por la
Inglaterra, o por mejor decir, por su gobierno y sus agentes durante la última
época. Yo he dicho, y repito, que no quiero tratar esta cuestión; me mueven a ello
grandes consideraciones. Primera: la consideración del bien público, porque
debo declarar aquí solemnemente que yo quiero la alianza más íntima, la unión
más completa entre la nación española y la nación inglesa, a quien admiro y
respeto como la nación quizá más libre, mas fuerte y más digna de serlo en la
tierra. No quisiera, pues, con mis palabras exacerbar esta cuestión, y no
quisiera tampoco perjudicar o embarazar ulteriores declaraciones. Hay otra
consideración que me mueve a no hablar más de este asunto. Para hablar de él
tendría que hacerlo de un hombre de quien fui amigo, mas amigo que el señor
Cortina; pero yo no puedo ayudarle hasta el punto que el Sr. Cortina le
ayudaba; la honra no me permite más ayuda que el silencio.
El Sr. Cortina al tratar esta cuestión, permítame que
se lo diga con franqueza, tuvo una especie de vahído, y se le olvidó quién era,
dónde estaba y quiénes somos. S. S. creyó que era un abogado, y no era un
abogado, que era un orador del Parlamento. S. S. creyó que hablaba ante jueces,
y hablaba ante diputados. S. S. creyó que hablaba en un tribunal, y hablaba en
una asamblea deliberante; creyó que hablaba de un pleito, y hablaba de un
asunto político, grande, nacional, que si pleito era, era pleito entre dos
naciones. Ahora bien, señores; ¿ debe doler profundamente al Sr. Cortina haber
sido el abogado de la parte contraria a la nación española? ¡Y qué, señores!
¿es eso patriotismo por ventura?¿Es eso ser patriota? ¡Ah! no. ¿Sabéis lo que
es ser patriota? Ser patriota, señores, es amar, es aborrecer, es sentir como
ama, como aborrece nuestra patria.
Dije, señores, que pasaría muy de ligero por esta
cuestión , y ya he pasado.
El Sr. secretario Lafuente Alcántara: Pasadas las
horas de reglamento, se pregunta al Congreso si se prorroga la sesión. (Muchas
voces: Sí, sí.) Se acordó afirmativamente.
El Sr. marques de Valdegamas: Pero, señores, ni las
circunstancias interiores que eran tan graves, ni las circunstancias exteriores
que eran tan complicadas y peligrosas, son bastantes para disminuir la
oposición en los señores que se sientan en aquellos bancos. ¡Y la libertad! nos
dicen. ¡Pues qué! la libertad, ¿no es sobre todo? Y la libertad, a lo menos la
individual, ¿no ha sido sacrificada? ¡La libertad, señores! ¿Saben el principio
que proclaman y el nombre que pronuncian los que pronuncian esa palabra
sagrada? ¿ Saben los tiempos en que viven? ¿No ha llegado hasta nosotros,
señores, el ruido de las últimas catástrofes? ¡Qué! ¿no saben a esta hora que
la libertad acabó? Pues qué, ¿no han asistido como he asistido yo con los ojos
de mi espíritu a su dolorosa pasión? Pues qué, señores, ¿no la habéis visto
vejada, escarnecida , herida alevemente por todos los demagogos del mundo ? ¿
No la habéis visto llevar su angustia por las montañas de la Suiza, por las
orillas del Sena, por las riberas del Rhin y del Danubio, por la» márgenes del
Tíber? ¿No la habéis visto subir al Quirinal, que ha sido su calvario ?
Señores, tremenda es la palabra; pero no debemos
retraernos de pronunciar palabras tremendas si dicen la verdad, y yo estoy
resuelto a decirla. ¡ La libertad acabó! No rematará, señores, ni al tercer
dia, ni al tercer año, ni al tercer siglo quizá. ¿ Os gusta, señores, la
tiranía que sufrimos? De poco os asustáis; veréis cosas mayores. Y aquí os
ruego, señores, que guardéis en vuestra memoria mis palabras, porque lo que voy
a decir, los sucesos que voy a anunciar en un porvenir más próximo o más
lejano, pero muy lejano nunca, se han de cumplir a la letra.
El fundamento, señores, de todos vuestros errores
(dirigiéndose a los bancos de la izquierda) consiste en no saber cuál es la
dirección de la civilización y del mundo. Vosotros creéis que la civilización y
el mundo van, cuando la civilización y el mundo vuelven. El mundo, señores,
camina con pasos rapidísimos a la constitución de un despotismo el mas
gigantesco y asolador de que hay memoria en los hombres. A esto camina la
civilización, y a esto camina el mundo. Para anunciar estas cosas no necesito
ser profeta. Me basta considerar la combinación pavorosa de los acontecimientos
humanos desde su único punto de vista verdadero, desde las alturas católicas.
Señores, no hay más que dos represiones posibles, una
interior y otra exterior; la religiosa y la política. Estas son de tal
naturaleza, que cuando el termómetro religioso está subido, el termómetro de la
represión política está bajo; y cuando el termómetro religioso está bajo, el
termómetro político, la represión política, la tiranía está alta. Esta es una
ley de la humanidad, una ley de la historia. Y si no, señores , ved lo que era
el mundo, ved lo que era la sociedad que cae al otro lado de la Cruz, decid lo
que era cuando no había represión interior, cuando no había represión
religiosa. Entonces aquella era una sociedad de tiranías y de esclavos. Citadme
un solo pueblo donde no haya esclavos y donde no haya tiranía. Este es un hecho
incontrovertible, este es un hecho incontrovertido, este es un hecho evidente.
La libertad, la libertad verdadera, la libertad de todos y para todos no vino
al mundo sino con el Salvador del mundo. Este también es un hecho
incontrovertido , es un hecho confesado hasta por los mismos socialistas que lo
confiesan. Los socialistas llaman a Jesús un hombre divino, y los socialistas
hacen mas, se llaman sus continuadores. ¡Sus continuadores, Santo Dios! ¿Ellos,
los hombres de sangre y de venganzas, continuadores del que no vivió sino para
hacer bien; del que no abrió la boca sino para bendecir; del que no hizo
prodigios sino para librar a los pecadores del pecado, a los muertos de la
muerte; el que en el espacio de tres años hizo la revolución más grande que han
presenciado los siglos, y la llevó a cabo sin haber derramado más sangre que la
suya?
Señores, os ruego me prestéis atención; voy a poneros
en presencia del paralelismo más maravilloso que ofrece la historia. Vosotros
habéis visto que en el mundo antiguo, cuando la represión religiosa no podía
bajar más porque no existía ninguna, la represión política subió hasta no poder
mas, porque subió hasta la tiranía. Pues bien, con Jesucristo , donde nace la
represión religiosa, desaparece completamente la represión política. Es esto
tan cierto, que habiendo fundado Jesucristo una sociedad con sus discípulos,
fue aquella la única sociedad que ha existido sin gobierno. Entre Jesús y sus
discípulos no había mas gobierno que el amor del Maestro a los discípulos y el
amor de los discípulos al Maestro. Es decir, que cuando la represión era
completa, la libertad era absoluta.
Sigamos el paralelismo. Llegan los tiempos
apostólicos, que los extenderé, porque así conviene ahora a mi propósito, desde
los tiempos apostólicos propiamente dichos, hasta la subida del cristianismo al
Capitolio en tiempo de Constantino el Grande. En este tiempo, señores, la
religión cristiana, es decir la represión religiosa interior, estaba en todo su
apogeo; pero aunque estaba en todo su apogeo, sucedió lo que sucede en todas
las sociedades compuestas de hombres, que comenzó a desarrollarse un germen,
nada más que un germen de licencia y de libertad religiosa. Pues bien, señores,
observad el paralelismo: a este principio de descenso en el termómetro
religioso corresponde un principio de subida en el termómetro político. No hay todavía
gobierno, no es necesario el gobierno , pero es necesario ya un germen de
gobierno. Así en la sociedad cristiana entonces no había de hecho verdaderos
magistrados, sino jueces árbitros y amigables componedores, que son el embrión
del gobierno. Realmente no había mas que eso; los cristianos de los tiempos
apostólicos no tuvieron pleitos, no iban a los tribunales, decidían sus
contiendas por medio de árbitros. Obsérvese, señores, cómo con la corrupción va
creciendo el gobierno.
Llegan los tiempos feudales, y en estos la religión se
encuentra todavía en su apogeo, pero hasta cierto punto viciada por las
pasiones humanas. ¿Qué es lo que sucede, señores, en este tiempo en el mundo
político? Que ya es necesario un gobierno real y efectivo, pero que basta el
más débil de todos, y así se establece la monarquía feudal, la más débil de las
monarquías.
Seguid observando el paralelismo. Llega, señores, el
siglo XVI. En este siglo, con la gran reforma luterana, con ese grande
escándalo político y social, tanto como religioso, con ese acto de emancipación
intelectual y moral de los pueblos, coinciden las siguientes instituciones. En
primer lugar, en el instante, las monarquías, de feudales, se hacen absolutas. Vosotros
creeréis, señores, que mas que absoluta no puede ser una monarquía: un
gobierno, ¿qué puede ser más que absoluto? Pero era necesario, señores, que el
termómetro de la represión política subiera mas, porque el termómetro religioso
seguía bajando; y con efecto subió más. ¿Y qué nueva institución se creó? La de
los ejércitos permanentes. ¿Y sabéis, señores, lo que son ejércitos
permanentes? Para saberlo, basta saber lo que es un soldado: un soldado es un
esclavo con uniforme. Así, pues, veis que en el momento en que la represión
religiosa baja, la represión política sube al absolutismo, y pasa más allá. No
bastaba a los gobiernos ser absolutos; pidieron y obtuvieron el privilegio de
ser absolutos y tener un millón de brazos.
A pesar de esto, señores, era necesario que el
termómetro político subiera mas, porque el termómetro religioso seguía bajando;
y subió más. ¿Qué nueva institución, señores, se creó entonces? Los gobiernos
dijeron: tenemos un millón de brazos y no nos bastan; necesitamos más,
necesitamos un millón de ojos; y tuvieron la policía, y con la policía un
millón de ojos. A pesar de esto, señores , todavía el termómetro político y la
represión política debían subir, porque a pesar de todo, el termómetro
religioso seguía bajando; y subieron.
A los gobiernos, señores, no les bastó tener un millón
de brazos; no les bastó tener un millón de ojos; quisieron tener un millón de
oídos, y los tuvieron con la centralización administrativa, por la cual vienen
a parar al gobierno todas las reclamaciones y todas las quejas.
Y bien, señores; no bastaba esto, porque el termómetro
religioso siguió bajando, y era necesario que el termómetro político subiera
mas. ¡Señores, hasta dónde! Pues subió más.
Los gobiernos dijeron: no me bastan para reprimir, un
millón de brazos; no me bastan para reprimir, un millón de ojos; no me bastan
para reprimir, un millón de oídos; necesitamos más: necesitamos tener el
privilegio de hallarnos a un mismo tiempo en todas partes. Y lo tuvieron; y se
inventó el telégrafo.
Señores, tal era el estado de la Europa y del mundo
cuando el primer estallido de la última revolución vino a anunciarnos, a anunciarnos
a todos, que no había bastante despotismo en el mundo; porque el termómetro
religioso estaba por bajo de cero. Ahora bien, señores, una de dos...
Yo he prometido, y cumpliré mi palabra, hablar hoy con
toda franqueza.
Pues bien, una de dos: o la reacción religiosa viene o
no: si hay reacción religiosa, ya veréis, señores, como subiendo el termómetro
religioso comienza a bajar natural, espontáneamente, sin esfuerzo ninguno de
los pueblos, ni de los gobiernos, ni de los hombres, el termómetro político,
hasta señalar el dia templado de la libertad de los pueblos: pero si por el
contrario, señores, y esto es grave (no hay la costumbre de llamar la atención
de las asambleas deliberantes sobre las cuestiones hacia donde yo la he llamado
hoy; pero la gravedad de los acontecimientos del mundo me dispensa, y yo creo
que vuestra benevolencia sabrá también dispensarme); pues bien, señores, yo
digo que si el termómetro religioso continúa bajando, no sé adónde hemos de
parar. Yo, señores, no lo sé, y tiemblo cuando lo pienso. Contemplad las
analogías que he puesto a vuestros ojos; y si cuando la represión religiosa
estaba en su apogeo no era necesario ni gobierno ninguno siquiera, cuando la
represión religiosa no exista, no habrá bastante con ningún género de gobierno,
todos los despotismos serán pocos.
Señores, esto es poner el dedo en la llaga, esta es la
cuestión de España, la cuestión de Europa, la cuestión de la humanidad, la
cuestión del mundo.
Considerad una cosa, señores. En el mundo antiguo la
tiranía fue feroz y asoladora, y sin embargo esa tiranía estaba limitada
físicamente, porque todos los Estados eran pequeños, y porque las relaciones
internacionales eran imposibles de todo punto; por consiguiente en la
antigüedad no pudo haber tiranías en grande escala, sino una sola, la de Roma.
Pero ahora, señores, ¡cuán mudadas están las cosas! Señores, las vías están
preparadas para un tirano gigantesco, colosal, universal, inmenso; todo está
preparado para ello: señores, miradlo bien; ya no hay resistencias ni físicas
ni morales: no hay resistencias físicas, porque con los barcos de vapor y los
caminos de hierro no hay fronteras; no hay resistencias físicas, porque con el
telégrafo eléctrico no hay distancias; y no hay resistencias morales, porque
todos los ánimos están divididos y todos los patriotismos están muertos.
Decidme, pues, si tengo o no razón cuando me preocupo por el porvenir próximo
del mundo: decidme si al tratar de esta cuestión no trato de la cuestión
verdadera.
Una sola cosa puede evitar la catástrofe, una y nada
más: eso no se evita con dar más libertad, mas garantías, nuevas
constituciones; eso se evita procurando todos, hasta donde nuestras fuerzas
alcancen, provocar una reacción saludable, religiosa. Ahora bien, señores: ¿es
posible esta reacción? Posible lo es: pero ¿es probable ? Señores, aquí hablo
con la más profunda tristeza: no la creo probable. Yo he visto, señores, y
conocido a muchos individuos que salieron de la fe y han vuelto a ella: por
desgracia, señores, no he visto jamás a ningún pueblo que haya vuelto a la fe
después de haberla perdido.
Si aun me quedara alguna esperanza , la hubieran
disipado, señores, los últimos sucesos de Roma: y aquí voy a decir dos palabras
sobre esta cuestión, tratada también por el Sr. Cortina.
Señores, los sucesos de Roma no tienen un nombre: ¿cómo
los llamaríais, señores? ¿Los llamaríais deplorables? Deplorables, todos los
que he citado lo son; esos son mucho más. ¿Los llamaríais horribles? Señores,
esos acontecimientos son sobre todo horror.
Había en Roma, ya no le hay, sobre el trono más
eminente el varón más justo, el varón mas evangélico de la tierra. ¿Qué ha
hecho Roma de ese varón evangélico, de ese varón justo?¿Qué ha hecho esa ciudad
en donde han imperado los héroes, los Césares y los pontífices? Ha trocado el
trono de los pontífices por el trono de los demagogos. Rebelde a Dios, ha caído
bajo la idolatría del puñal. Eso ha hecho. El puñal, señores, el puñal
demagógico, el puñal sangriento, ese es el ídolo de Roma. Ese es el ídolo que
ha derribado a Pio IX. Ese es el ídolo que pasean por las calles tropas de
caribes. ¿Dije caribes? dije mal, que los caribes son feroces, pero los caribes
no son ingratos.
Señores, me he propuesto hablar con toda franqueza, y
hablaré. Digo que es necesario que el rey de Roma vuelva a Roma, o que no quede
en Roma, aunque pese al Sr. Cortina, piedra sobre piedra.
El mundo católico no puede consentir, y no consentirá
en la destrucción virtual del cristianismo por una ciudad sola entregada al
frenesí de la locura. La Europa civilizada no puede consentir, y no consentirá
que se desplome, señores, la cúpula del edificio de la civilización europea. El
mundo, señores, no puede consentir, y no consentirá que en Roma, esa ciudad
insensata, se verifique el advenimiento al trono de una nueva y extraña
dinastía, la dinastía del crimen. Y no se diga, señores, como dice el Sr.
Cortina, como dicen en periódicos y discursos los señores que se sientan en
aquellos bancos, que hay dos cuestiones allí, una temporal y otra espiritual, y
que la cuestión ha sido entre el rey temporal y su pueblo. Que el pontífice ha
sido respetado, que el pontífice existe todavía. Dos palabras sobre esta
cuestión, dos palabras, señores, lo explicarán todo.
Sin duda ninguna el poder espiritual es lo principal
en el Papa, el temporal es accesorio; pero ese accesorio es necesario: el mundo
católico tiene el derecho de exigir que el oráculo infalible de sus dogmas sea
libre é independiente: el mundo católico no puede tener una ciencia cierta,
como se necesita, de que es independiente y libre, sino cuando es soberano,
porque solo el soberano no depende de nadie. Por consiguiente, señores, la
cuestión de soberanía, que es una cuestión política en todas partes, es en Roma
además una cuestión religiosa; el pueblo que puede ser soberano en todas
partes, no puede serlo en Roma; asambleas constituyentes que pueden existir en
todas partes, no pueden existir en Roma; en Roma no puede haber mas poder
constituyente que el poder constituido. Roma, señores, los Estados pontificios,
no pertenecen al Estado de Roma, no pertenecen al papa; los Estados pontificios
pertenecen al mundo católico; el mundo católico se los ha reconocido al papa
para que fuera libre é independiente, y el papa mismo no puede despojarse de
esa soberanía, de esa independencia.
Señores, voy a concluir, porque el Congreso está muy
cansado y yo lo estoy también. (Varios señores: No, no.) Señores, francamente
tengo que declarar aquí, que no puedo extenderme más porque tengo la boca mala,
y ha sido un prodigio que yo pueda hablar, pero lo principal que tenía que
decir lo he dicho ya.
Después de haber tratado las tres cuestiones
exteriores que trató el Sr. Cortina, vuelvo, para concluir, a la interior.
Señores , desde el principio del mundo hasta ahora ha sido una cosa discutible
si convenía mas el sistema de la resistencia o el sistema de las concesiones,
para evitar las revoluciones y los trastornos; pero afortunadamente, señores,
esa que ha sido una cuestión desde el primer año de la creación hasta el año
48, en el año de gracia de 48 ya no es cuestión de ninguna especie, porque es
cosa resuelta: yo, señores, si me lo permitiera el mal que padezco en la boca,
haría aquí una reseña de todos los acontecimientos desde febrero hasta ahora,
que prueban estas aserciones; pero me contentaré con recordar dos: el de la
Francia, señores: allí la monarquía, que no cedió, fue vencida por la república
que apenas tenía fuerza para moverse; y la república que apenas tenía fuerza
para moverse, porque resistió, venció al socialismo.
En Roma, que es otro ejemplo que quiero citar, ¿qué ha
sucedido? ¿No estaba allí vuestro modelo? Decidme: si vosotros fuerais pintores
y quisierais pintar el modelo de un rey, ¿encontraríais otro modelo que no
fuera su original Pió IX? Señores, Pió IX quiso ser, como su divino Maestro,
magnífico y dadivoso: halló proscriptos en su país, y les tendió la mano y los
devolvió a su patria: había reformistas, señores, y les dio reformas: había
liberales, señores, y los hizo libres: cada palabra suya, señores, fue un
beneficio: y ahora, señores, decidme, ¿ sus beneficios no igualan, si no
exceden, a sus ignominias? Y en vista de esto, señores, ¿el sistema de las
concesiones no es una cosa resuelta?
Señores, si aquí se tratara de elegir, de escoger
entre la libertad por un lado y la dictadura por otro, aquí no habría disenso
ninguno; porque ¿quién , pudiendo abrazarse con la libertad, se hinca de
rodillas ante la dictadura? Pero no es esta la cuestión. La libertad no existe
de hecho en Europa; los gobiernos constitucionales que la representaban años
atrás, no son ya en casi todas partes, señores, sino una armazón de un
esqueleto sin vida. Recordad una cosa, recordad a Roma imperial. En la Roma
imperial existen todas las instituciones republicanas, existen los omnipotentes
dictadores, existen los inviolables tribunos, existen las familias senatorias,
existen los eminentes cónsules; todo esto, señores, existe; no falta más que
una cosa, y no sobra más que otra cosa: sobra un hombre, y falta la república.
Pues esos son, señores, en casi toda Europa los
gobiernos constitucionales; sin pensarlo, sin saberlo el señor Cortina, nos lo
demostró el otro día. ¿No nos decía V. S. que prefiere, y con razón, lo que
dice la historia a lo que dicen las teorías? A la historia apelo. ¿Qué son,
señor Cortina, esos gobiernos con sus mayorías legítimas, vencidas siempre por
las minorías turbulentas, con sus ministros responsables que de nada responden,
con sus reyes inviolables siempre violados? Así, señores, la cuestión , como he
dicho antes, no está entre la libertad y la dictadura; si estuviera entre la
libertad y la dictadura, yo votaría por la libertad, como todos los que nos
sentamos aquí. Pero la cuestión es esta, y concluyo: se trata de escoger entre
la dictadura de la insurrección y la dictadura del Gobierno ; puesto en este
caso yo escojo la dictadura del Gobierno, como menos pesada y menos afrentosa: se
trata de escoger entre la dictadura que viene de abajo y la dictadura que viene
de arriba; yo escojo lo que viene de arriba, porque viene de regiones más
limpias y serenas: se trata de escoger, por último, entre la dictadura del
puñal y la dictadura del sable; yo escojo la dictadura del sable, porque es más
noble. Señores, al votar nos dividiremos en esta cuestión, y dividiéndonos
seremos consecuentes con nosotros mismos. Vosotros, señores, votaréis, como
siempre, lo más popular; nosotros, señores, como siempre, votaremos lo más
saludable.


