jueves, 24 de julio de 2014

Luc-Olivier d'Algange: Léon Bloy, el Extemporáneo


Léon Bloy l’Intempestif

« Il est indispensable que la Vérité soit dans la Gloire. » Léon Bloy.

« Tout ce qui est moderne est du démon », écrit Léon Bloy, le 7 Août 1910. C’était, il nous semble, bien avant les guerres mondiales, les bombes atomiques et les catastrophes nucléaires, les camps de concentration, les manipulations génétiques et le totalitarisme cybernétique. En 1910, Léon Bloy pouvait passer pour un extravagant ; désormais ses aperçus, comme ceux du génial Villiers de L’Isle-Adam des Contes Cruels, sont d’une pertinence troublante. L’écart se creuse, et il se creuse bien, entre ceux qui somnolent à côté de leur temps et ne comprennent rien à ses épreuves et à ses horreurs, et ceux-là qui, à l’exemple de Léon Bloy, vivent au cœur de leur temps si exactement qu’ils touchent ce point de non-retour où le temps est compris, jugé et dépassé. Léon Bloy écrit dans l’attente de l’Apocalypse. Tous ces événements, singuliers ou caractéristiques qui adviennent dans une temporalité en apparence profane, Léon Bloy les analyse dans une perspective sacrée. L’histoire visible, que Léon Bloy est loin de méconnaître, n’est pour lui que l’écho d’une histoire invisible.
« Tout n’est qu’apparence, tout n’est que symbole, écrit Léon Bloy. Nous sommes des dormants qui crient dans leur sommeil. Nous ne pouvons jamais savoir si telle chose qui nous afflige n’est pas le principe de notre joie ultérieure ».
            Cette perspective symbolique est la plus étrangère qui soit à la mentalité moderne. Pour le Moderne, le temps et l’histoire se réduisent à ce qu’ils paraissent être. Pour Bloy, le temps n’est, comme pour Platon et la Théologie médiévale, que « l’image mobile de l’éternité » et l’histoire délivre un message qu’il appartient à l’écrivain-prophète de déchiffrer et de divulguer à ses semblables. Pour Léon Bloy, le Journal, loin de se borner à la description psychologique de son auteur, a pour dessein de consigner les « signes » et les  « intersignes » de l’histoire visible et invisible afin de favoriser le retour du temps dans la structure souveraine de l’éternité.
            Pour Léon Bloy, qui se définit lui-même comme « un esprit intuitif et d’aperception lointaine, par conséquent toujours aspiré en deçà ou au-delà du temps », la fonction de l’auteur écrivant son journal n’est pas de se soumettre à la temporalité fugitive, mais, tout au contraire, « d’envelopper d’un regard unique la multitude infinie des gestes concomitants de la Providence ». Le Journal, – tout en marquant le pas, en laissant retentir en soi, et dans l’âme du lecteur ami, la souffrance ou la joie, plus rare, de chaque jour, les « nouveautés » menues ou grandioses du monde -, ne s’inscrit pas moins dans une rébellion contre le fragmentaire, le relatif ou l’éphémère. Ce Journal, et c’est en quoi il décontenance un lecteur moderne, n’a d’autre dessein que de déchiffrer la grammaire de Dieu.
            Là où le Moderne ne distingue que des vocables sans suite, de purs signes arbitraires, Léon Bloy devine une cohérence éblouissante, et, par certains égards, vertigineuse et terrifiante. Léon Bloy n’est pas de ces dévots qui trouvent dans la foi et dans l’Église de quoi se rassurer. Ces dévots modernes, bourgeois au sens flaubertien, Léon Bloy les fustige ainsi que la « société sans grandeur ni force » dont ils sont les défenseurs. Il est fort improbable, quoiqu’en disent les journaleux peu informés qui voient en Bloy un « intégriste », que l’auteur du Désespéré et de La Femme Pauvre se fût retrouvé du côté de nos actuels, trop actuels « défenseurs des valeurs », moralisateurs sans envergure ni générosité, – et par voie de conséquence, sans le moindre sens  de la rébellion. Or s’il est un mot qui qualifie avec précision la tournure d’esprit de cet homme de Tradition, c’est rebelle !
            Pour Léon Bloy, quel que soit par moment son harassement, le combat n’est pas fini, il y retourne, chaque jour est le moment décisif d’une guerre sainte. Léon Bloy est un moine-soldat qui va son chemin d’écrivain, non sans donner ici et là quelques coups de massue, pour reprendre la formule évolienne. Ainsi le sport, objet, depuis peu, d’un nouveau culte national est-il, pour Léon Bloy « le moyen le plus sûr de produire une génération d’infirmes et de crétins malfaisants ». Quant à la Démocratie, bien vantée, elle lui suggère cette réflexion : « Un des inconvénients les moins observés du suffrage universel, c’est de contraindre des citoyens en putréfaction à sortir de leurs sépulcres pour élire ou pour être élus ». Cette outrance verbale dissimule souvent une intuition. Tout, dans ce monde planifié, ne conjure-t-il pas à faire de nous une race de morts-vivants, réduits à la survie, dans une radicale dépossession spirituelle. Que sont les Modernes devant leurs écrans ? Quel songe de mort les hante ? Les rêveries du Moderne ne sont-elles pas avant tout macabres ? Non, la religion de Léon Bloy n’est pas faite pour les « tièdes ». C’est une religion pour ceux qui ressentent les grandes froidures et qui attendent l’embrasement des âmes et des esprits. Le modèle littéraire de Léon Bloy ce sont les langues de feu de la Pentecôte.
            Léon Bloy s’est nommé lui-même « Le Pèlerin de l’Absolu ». Chaque jour qui advient, et que l’auteur traverse comme une nouvelle épreuve où se forge son courage et son style, le rapproche du moment crucial où apparaîtront dans une lumière parfaite la concordance de l’histoire visible et de l’histoire invisible. Cette quête que Léon Bloy partage avec Joseph de Maistre et Balzac le conduit à une vision du monde littéralement liturgique. L’histoire de l’univers, comme celle de l’auteur esseulé dans son malheur et dans son combat, est « un immense Texte liturgique ». Les Symboles, ces « hiéroglyphes divins », corroborent la réalité où ils s’inscrivent, de même que les actes humains sont « la syntaxe infinie d’un livre insoupçonné et plein de mystères ».
            Cette vision symbolique et théologique du monde en tant que Mystère limpide, c’est à dire offert à l’illumination (« l’illumination, lieu d’embarquement de tout enseignement théologique et mystique ») est à la fois la cause majeure de l’éloignement de l’œuvre de Léon Bloy et le principe de sa proximité extrême. Pour le moderne, la « folie » de Léon Bloy n’est pas dans sa véhémence, ni dans son lyrisme polémique, mais bien dans cette vision métaphysique et surnaturelle des destinées humaines et universelles. Pour Léon Bloy, qui n’est point hégélien, et qui va jusqu’à taquiner Villiers pour son hégélianisme « magique », les contraires s’embrassent et s’étreignent avec fougue. La nature porte la marque de la Surnature, mais par un vide qui serait l’empreinte du Sceau. De même, l’extrême pauvreté engendre le style le plus fastueux. C’est précisément car l’écrivain est pauvre que son style doit témoigner de la plus exubérante richesse. La pauvreté matérielle est ce vide qui laisse sa place à la dispendieuse nature poétique. Car la pauvreté, pour Bloy, n’est pas le fait du hasard, elle est la preuve d’une élection, elle est le signe visible d’un privilège invisible qu’il appartient à l’Auteur de célébrer somptueusement.
           La richesse verbale de Léon Bloy est toute entière un hommage à la pauvreté, à sa profondeur lumineuse, à la grâce qu’elle fait à la générosité de se manifester. Celui qui donne se sauve. Le mendiant peut donc à bon droit être « ingrat ». Son ingratitude rédime celui qui pourrait s’en offenser. Mais qu’est-ce qu’un pauvre, dans la perspective métaphysique ? C’est avant tout celui qui récuse par avance toute vénalité. Or qu’est-ce que le monde moderne si ce n’est un monde qui fait de la vénalité même un principe moral, une cause efficiente du Bien et « des biens » ? Pour le Moderne, celui qui parvient à se vendre prouve son utilité dans la société et donc sa valeur morale. Celui qui ne parvient pas, ou, pire, qui ne veut pas se vendre est immoral.
            Contre ce sinistre état de fait, qui pervertit l’esprit humain, l’œuvre de Léon Bloy dresse un grandiose et intarissable réquisitoire. Or, c’est bien ce réquisitoire que les Modernes ne veulent pas entendre et qu’ils cherchent à minimiser en le réduisant à la « singularité » de l’auteur. Certes Léon Bloy est singulier, mais c’est d’abord parce qu’il se veut religieusement « un Unique pour un Unique ». La situation dans laquelle il se trouve enchaîné n’en est pas moins réelle et la description qu’il en donne particulièrement pertinente en ces temps où, face à la marchandise mondiale, le Pauvre est devenu encore beaucoup plus radicalement pauvre qu’il ne l’était au XIXe siècle. La morale désormais se confond avec le Marché, et l’on pourrait presque dire que, pour le Moderne libéral, la notion d’immoralité et celle de non-rentabilité ne font plus qu’une. Refuser ce règne de l’économie, c’est à coup sûr être ou devenir pauvre et accueillir en soi les gloires du Saint-Esprit, dont la nature dispensatrice, effusive et lumineuse ne connaît point de limite.
            Contre le monde moderne, Léon Bloy ne convoque point des utopies sociales, ni même un retour au « religieux » ou à quelque manifestation « révolutionnaire » ou « contre-révolutionnaire » de la puissance temporelle. Contre ce monde, « qui est du démon », Léon Bloy évoque le Saint-Esprit, au point que certains critiques ont cru voir en lui un de ces mystiques du « troisième Règne », qui prophétisent après le règne du Père, et le règne du Fils, la venue d’un règne du Saint-Esprit coïncidant avec un retour de l’Age d’Or. Lorsqu’un véritable écrivain s’empare d’une vision dont la justesse foudroie, peu importent les terminologies. Sa vision le précède, elle n’en précède que mieux les interprétations historiographiques. « Aussi longtemps que le Surnaturel n’apparaîtra pas manifestement, incontestablement, délicieusement, il n’y aura rien de fait ».



La Mujer pobre es la obra de un profeta ígneo que maneja el lenguaje con un virtuosismo que hace palidecer el de Céline; hagiografía desconcertante y perturbadora surcada por livideces de Grünewald y horrores salidos del infierno de Hyeronimus Bosch.

Léon Bloy, el Extemporáneo

“Es indispensable que la Verdad esté en la Gloria.” Léon Bloy.

“Todo lo moderno pertenece al demonio”, escribe Léon Bloy el 7 de agosto de 1910. Fue, según nos parece, mucho antes de las guerras mundiales, las bombas atómicas y las catástrofes nucleares, los campos de concentración, las manipulaciones genéticas y el totalitarismo cibernético. En 1910, a Léon Bloy se lo podía tomar por un extravagante; hoy en día sus vislumbres, como los del genial Villiers de L’Isle-Adam de los Cuentos crueles, son de una pertinencia turbadora. Aumenta, y cada vez más, la distancia entre los que dormitan al margen de su época y no comprenden nada de las pruebas y los horrores a los que nos somete, y los que, a ejemplo de Léon Bloy, viven tan precisamente en el centro mismo de su época que alcanzan ese punto de no retorno en el que se la comprende, se la juzga y se la supera. Léon Bloy escribe a la espera del Apocalipsis. Todos esos acontecimientos, singulares o característicos, que se producen en una temporalidad aparentemente profana, Léon Bloy los analiza en una perspectiva sagrada. La historia visible, que Léon Bloy está lejos de desconocer, sólo es para él el eco de una historia invisible.
“Todo es pura apariencia, todo es puro símbolo”, escribe Léon Bloy. “Somos durmientes que gritan durante el sueño. Nunca podemos sabes si algo que nos aflige no es el principio de nuestra dicha ulterior.”
Esta perspectiva simbólica es la más ajena posible a la mentalidad moderna. Para el Moderno, el tiempo y la historia se reducen a lo que parecen ser. Para Bloy, el tiempo sólo es, como para Platón y la teología medieval, “la imagen móvil de la eternidad”, y la historia comunica un mensaje que al escritor-profeta le toca descifrar y divulgar entre sus semejantes. Para Léon Bloy, el Diario, lejos de limitarse a la descripción psicológica de su autor, tiene por objetivo el de dejar registrados los “signos” y los “intersignos” de la historia visible e invisible, a fin de favorecer el retorno del tiempo en la estructura soberana de la eternidad.
Para Léon Bloy, que se define a sí mismo como “un espíritu intuitivo y de apercepción lejana, y, por consiguiente, siempre arrastrado más acá o más allá del tiempo”, la función del autor al escribir su diario no es la de someterse a la temporalidad fugitiva sino, muy por el contrario, la de “abarcar con una mirada única la multitud infinita de los gestos concomitantes de la Providencia”.  El Diario —al mismo tiempo que marca el paso, dejando resonar en sí mismo, y en el alma del lector amigo, el sufrimiento o la dicha, menos frecuente, de cada día, las “novedades” modestas o grandiosas del mundo— no deja de inscribirse en una rebelión contra lo fragmentario, lo relativo o lo efímero. Este Diario, que en esto desconcierta a un lector moderno, no tiene otra finalidad que la de descifrar la gramática de Dios.
Allí donde el Moderno sólo distingue vocablos inconexos, puros signos arbitrarios, Léon Bloy intuye una coherencia deslumbrante y, en ciertos aspectos, vertiginosa y aterradora. Léon Bloy no es uno de esos devotos que encuentran en la fe y en la iglesia con qué tranquilizarse. A esos devotos modernos, burgueses en el sentido de Flaubert, Léon Bloy los fustiga al igual que a la “sociedad sin grandeza ni fuerza” que defienden. Es altamente improbable, digan lo que digan los periodistuchos poco informados que ven en Bloy a un “integrista”, que el autor de El desesperado y de La mujer pobre hubiese estado en el mismo campo de nuestros actuales, demasiado actuales “defensores de los valores”, moralizadores sin envergadura ni generosidad —y, por consiguiente, sin el menor sentido de la rebelión. Ahora bien, si hay una palabra que define con precisión la mentalidad de este hombre de Tradición, esta palabra es “rebelde”.
Para Léon Bloy, por más extenuado que esté por momentos, el combate no ha terminado, vuelve a él, cada día es el momento decisivo de una guerra santa. Léon Bloy es un monje soldado que sigue su camino de escritor, no sin dar acá y allá algunos mazazos, para emplear la expresión de Julius Evola. Así es como el deporte, objeto, desde hace poco, de un nuevo culto nacional, es para Léon Bloy “el medio más seguro de producir una generación de inválidos y de cretinos dañinos”. En cuanto a la Democracia, tan ensalzada, le sugiere esta reflexión: “Uno de los inconvenientes menos observados del sufragio universal es el hecho de obligar a ciudadanos en estado de putrefacción a salir de su sepulcros para elegir o ser elegidos”. Esta desmesura verbal a menudo disimula una intuición. ¿Acaso no conspira todo, en este mundo planificado, para hacer de nosotros una raza de muertos vivos, reducidos a sobrevivir en una radical desposesión espiritual? ¿Qué son los Modernos delante de sus pantallas? ¿Qué sueño de muerte los posee? ¿Las Ensoñaciones del Moderno no son, ante todo, macabras? No, la religión de Léon Bloy no está hecha para los “tibios”. Es una religión para quienes sienten los grandes fríos y esperan el incendio de las almas y los espíritus. El modelo literario de Léon Bloy son las lenguas de fuego de Pentecostés.
Léon Bloy se llamó a sí mismo “El Peregrino del Absoluto”. Cada día que llega, y que el autor atraviesa como una nueva prueba en que se templan su coraje y su estilo, lo acerca al momento crucial en que aparecerán con perfecta claridad la concordancia entre la historia visible y la historia invisible. Esta búsqueda, que Léon Bloy comparte con Joseph de Maistre y Balzac, lo conduce a una visión del mundo literalmente litúrgica. La historia del universo, tanto como la del autor aislado en su desdicha y en su combate, es “un inmenso Texto litúrgico”. Los Símbolos, esos “jeroglíficos divinos”, corroboran la realidad en que se inscriben, así como los actos humanos son “la sintaxis infinita de un libro insospechado y lleno de misterios”.
Esta visión simbólica y teológica del mundo como Misterio límpido, es decir, alcanzable por la iluminación (“la iluminación, punto de embarque de toda enseñanza teológica y mística”), es, al mismo tiempo, la causa principal de lo alejado de la obra de Léon Bloy y el principio de su cercanía extrema. Para el moderno, la “locura” de Léon Bloy no reside en su vehemencia ni en su lirismo polémico, sino precisamente en esta visión metafísica y sobrenatural de los destinos humanos y universales. Para Léon Bloy, que no es en absoluto hegeliano, y que hasta llega a burlarse de Villiers de l’Isle-Adam por su hegelianismo “mágico”, los contrarios se abrazan y se estrechan con ardor. La naturaleza tiene la impronta de la Sobrenaturaleza, pero por medio de un vacío que fuese la marca del Sello. De igual modo, la extrema pobreza engendra el estilo más fastuoso. Es precisamente porque el escritor es pobre por lo que su estilo debe dar testimonio de la riqueza más exuberante. La pobreza material es el vacío que le cede el lugar a la dispendiosa naturaleza poética. Ya que la pobreza, para Bloy, no es el resultado del azar: es la prueba de una elección, es el signo visible de un privilegio invisible que le incumbe al Autor celebrar suntuosamente.
La riqueza verbal de Léon Bloy es toda ella un homenaje a la pobreza, a su profundidad luminosa, al favor que le hace a la generosidad permitiéndole manifestarse. El que da, se salva. El mendigo puede entonces, con toda razón, ser “ingrato”. Su ingratitud redime al que podría tomarla como una ofensa. Pero ¿qué es un pobre, en la perspectiva metafísica? Es, ante todo, aquél que rechaza de antemano toda venalidad. Ahora bien, ¿qué es el mundo moderno sino un mundo que hace de la venalidad misma un principio moral, una causa eficiente del Bien y de “los bienes”? Para el Moderno, el que logra venderse prueba su utilidad en la sociedad y, por lo tanto, su valor moral. El que no logra o, peor aún, no quiere venderse, es inmoral.
Contra esta siniestra situación de hecho, que pervierte el espíritu humano, la obra de Léon Bloy lanza una grandiosa e inagotable acusación. Ahora bien, es precisamente esta acusación lo que los Modernos no quieren oír y tratan de minimizar, reduciéndola a la “singularidad” del autor. Por cierto, Léon Bloy es singular, pero esto es, en primer término, porque elige ser, religiosamente, “un Único para un Único”. La situación en que se encuentra encadenado no es por esto menos real, y la descripción que da de ella es particularmente pertinente en estos tiempos en que, ante la mercancía mundial, el Pobre se ha vuelto aún mucho más radicalmente pobre de lo que lo era en el siglo XIX. La moral, ahora, se confunde con el Mercado, y casi podríamos decir que, para el Moderno liberal, la noción de inmoralidad y la de no rentabilidad no son más que una y la misma. Rechazar este reino de la economía es, con toda seguridad, ser o volverse pobre, y acoger en uno mismo las glorias del Espíritu Santo, cuya naturaleza dispensadora, efusiva y luminosa no conoce límite alguno.
Contra el mundo moderno, Léon Bloy no llama a ninguna utopía social, ni siquiera a un regreso a lo “religioso” o a alguna manifestación “revolucionaria” o “contrarrevolucionaria” del poder temporal. Contra este mundo, “que pertenece al demonio”, Léon Bloy invoca al Espíritu Santo, hasta el punto de que algunos críticos han creído ver en él a uno de esos místicos del “Tercer Reino” que profetizan, para después del Reino del Padre y del Reino del Hijo, el advenimiento de un reino del Espíritu Santo que coincidirá con un retorno a la Edad de Oro. Cuando un auténtico escritor se apodera de una visión de exactitud fulminante, poco importan las terminologías. Su visión le precede y,  por lo mismo, mejor aún precede a las interpretaciones historiográficas. “Mientras lo Sobrenatural no se muestre de modo manifiesto, indiscutible, delicioso, nada estará hecho.”


lunes, 21 de julio de 2014

Dante Alighieri y Bartolomé Mitre: Infierno, Canto I


NEL mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura,
ché la diritta via era smarrita.

Ahi quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura!

Tant'è amara che poco è più morte;
ma per trattar del ben ch'i' vi trovai,
dirò de l'altre cose ch'i' v' ho scorte.

  Io non so ben ridir com'i' v'intrai,
  tant'era pien di sonno a quel punto
che la verace via abbandonai.

  Ma poi ch'i' fui al piè d'un colle giunto,
  là dove terminava quella valle
che m'avea di paura il cor compunto,

  guardai in alto e vidi le sue spalle
  vestite già de' raggi del pianeta
che mena dritto altrui per ogne calle.

  Allor fu la paura un poco queta,
  che nel lago del cor m'era durata
la notte ch'i' passai con tanta pieta.

  E come quei che con lena affannata,
  uscito fuor del pelago a la riva,
si volge a l'acqua perigliosa e guata,

  così l'animo mio, ch'ancor fuggiva

i volse a retro a rimirar lo passo
che non lasciò già mai persona viva.

  Poi ch'èi posato un poco il corpo lasso,
  ripresi via per la piaggia diserta,
sì che 'l piè fermo sempre era 'l più basso.

  Ed ecco, quasi al cominciar de l'erta,
  una lonza leggera e presta molto,
che di pel macolato era coverta;

  e non mi si partia dinanzi al volto,
  anzi 'mpediva tanto il mio cammino,
ch'i' fui per ritornar più volte vòlto.

  Temp'era dal principio del mattino,
  e 'l sol montava 'n sù con quelle stelle
ch'eran con lui quando l'amor divino

  mosse di prima quelle cose belle;
  sì ch'a bene sperar m'era cagione
di quella fiera a la gaetta pelle

  l'ora del tempo e la dolce stagione;
  ma non sì che paura non mi desse
la vista che m'apparve d'un leone.

  Questi parea che contra me venisse
  con la test'alta e con rabbiosa fame,
sì che parea che l'aere ne tremesse.

  Ed una lupa, che di tutte brame
  sembiava carca ne la sua magrezza,
e molte genti fé già viver grame,

  questa mi porse tanto di gravezza
  con la paura ch'uscia di sua vista,
ch'io perdei la speranza de l'altezza.

  E qual è quei che volontieri acquista,
  e giugne 'l tempo che perder lo face,
che 'n tutti suoi pensier piange e s'attrista

tal mi fece la bestia sanza pace,
  che, venendomi 'ncontro, a poco a poco
mi ripigneva là dove 'l sol tace.

  Mentre ch'i' rovinava in basso loco,
  dinanzi a li occhi mi si fu offerto
chi per lungo silenzio parea fioco.

  Quando vidi costui nel gran diserto,
  "Miserere di me", gridai a lui,
"qual che tu sii, od ombra od omo certo!".

  Rispuosemi: "Non omo, omo già fui,
  e li parenti miei furon lombardi,
mantoani per patrïa ambedui.

  Nacqui sub Iulio, ancor che fosse tardi,
  e vissi a Roma sotto 'l buono Augusto
nel tempo de li dèi falsi e bugiardi.

  Poeta fui, e cantai di quel giusto
  figliuol d'Anchise che venne di Troia,
poi che 'l superbo Ilïón fu combusto.

  Ma tu perché ritorni a tanta noia?
  perché non sali il dilettoso monte
ch'è principio e cagion di tutta gioia?".

  "Or se' tu quel Virgilio e quella fonte
  che spandi di parlar sì largo fiume?",
rispuos'io lui con vergognosa fronte.

  "O de li altri poeti onore e lume,
  vagliami 'l lungo studio e 'l grande amore
che m' ha fatto cercar lo tuo volume.

  Tu se' lo mio maestro e 'l mio autore,
  tu se' solo colui da cu' io tolsi
lo bello stilo che m' ha fatto onore.

  Vedi la bestia per cu' io mi volsi;
  aiutami da lei, famoso saggio,
ch'ella mi fa tremar le vene e i polsi"

A te convien tenere altro vïaggio",
  rispuose, poi che lagrimar mi vide,
"se vuo' campar d'esto loco selvaggio;

  ché questa bestia, per la qual tu gride,
  non lascia altrui passar per la sua via,
ma tanto lo 'mpedisce che l'uccide;

  e ha natura sì malvagia e ria,
  che mai non empie la bramosa voglia,
e dopo 'l pasto ha più fame che pria.

  Molti son li animali a cui s'ammoglia,
  e più saranno ancora, infin che 'l veltro
verrà, che la farà morir con doglia.

  Questi non ciberà terra né peltro,
  ma sapïenza, amore e virtute,
e sua nazion sarà tra feltro e feltro.

  Di quella umile Italia fia salute
  per cui morì la vergine Cammilla,
Eurialo e Turno e Niso di ferute.

  Questi la caccerà per ogne villa,
  fin che l'avrà rimessa ne lo 'nferno,
là onde 'nvidia prima dipartilla.

  Ond'io per lo tuo me' penso e discerno
  che tu mi segui, e io sarò tua guida,
e trarrotti di qui per loco etterno;

  ove udirai le disperate strida,
  vedrai li antichi spiriti dolenti,
ch'a la seconda morte ciascun grida;

  e vederai color che son contenti
  nel foco, perché speran di venire
quando che sia a le beate genti.

  A le quai poi se tu vorrai salire,
  anima fia a ciò più di me degna:
  con lei ti lascerò nel mio partire;

ché quello imperador che là sù regna,
  perch'i' fu' ribellante a la sua legge,
non vuol che 'n sua città per me si vegna.

  In tutte parti impera e quivi regge;
  quivi è la sua città e l'alto seggio:
oh felice colui cu' ivi elegge!".

  E io a lui: "Poeta, io ti richeggio
  per quello Dio che tu non conoscesti,
acciò ch'io fugga questo male e peggio,

  che tu mi meni là dov'or dicesti,
  sì ch'io veggia la porta di san Pietro
e color cui tu fai cotanto mesti".

Allor si mosse, e io li tenni dietro.



EN medio del camino de la vida
  errante me encontré por selva oscura,
en que la recta vía era perdida,

  ¡Ay, que decir lo que era, es cosa dura,
  esta selva salvaje, áspera y fuerte,
que en la mente renueva la pavura!

  No podría explicar como allí entrara,
  tan soñoliento estaba en el instante
en que el cierto camino abandonara.

  Llegué al pie de un collado dominante,
  donde aquel valle lóbrego termina,
de pavores el pecho zozobrante;

  miré hacia arriba, y vi ya la colina
  vestida con los rayos del planeta,
que por doquier a todos encamina.

  Entonces, la pavura un poco quieta,
  del corazón el lago, serenado,
pasó la angustia de la noche inquieta.

  Y como quien, con hálito afanado
  sale fuera del piélago a la riba,
y vuelve atrás la vista, aun azorado;

  así mi alma también, aun fugitiva,
  volvió a mirar el temeroso paso
del que nunca salió persona viva.

  Cuando hube reposado el cuerpo laso,
volví a seguir por la región desierta,
el pie más firme siempre en más retraso.

  Y aquí, al comienzo de subida incierta,
  una móvil pantera hacia mí vino,
que de piel maculosa era cubierta;

  como no se apartase del camino,
  y continuar la marcha me impedía,
a veces hube de tornar sin tino.

  Era la hora en que apuntaba el día,
  el sol subía al par de las estrellas,
como el divino amor, en armonía

  movió al nacer estas creaciones bellas;
  y hacíanme esperar suerte propicia,
  de la pantera las pintadas huellas,

  la hora y dulce estación con su caricia:
  cuando un león que apareció violento,
trocó en pavor esta feliz primicia.

  Venía en contra el animal, hambriento,
  rabioso, alta la testa, y parecía,
hacer temblar el aire con su aliento.

  Y una loba asomó ; que se diría,
  de apetitos repleta en su flacura,
que hace a muchos vivir en agonía.

  De sus ardientes ojos la bravura,
  de tal modo turbó mi alma afligida,
que perdí la esperanza de la altura.

  Y como aquel que gana de seguida,
  se regocija, y al perder desmaya,
y queda con la mente entristecida,

  así la bestia, me tenía a raya,
  y poco a poco, en contra, repelía
  hacia la parte donde el sol se calla.

Mientras que al hondo valle descendía,
  me encontré con un ser tan silencioso,
que mudo en su silencio parecía.

  Al divisarle en el desierto umbroso,
  «¡Miserere de mí! clamé afligido,
«hombre seas o espectro vagaroso.»

  Y respondió: «Hombre no soy: lo he sido
  Mantua mi patria fue, y Lombardía
la tierra de mis padres. Fui nacido,

  Sub Julio, aunque lo fuera en tardo día,
  y a Roma vi, bajo del buen Augusto,
en tiempo de los dioses de falsía.

  «Poeta fui; canté aquel héroe justo,
  hijo de Anquises, que de Troya vino,
cuando el soberbio Ilión quedó combusto.

  «¡Mas tú, por qué tornar al mal camino,
  y no subes al monte refulgente,
principio y fin del goce peregrino!»

  «¡Tú eres Virgilio, la perenne fuente
  que expande el gran raudal de su oratoria!»
le interrumpí con ruborosa frente,

  «¡Oh! de poetas, luminar y gloria,
  ¡válgame el largo estudio y grande afecto
que consagré a tu libro, y tu memoria!

  «¡Oh mi autor y maestro predilecto!
  de ti aprendí tan sólo el bello estilo,
que tanto honor ha dado a mi intelecto.

  «Esa bestia me espanta, y yo vacilo:
  ¡de ella defiéndeme, sabio famoso,
que hace latir mis venas, intranquilo!»

  Al verme tan turbado y tan lloroso,
  «Te conviene tomar», dijo, «otra vía,
para salir de sitio tan fragoso.

«La bestia que tu marcha contraría,
  no permitei(pasar por su apretura
sino al que se le rinde en agonía.

  «Es tan maligna, empero su magrura,
  que de apetitos y de cebo henchida,
hambrea más cuanto es mayor su hartura. 

  «Con muchos animales hace vida,
  y varios más serán, hasta que encuentre
al Lebrel Que la inmole dolorida.

  «Este no vivirá de tierra y güeltre,
  sino de amor, virtud, sabiduría,
y su nación, será entre Feltre y Peltre.

  Él salvará la humilde Italia, un día,
  por quien murió Camila y Eurialo,
y Niso y Turno, heridos en porfía;

  «perseguirá do quier sin intervalo
  esa bestia feroz, hasta el infierno,
que de la envidia fue el engendro malo.

  «Mejor que tú, por ti pienso y discierno;
  sigue, seré tu guía en la partida,
hasta llevarte a otro lugar eterno.

  «Oirás allí la grita dolorida,
  y verás los espíritus dolientes,
que claman por perder segunda vida.

  «Después verás, en llamas siempre ardientes
  vivir contentos, llenos ele esperanza,
los que suspensos sufren penitentes,

  «porque esperan gozar la bienandanza;
  y si quieres subir, alma más digna,
te llevará a celeste lontananza;

  «pues el Emperador que allá domina,
  porque desconocí su ley eterna,
  me veda acceso a su ciudad divina.

«El universo desde allí gobierna:
  ése es su trono y elevado asiento:
¡Feliz el que a sus plantas se prosterna!»

  «Poeta», dije, en suplicante acento:
  «por el dios que te fue desconocido,
sálvame de este mal y de otro evento.

  «Llévame donde tú me has ofrecido,
  de san Pedro a la puerta luminosa,
al través de ese mundo dolorido.»

  Marchó y seguí su planta cautelosa.


Versión castellana de BARTOLOMÉ MITRE.