miércoles, 17 de agosto de 2011

Charles Baudelaire: Canto de otoño




CHANT D'AUTOMNE

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.





CANTO DE OTOÑO

Pronto nos hundiremos en las frías tinieblas;
Adiós, intensa luz de nuestro breve estío
Ya oigo como caen con fúnebre sonido
Los ruidosos leños sobre el patio de piedra.

En mi ser entrará por entero el invierno: cólera,
Odio, escalofrío, horror, labor dura y forzada,
Y lo mismo que el sol en su infierno polar
Será mi corazón un bloque helado y rojo.

Escucho, estremeciéndome, cada leño que cae;
Del patíbulo que alzan no es menos sordo el eco.
Parecida a la torre que sucumbe es mi alma
Bajo la infatigable, pesada catapulta.

Me parece, hamacado por el golpe monótono,
Que en algún sitio clavan un féretro de prisa.
¿Para quién? ¡Ayer era verano; de vuelta está el otoño!
Como una partida suena el ruido misterioso.

Traducción de Miguel Ángel Frontán.